[ITW] Mickaël Delis, au nom du Troisième Type

2 février 2026 /// Les retours
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Lorsque Mickaël Delis décroche son téléphone, en ce 28 janvier, il est dans Paris avec son chien. C’est l’heure de la promenade d’avant la petite sieste. C’est le rituel qu’il applique chaque jour avant de monter sur scène. Il faut souligner que depuis le 9 septembre, l’auteur et comédien à ses soirées bien remplies puisqu’il est sur le plateau de La Scala Paris. Et s’il n’est pas dans la capitale, il est en tournée en Province, comme samedi soir à Avignon.

Avec sa trilogie, il incarne le métier de comédien avec justesse, drôlerie et délicatesse. Il se glisse tour à tour dans la peau de sa maman, de son père, de son frère, de son psy, de son généraliste, de ses meilleures amies, des gars du vestiaire et ceux du cercle de paroles, et de sa constellation de gens qui comptent. 

Ce qui devait être au départ un one shot est aujourd’hui une trilogie qui rencontre un réel succès. Le point de départ, “Le Premier Sexe”, dans lequel on croise le comédien de sa plus tendre enfance jusqu’à l’âge adulte arrivant, questionne sans détour la construction de l’homme à travers les figures patriarcales, l’homophobie ordinaire, le corps des adolescents et la toute-puissance masculine. Dans son second volet, “La Fête du Slip”, Mickaël Delis déjoue tous les pièges du vocabulaire qui fait la part belle au sexe masculin influençant ainsi toutes les conversations. Pour “Les Paillettes de leur vie” , qui clôt de façon magistrale la Trilogie, il questionne la parentalité dans toutes ses dimensions et rend un hommage vibrant à sa mère, son père ainsi qu’à tous les enfants à naître.

Interview

C’est un peu fou ce que tu vis depuis septembre ? 
Ce qui est très beau, c’est ce que je dis beaucoup, ce sont les joies du temps long que le théâtre public n’offre pas forcément mais que le théâtre privé offre quand il y a des succès. Cela fait quasiment six ans que je joue le premier volet (Le Premier Sexe ndlr). Il est passé de petites salles de cinquante personnes à des salles de deux-cent cinquante et aujourd’hui ce sont des salles de 400 places. Nous faisons maintenant une tournée qui est magnifique et de voir comment la trilogie rejaillit, c’est tellement tellement beau. Je reste incrédule quand le public me dit avoir fait une heure, voire deux heures de route. J’ai l’impression d’avoir 4 ans et je me dis que ce n’est pas possible. Le plaisir est totalement inchangé à la 180e qu’à la première. Et j’ajouterais qu’il y a ce truc magique quand même avec le double départ terrible de mes parents, je passe toutes mes soirées avec eux et ça, c’est quand même un pied de nez à la cruauté. À tous égards, ce que je traverse est merveilleux. 

Ce succès réel n’est-il pas un peu effrayant et n’as-tu pas peur que ton image soit accolée à ce triptyque ?
Le triptyque se déploie sur quasiment sept ans de travail et représente trois pièces. Quand on joue l’intégrale, c’est quatre heures et demie de spectacle. Je lui suis tellement reconnaissant à ce triptyque, à ce qu’il m’apporte de reconnaissance et de travail que même si on ne m’associe qu’à cela pour le moment, ce n’est pas très grave parce qu’il y a tellement de choses sur le feu, il y a tellement de choses qui existent par ailleurs.
La trilogie présentée à la Reine Blanche à Avignon cet été ne m’a pas empêché d’être sur une co-écriture pour un duo de clowns (La honte ndlr), là, j’ai co-écrit un solo pour Jonathan Darona. Je suis en train d’écrire une pièce pour huit personnes et nous ferons une lecture le mois prochain à La Scala Paris. J’ai un autre projet de trilogie de solo. Je suis en hyper activité permanente. 

Jouer des seuls en scène t’amuse donc ?
J’avoue. Je ne pensais pas que les solos m’éclateraient à ce point, mais en fait, c’est une telle révélation que j’en ferai jusqu’à la fin de ma vie !

Tu as sorti la semaine dernière le recueil « La sensualité des pédés ou La peau grande ouverte », chez L’Harmattan collection L’écarlate, prolongement de la Trilogie.
Tout à fait. C’est une sorte d’aller-retour avec la Trilogie. C’est vraiment un prolongement de la réflexion sur le désir, sur le corps. Je veux dire avec cette partition, qu’il y a une homogénéité dans mon parcours, dans mes réflexions.

Avec tes différents projets, penses-tu à un nouveau spectacle ?
Oui. J’ai le projet d’une prochaine trilogie. Elle porte sur la création. J’aimerais interroger les mystères de la fabrication, le rapport à la vérité, au langage et poursuivre la réflexion sur les mécanismes d’oppression, l’émancipation, le partage, le plaisir. C’est autant de choses qui sont en germe dans la Trilogie du Troisième Type. J’ai l’impression qu’il y a quelque chose de très politique dans tout ça, à toucher du doigt un en-dehors du capitalisme consumériste, de la domination patriarcale et de dire : Tiens, c’est quoi l’alternative ? Et de continuer à creuser ce sillon-là de la tendresse et de l’amour. J’ai l’impression que c’est un bouquin ou un chapitre qui pourrait prendre des lustres tant il y a à dire. 

Pour terminer notre conversation, que dirais-tu à un public qui découvre ton affiche du “Premier Sexe” et qui se dit “Aller voir un gars en slip, je n’ai pas forcément envie” ?
D’une part, je comprends complètement que l’on ait cet a priori là, qu’on se dise “oh là là, ça a l’air un peu potache ou c’est un peu bas du front ou bas du slip”. Mais je leur dirais que c’est avant tout une invitation à réfléchir ensemble et à créer un moment de grand partage et de générosité sur un récit d’émancipation, sur des injonctions diverses et comment est-ce qu’on peut tous se libérer collectivement de mythes qui nous écrasent, tels que la performance, la surpuissance. Je leur dirais également que c’est de mettre du tendre, car on a besoin de vulnérabilité et de tendresse en ces jours très agressifs et pugnaces. Pour finir, je leur dirais que l’on va passer un bon moment. 

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Crédit photo : © Marie Charbonnier – La fête du slip

Lire les retours de Bernard Gaurier sur la trilogie ICI et .

Générique

Le Premier Sexe – du 3 février au 14 avril 2026 à La Scala Paris
de et avec Mickaël Délis – mise en scène Mickaël Délis et Vladimir Perrin – collaboration artistique Elisa Erka, Clément Le Disquay et Elise Roth – collaboration à l’écriture Chloé Larouchi – lumières Jago Axworthy

La Fête du slip – du 4 février au 15 avril 2026 à la Scala Paris
de et avec Mickaël Délis – mise en scène Mickaël Délis et Papy de Trappes – collaborations artistiques Vladimir Perrin, David Délis, Elise Roth, Clément Le Disquay, Romain Compingt – création lumière Jago Axworthy 

Les Paillettes de leur vie – du 5 févrierr au 16 avril 2026 à la Scala Paris
de et avec Mickaël Délis – mise en scène Clément le Disquay et David Délis – collaborations artistiques Papy de Trappes, Vladimir Perrin – collaboration à l’écriture Romain Compingt 

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