[ITW] Liliane Schaus – Uzès Danse : rassembler et amener tout le monde dans la danse

11 juin 2019 /// Les interviews

Discussion avec Liliane Schaus, directrice d’Uzès Danse – La Maison Centre de Développement Chorégraphique National (CDCN) Uzès Gard Occitanie, pour la nouvelle édition du festival, qui se tiendra les 14-15-16 et 21-22 juin 2019. Un festival qui se veut rassembleur.

Une saison à Uzès Danse

Dans l’édito du programme du festival, vous revenez sur la saison 18/19. Depuis la création de votre studio mobile, vous parcourez le territoire. Quel regard portez-vous sur cette année écoulée ?
Le Studio mobile est notre Maison nomade. C’est un projet de territoire sur lequel on se déplace. L’idée est d’installer une permanence artistique dans des lieux où nous n’allions pas. Les artistes y sont présents durant 2-3 semaines. Nous créons des moments de rencontre entre les artistes et les habitants. Tout ceci est accompagné par nos outils pédagogiques, sur l’histoire de la danse, sur la présentation des artistes et des œuvres, présentés par notre petite équipe de médiatrices. Une certaine proximité se crée avec ces nouveaux publics et ils commencent à nous suivre. Les échanges sont alors joyeux. Cette année, nous étions à Pont-Saint-Esprit, dans leur prieuré. Nous sommes à la recherche de communes, sur le territoire du Gard, pouvant nous accueillir.

Vous poursuivez également votre collaboration avec ICI-CCN (Institut Chorégraphique National – Centre Chorégraphique National) Montpellier-Occitanie / Pyrénées Méditerranée.
Oui, nous sommes proches et nous avons toujours collaboré. En concertation avec ICI-CCN de Montpellier, nous accueillons des étudiants du master exerce. La nouveauté est que nous sommes en relation avec le CDCN de Toulouse, et nous avons mis en place des résidences croisées. L’idée, pour nos structures, est d’accompagner et de soutenir des artistes régionaux, mais pas que, pour mettre à leur disposition nos réseaux, nos compétences, nos lieux pour les résidences et la diffusion. Cette saison nous avons soutenus Émilie Labédan, une jeune chorégraphe, qui présentera 444 Sunset Lane dans le cadre du festival (le 21 juin).

La danse est une fête, une communion

La première journée se veut festive avec le Mobil Dancing (photo ci-dessus ©PRESSMASTER). Était-ce une volonté pour vous ?
C’est important. La danse a toujours une image de quelque chose qui est destinée aux initiés, alors que la danse est pour tout le monde et appartient à tous. La plupart des gens aiment danser, et rassembler me semble important. La piste à dansoire avait proposé un bal guinguette lors d’une éditionprécédente. Là, c’est une formule plus disco dans un quartier excentré, avec lequel nous travaillons. Cette soirée d’ouverture, le 14 juin, est en partenariat avec la Verrerie d’Ales, Pôle national des arts du cirque, et le futur équipement culturel, L’Ombrière, qui va s’installer à Uzès. C’est la première fois que ce bal sera présenté. C’est effectivement l’idée de rassembler et d’amener tout le monde dans la danse avec cette proposition.
Dans la même idée, nous présentons une installation-vidéo de Denis Darzacq à la médiathèque, sur une chorégraphie de Thierry Thieû Niang. C’est un ensemble de vidéos grandeur nature, sur 7 panneaux, avec des danseurs professionnels et amateurs. La Ronde est une invitation à la danse et une restitution de la danse dans toute sa simplicité.
Pour cette édition, les artistes ont des dispositifs différents du bi-frontal. Beaucoup nous ont demandés à ce que le public soit autour d’eux, ou bien en quadri-frontal, permettant ainsi une certaine communion afin de partager les choses de façon encore plus sensible.

De l’œuvre chorégraphique à l’œuvre plastique

Vous accueillez Laurent Goldring pour le projet Fauteuils (15 juin). Comment est né ce projet ?
Je connais Laurent depuis de nombreuses années, et j’ai toujours apprécié son travail ainsi que ses nombreuses collaborations. Initialement, c’était un projet avec Louise Cavalier qui était prévu, mais il n’a pu se faire pour des raisons de disponibilités. Fauteuils a remplacé celui-ci et je le découvrirais en même temps que le public.
C’est un objet très particulier parce que c’est, à la fois, un spectacle et une exposition. L’expérience est intéressante. Je trouve qu’il y a énormément de similitudes entre l’art contemporain et la danse. Quand le public me dit « on ne comprend pas » , j’opère la similitude qui réside entre la danse et une toile. Losrque l’on est devant une toile, il n’y a pas de texte. C’est la toile qui procure des sensations. Pour la danse, il en est alors de même, il faut la découvrir par rapport à ses émotions et ne pas avoir peur à se laisser porter par ces dernières.
Laurent a évidé 3 fauteuils des œuvres de Picasso, Matisse et Cézanne, de leurs personnages initiaux. Il a demandé aux interprètes de les réinvestir à leur manière. Les toiles initiales seront projetées sur le plateau. Le spectateur aura alors le choix, soit d’être sur le plateau ou dans le gradin. Ce sera un objet plastique et chorégraphique. J’ai hâte que Laurent Goldring retrouve une place dans la danse contemporaine.

Des créations

Vous découvrez certaines pièces en même temps que le public. Quels sont les sentiments qui animent votre attente ?
C’est avec beaucoup d’impatience et de curiosités que j’attends les créations.

Ce sera également le cas pour Lex de Sylvain Huc (14 juin).
En effet, car je n’ai pu aller le découvrir à Roubaix. Sylvain est un danseur qui nous intéresse. C’est un beau performeur. Il revient à la forme solo avec Lex. En plus des propres lois qui régissent le corps, il en édicte des nouvelles par son écriture. Se pose la question de comment les détourner. Il expérimente cela dans son solo.

La nuit, nos autres de la chorégraphe Aina Alegre ©H. Touret

On retrouvera la création de Meytal Blanaru (16 juin), également, coproduction de l’Association des CDCN, que certains ont pu découvrir lors de l’édition du Festival Les Hivernales en février dernier. Autre coproduction de ACDCN, La nuit, nos autres d’Aina Alegre (21 juin).
Nous avions accueilli Aina, l’année dernière, avec Le jour de la bête, sa première pièce de groupe. Elle travaille sur le rituel, qui est d’ailleurs le fil rouge de cette édition. La nuit, nos autres parle du moment où les identités sont floues. On a pu voir cette création, il y a quelques jours, à Paris dans le cadre de June Events. C’est une artiste à l’écriture personnelle et intéressante. Nous avons envie de la suivre.

La question du rituel

Sorour Darabi ©Otto Zinsou

Vous avez évoqué le fil rouge de cette édition, le rituel. Il y a celui de la transformation. Mais aussi ceux qu’impose le langage, une civilisation.
Pol Pi et Sorour Darabi en sont le parfait exemple. Ils ont travaillé ensemble par le passé et ont également fait exerce (master à ICI-CCN ndlr).
Nous avions accueilli Pol Pi avec Ecce (H)omo. Il revient avec Alexandre (le 16 juin) qui est le résultat de tout un travail sur le langage de la tribu xavante Belém au Brésil. Il a découvert de cette population à travers leur langue. L’archive sonore, sur laquelle il a travaillé, s’appelle Alexandre. Il y est question de rituel de passage masculin. Ici, la relation langue et identité est mise en exergue.
Sorour Darabi avait fait un spectacle sur la langue iranienne, Farci.e, dans laquelle il n’y a pas de genre. Dans Savušum (le 21 juin), Sorour s’inspire de rituels mortuaires chiite. C’est une danse masculine, très sensuelle. Tout le spectacle est conçu comme un rituel.

Savušum est programmé à 23h. Perchée dans les arbres d’Aurélie Gandit, à 7h. Est-ce que les horaires participent au rituel qu’instaure la chorégraphie ?
Pour Perchée dans les arbres (le 22 juin) sera un moment de recueil chorégraphique avec une lumière de lever de jour magnifique, dans le parc du duché. Aurélie Gandit a travaillé autour de la figure du féminin sacré. L’autrice Magali Mougel a écrit le texte en même temps que la construction de la pièce. Le spectateur sera mis en condition de concentration selon des postures yoga, qui permettent d’être en accord avec la nature et la question de la femme. Cette proposition sera suivi par un atelier du corps.
Il est vrai que certains horaires se prêtent mieux aux propositions.

Une nouvelle artiste associée

David Wampach, votre artiste associé, va céder sa place à Danya Hammoud. Berezina est le dernier spectacle de cette édition (le 22 juin). Est-ce qu’il faut y voir un rituel de passage ?
Berezina est un spectacle dans lequel David va encore plus loin dans le lâcher-prise. Il en a une parfaite maîtrise. Il a cette faculté d’amener ses interprètes dans des endroits où eux-mêmes ne se doutent pas d’aller. C’est une danse tribale jusqu’au-boutiste.
Avec David, c’est un cycle qui se termine. Pour les CDCN, l’artiste associé est présent sur trois années. Il y a eu énormément d’actions, notamment dasnle travail que nous menons avec l’hopital psychiatrique, de rencontres, et sa présence aux éditions lorsque l’on pouvait accueillir ses propositions. Cela était normal de terminer le festival avec lui. On se dit au revoir mais pas adieu.

Danya Hammoud lui succèdera. Qu’est ce qui vous a séduit chez cette chorégraphe ?
Pleins de choses ! Danya est une chorégraphe libanaise. Son solo Mahali m’avait touchée. Elle a une écriture assez minimaliste influencée par la violence. C’est une artiste qui a une vraie conscience du territoire, de par son corps puis dans une acceptation plus large, celle de l’aspect géographique. Comme l’on travaille sur le territoire, des points de rencontre peuvent se faire. Elle a un projet sur les trois années à venir, autour d’un travail avec des femmes. Sa vision du territoire est intéressante et c’est une personne absolument merveilleuse. Je pense qu’elle peut apporter un regard neuf sur nos façons de voir les choses.
Pour inaugurer notre collaboration, elle présentera une étape de travail de Sérénités (le 16 juin).

Thiago Granato dans Trrr ©Paula Faraco

Pour être complet

Afin de faire le tour complet du festival, on notera la proposition de Thiago Granato avec Trrr (le 15 juin) qui vient clôturer ainsi sa trilogie CHOREOVERSATIONS, dont les précédents soli ont été présentés l’année dernière, l’international présent avec Tazcorp (Guillaume Marie, Roger Sala Meyer et Igor Dobricic) dans le cadre du programme Etape Danse (les 21 et 22 juin), et la carte blanche à Laurent Pichaud sur la question du jumelage, à travers la question du regard que l’on porte sur l’étranger, pour Uzès en jumelle (21 et 22 juin). Une occasion pour les habitants d’Uzès de célébrer la ville de Schriescheim lors d’un Partage des eaux, à la fontaine sur le parking des Cordeliers. Le chorégraphe réitérera cette proposition au Portugal l’année prochaine, selon un protocole bien établi.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson

Renseignements

Uzès Danse, les 14 – 15 – 16 et 21 – 22 juin 2019.
Tous les renseignements sur les spectacles ici.
Téléchargez le programme complet.