Impression #3 : Het land Nod des FC BERGMAN

16 juillet 2016 /// IN

Au #FDA16, les FC Bergman ont redonné le sourire à Francis Braun.

Les FC Bergman dans Het Land Nod

Les FC Bergman dans Het Land Nod @FBraun

Avancer à pied dans un Parc d’exposition anonyme, tel que celui d’Avignon, et soudain se retrouver dans une salle de Musée qui ne présente qu’un immense tableau, c’est assez déroutant.
Le changement d’atmosphère est plutôt radical. On quitte le béton et les halls désaffectés pour s’installer dans une salle démesurée qui, elle aussi, semble être à l’abandon.
Ce qui est saisissant c’est que l’on a l’impression de déjà vu. Les noms de Patrice Chéreau, de Richard Peduzzi… et de Rêve d’Automne nous traversent l’esprit.
Nous sommes donc assis dans une salle de Musée reconstruite, refabriquée délabrée, aux murs gris « Kiefferisés », avec, pour imposante et théâtrale, une porte étroite et très haute. Porte qui sera le lieu frontière entre utopie et réalité.
Cette porte d’ailleurs comme une actrice incarnée, nous demande comment le tableau qui est là, a pu rentrer et être ainsi accroché.Décor planté.  Les comédiens arrivent. A nouveau (et ceci n’est pas péjoratif), on se retrouve en pays connu. Des allures des Deschiens, des danses de Pina Bausch, des attitudes à la Tati ou de Pierre Etaix… Ce n’est pas grave et c’est juste une idée qui traverse l’esprit.

Leur escalade du tableau, la scie transformée en instrument de musique, leur violence dansée, leurs corps qu’ils projettent sur les murs font qu’ils doivent lutter contre les conventions… Ils bousculent l’ordre muséal et toutes les inhérentes contraintes. Il y a même J.L. Godard qui, sous-titre à haute voix, nous apprenant comme dans Bande à part, qu’un Américain a mis 9 secondes quarante cinq pour traverser le Musée du Louvre. Ils décident de faire mieux. Ils courent, se jettent contre les parois, trebuchent et dérapent.
Mais rien n’est aussi simple. Des accidents de tout genre surviennent au moment où on ne les attend pas. Fumée, gravas, pluie, des couvertures qui jonchent le sol.Tout cela dans ce silencieux espace qui devient l’idéal cocon pour s’éloigner de la réalité.
Comme disent les FC Bergman, « c’est un lieu qui permet de penser la culture comme refuge ».

Le salut des FC Bergman pour Het Land Nos @FBraun

Le salut des FC Bergman pour Het Land Nod @FBraun

Les protagonistes (les gardiens,  les visiteurs,  les employés) se soumettent à la force de la vérité.  Ils ne sont pas autant protégés qu’ils veulent bien le souhaiter.  La réalité les force à obéir, à fléchir. La culture ne les isole pas. Ils sont les pions choisis par le quotidien.
Mais, au point où ils en sont, on se demande si les forces de la réalité sont  plus violentes que les forces de la religion ?
Ce n’est certainement pas un hasard que le Christ permanent surveille leur impossible utopie ? Le Christ de Rubens,  immense, et qui ne peut pas sortir de la salle d’exposition et ce Christ imprimé sur le mur dans une lumiere blafarde  temoignent alors de cette volonté impossible d’échapper au réel.
On pense soudainement à Ionesco, à Kafka et c’est là où tout s’écroule. Le plafond, les murs, le rêve…
Il y a aussi des visions des Chiens de Navarre. Même Castellucci, on y pense.
C’est hors norme.  C’est au début très drôle, très décalé et la suite prend une autre tournure. Cela devient sarcastique,  éprouvant, dramatique même. C’est inattendu et ce qui parait n’être qu’une farce devient en fin de compte légèrement angoissant.

Un ovni me direz vous. Probablement avec tout ce que cela peut comporter de surprises et d’étonnement.  Je ne parlerai pas des effets speciaux qui rythment la représentation.
On ressort avec un sourire aux lèvres,  un sourire un peu rictus, mais sourire de contentement, de surprise aussi et on se dit que parfois, il n’y a pas besoin de paroles pour dire le chaos et les incertitudes.

Francis Braun

Poster un Commentaire