Vu : De nos frères blessés de Joseph Andras, mes Fabrice Henry

26 février 2018 /// Les retours

Le Collectif Satori vient présenter à l’Artéphile (Avignon) De nos frères blessés, de Joseph Andras, créée en février dernier dans ce lieu. Rendez-vous le 20 octobre à 19h30, pour cette pièce percutante.

Déjà dans la salle alors que le public entre, les comédiens-protagonistes de l’histoire attendent. Il n’y a pas de noir pour le début la représentation. C’est salle éclairée que Thomas Resendes, l’un des comédiens, s’adresse au public, lorsque ce dernier a fini de s’installer : “Comment vous appelez-vous ?”, “Quel est votre prénom ?”

Les visages de nos voisins jusqu’alors anonymes, sur lesquels chacun a posé un regard, l’espace d’un court instant, deviennent un et sortent de l’anonymat. C’est avec cette entrée en matière que le voisin de salle devient réel et a une histoire, sa propre histoire.

C’est justement pour une histoire que nous sommes tous réunis, celle de Fernand Iveton, français d’Algérie, encarté au FLN.

Nous sommes en 1956. L’Algérie est française et nous nous situons en pleine vague répressive. Fernand Iveton est un idéaliste gauchiste, amoureux de sa terre, de sa femme et de l’humanité entière. Et, il est contre l’injustice.
Mais, désireux de participer à la revendication de son pays, il lui est demandé de déposer une bombe dans son usine. Il la déposera effectivement mais dans un local loin de tout pour ne pas faire de victimes. Il ne pourrait tuer des innocents. Celle-ci n’explosera pas mais Fernand sera arrêté, torturé, jugé et condamné à la peine de mort.

Les voix nous racontent, disent la machine politique mise en marche pour l’exemple. Leurs sonorités prennent différents tons et différents visages. Vincent Pouderoux et Thomas Resendes sont la voix de Fernand, Clémentine Haro, la seule voix féminine, celle de la femme de cet humaniste. Le tortionnaire ne revêt qu’un seul visage, celui de François Copin.

Les évènements s’enchaînent, les lumières balancent entre obscur et pleins feux. Ces changements d’ambiance permettent de prendre des respirations dans le récit et de rendre actif le public. Ici, ne se joue pas un théâtre-docu-fiction. C’est bien un acte de représentation qui se donne à voir mais avec cette volonté d’inclure l’auditoire venu entendre cette histoire et ce jusqu’à la scène finale, celle du procès où des spectateurs auront un rôle à jouer.

Chaque oreille présente devient celle d’un passeur, un passeur de relais dans une course à la vérité, pour ne pas oublier.

Aujourd’hui, cette pièce revêt une importance folle car elle met en lumière ce que l’Histoire française voudrait encore tant effacer ou ne pas évoquer. La brillante écriture de Joseph Andras a trouvé avec le Collectif Satori, une résonance juste, sincère et radicale. Fabrice Henry réussit parfaitement à traiter cette Histoire en usant d’une mise en scène dépouillée, sans fioriture, renforçant ainsi l’âpreté de la réalité qu’il est temps de regarder en face.

Laurent Bourbousson

De nos frères blessés a été vu en sortie de résidence à l’Artéphile (Avignon), le 16 février.

Photos : ®OFGDA ©loeildolivier

Texte Joseph Andras publié aux éditions Actes Sud / Mise en scène Fabrice Henry / Comédien(s) François Copin Clémentine Haro Vincent Pouderoux Thomas Resendes / Musique Pauline Rambeau de Baralon / Lumières Till Piro-Machet

À retrouver à l’Artéphile – 7 rue du Bourg Neuf – Avignon – Tél : 04 90 03 01 90
Samedi 20 octobre à 19h30.
Tarifs : 12 et 20 euros. Renseignements : ici.