[ITW] Avec Sorties de Piste, les clowns ont leur festival à Avignon

9 décembre 2025 /// Les interviews
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Le Grrrrrrr ! Festival dont nous avions découvert la première édition en janvier 2024 revient sous nouveau nom. Aujourd’hui, place à Sorties de piste et cela se passe en décembre. Rencontre avec Laurent Rochut, directeur de La Factory, avec lequel nous avons discuté de clowns et théâtre sur le territoire.

Un lieu, une compagnie et un festival de clowns

Nous avons quelque chose à célébrer Laurent, avant de parler de Sorties de piste, votre mariage avec la Compagnie du U !  
C’est une histoire au long cours. Ça fait quelques années que je croise Charly (Charly Lantier, metteur en scène de la compagnie ndlr) et que l’on se déclare réciproquement notre amour du clown. En septembre dernier, nous nous sommes croisés à nouveau et il m’annonce qu’il aimerait bien faire un festival de clown. Je lui ai répondu que j’avais déjà Grrrrrrr ! Je souhaitais déplacer ce festival dans le temps car la première édition avait un peu mordu sur le Fest’Hiver. Le but n’est pas non plus d’empiéter sur des événements en cours sur la ville. J’avais envie de proposer ce festival en décembre. Donc, il nous a paru opportun d’unir nos forces pour Sorties de piste qui débute à la fin de la semaine. 

Comment s’est construite la programmation du festival ? 
Elle s’est faite justement de concert avec l’équipe de Charly. Le festival débute avec la Cie du U et « La petite histoire d’un homme trop grand » (12/12 – 20h30). Avec ce spectacle, je pense que Charly a un désir, celui d’en faire un spectacle qui l’accompagne au long cours, comme chez certains clowns. Le spectacle évolue avec eux et ce n’est plus tout à fait le même qu’au départ. Ensuite, le public retrouvera Les trois clowns (13/12 – 20h30). Ils ont fait deux fois le Festival d’Avignon. Nous aurons la joie d’accueillir Madame Fraize (19/12 – 20h30) qui a fait un carton sur le festival Off . Il y aura également l’ami Patrick de Valette (20/12 – 20h). Voilà pour la grande salle.

Qui dit grande salle, dit petite salle. Quelles compagnies retrouverons-nous dans celle-ci ?
La petite salle sera réservée à l’émergence. Charly a proposé deux spectacles : Farouche qu’il produit avec sa compagnie (14/12 – 16h30), et Coquette (21/12 – 16h30), dont il signe la mise en scène. On retrouvera également Zoé Bourdeaud aka Magalie Tronchet (13/12 – 18h30) que nous connaissions tous les deux et que j’ai découvert à Paris, et la Cie Koudjou (20/12 – 18h30) avec « Rien de Mâle » qui a fait le festival Off 2024 aux Antonins, à la Factory.

Le festival a vocation à revenir chaque année à cette même période ?  
Bien sûr. Pour ce premier festival, nous avons appelé les copains parce que Sorties de piste n’a pas un budget colossal. Mais l’ambition est d’avoir une programmation de plus en plus audacieuse. L’année prochaine, nous recevrons deux résidences en décembre qui seront en écho au festival. Tout comme cette année : nous accueillons la compagnie Dis bonjour à la dame qui est en travail et qui propose une sortie de résidence le 11 décembre à 19 heures. Il commence à y avoir une dynamique autour des résidences. Les clowns se disent : “tiens, il y a un endroit clown friendly à Avignon”. 

Favoriser l’émergence

L’émergence est une chose qui vous tient à cœur. On le voit dans les compagnies programmées l’été et ici durant le festival Sorties de Piste. 
Quand on aime le théâtre et que l’on est vraiment programmateur, c’est-à-dire qu’on a envie d’assumer la production, on a deux souhaits. Celui d’accueillir des créations à Avignon plutôt que des pièces qui sont déjà confirmées. Trouver la pièce que personne n’a encore vue, qui est en création est mon moteur pour La Factory. Je suis en permanence dans cette veille de recherche de spectacles dont les thématiques sont fortes et/ou qui ont besoin d’être traitées. S’ajoute à ce souhait, celui de l’émergence qui est un double ressort. C’est-à-dire que non seulement on découvre une nouvelle pièce mais en plus, on repère en amont des artistes qui sont en train d’éclore, qui sont artistiquement très au point et très professionnels sur la création. Ces compagnies sont encore un peu à la traîne sur le montage financier de leur projet, sur l’accompagnement en diffusion. Il est vrai que j’ai une appétence particulière pour l’émergence, mais elle ne peut pas être la seule ligne artistique d’un lieu. 

Comment combinez-vous l’émergence dans vos salles ? 
Tout simplement en la favorisant dans certains lieux : la petite salle de Roseau Teinturiers, aux Antonins. Durant le Festival Off, aux Antonins, il y a ce que j’appelle le « Tremplin Émergence », il s’agit d’un créneau offert à deux compagnies qui n’ont jamais fait le Off et dont le projet artistique arrive à maturité. Jouant en alternance (1 jour sur 2), c’est moins lourd financièrement en termes de salaire. Ils ont également le temps d’aller réseauter, d’aller chercher d’éventuels coproducteurs. Et tous les ans, il y a de très belles histoires. L’année dernière, Maly Chhum a présenté « Les beaux draps ». Elle vient de faire une énorme tournée en Asie, alors qu’elle n’était pas connue du tout. Elle sortait du Samovar (un Théâtre-clown école unique en Europe ndlr). Je suis très heureux de ce dispositif et tous les ans, il agit comme un petit raccourci qui permet à une compagnie de se dire : « on aurait peut-être du mal à se rendre visible en dehors d’Avignon. Avec cette fenêtre, on a pu venir, passer le nez et ça a été propice et profitable« . 

Repenser le modéle des théâtres

Découvrir, favoriser l’émergence… c’est ce que devraient faire tous les théâtres ?
Bien sûr. Je pense que c’est l’ADN de cette ville. Nous sommes quelques-uns à faire de la résidence. C’est le cas de l’Artephile, du Transversal, du Théâtre des Carmes-Benedetto… Les autres en font un peu mais sont quand même très centrés autour de leur métier de metteur en scène et de producteur. Je crois que c’est un modèle qui est usé. C’est très bien qu’il y ait eu des théâtres historiques qui se soient faits une très belle carrière dans le cadre du Off, avec beaucoup d’aides publiques, mais je pense qu’il est temps de tourner cette page. C’est mon discours depuis la création de La factory et cela ne m’a pas valu beaucoup d’amitiés. Je dis cela pour pointer la tutelle politique : Qu’est-ce qui est le mieux pour votre territoire ? 

Dans le paysage théâtral avignonnais, vous sentez-vous isolé ?
Oui, forcément, parce que primo-arrivant avec une structure intellectuelle qui n’est pas celle des historiques du théâtre. Je suis un entrepreneur et écrivain en même temps. Je suis un économiste mais aussi un romancier. Lors de mon arrivée à Avignon, j’ai analysé le territoire et surtout ce marché de l’art vivant. Je me suis interrogé sur le nombre de théâtres fermés à Avignon alors que nous avons partout en France des compagnies qui cherchent à travailler.
Dans ma réflexion, dès le début, je me dis : Qui est au centre du village et qui devrait l’être réellement ? Les instances du territoire doivent se demander : qu’est-ce qui est intéressant pour nous ? Comme le département ou le Grand Avignon qui travaillent beaucoup sur les ICC, les Industries Culturelles Créatives, je pense que la ville doit s’interroger pour faire évoluer le dispositif d’aides publiques, avec cette question : Comment peut-on faire mieux ?
Il y a beaucoup mieux à faire que ce qu’on fait aujourd’hui à entretenir en permanence une rente, à entretenir des créations qui sont plus souvent du domaine du théâtre privé que du théâtre public, si on est honnête. 

Il est vrai que l’on vous a vu arriver au Théâtre de L’oulle puis vous étendre sur la ville avec les différentes salles, ce qui peut “effrayer” au premier abord.
Le déploiement de la structure La factory correspond aussi à la carence du soutien politique en direction des compagnies de théâtre. Pour aider les compagnies, il faut que la structure qui accueille soit à la bonne taille, c’est-à-dire qu’un lieu trop petit n’est pas capable de survivre sur un marché. Donc, il essaie de grossir jusqu’à trouver le moment où sa santé économique est viable. C’est ce que j’ai fait. En économie, on appelle cela une recherche de taille critique, et j’ai atteint la bonne taille.  

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Philippe Hanula

Le festival Sorties de piste se tient du vendredi 12 décembre et court jusqu’au 21 décembre 2025 au Roseau Teinturiers (Avignon). 
Tarifs : de 11 à 21 euros – Pass 4 spectacles : 41 euros. Tous les renseignements ICI

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