Francky Corcoy (Influences Compagnie) : la culture hip-hop n’enferme pas au contraire de la société qui fonctionne par cases.

23 octobre 2015 /// Les interviews

A la veille de la représentation de GROS au Théâtre Christian Liger dans le cadre du festival Tout simplement Hip-Hop (Da Storm) à Nîmes, interview de Francky Corcoy qui pratique le hip-hop depuis 20 ans.

Quel rapport entretenez-vous avec la pratique hip-hop depuis vos débuts, en 1995 ?

Francky Corcoy : Déjà, pour moi physiquement, c’est dur. On a commencé à danser dehors, dans la rue. Il n’y avait pas de salle de danse, pas tout ce qu’il y a maintenant, il y avait un manque de structures. Ce que je ressens, et des amis danseurs de ma génération aussi, ce sont les séquelles, les blessures que l’on s’est fait car on allait comme ça sur le bitume, sans échauffement. C’était la performance, l’adrénaline, le dépassement de soi, à tout prix. Maintenant, je trouve que la danse a beaucoup, beaucoup évoluée, les jeunes ont une grande énergie avec beaucoup d’originalité. La culture hip-hop est en perpétuelle évolution, musicalement, artistiquement. Tout le monde s’approprie cette culture.

Et vous vous êtes approprié cette culture…

F. C. : Oui, tout à fait. Il faut se rappeler que cette culture est parti de presque rien. On doit sa naissance aux Etats-Unis avec des chefs de gangs qui ont décidé d’amener des choses positives dans un milieu hostile. C’est ce qui est bien avec cette culture, elle n’enferme pas au contraire de la société qui fonctionne par cases.
Je ne fais pas partie de la première génération de hip-hopeur. J’ai commencé par le New Jack Swing, la hype. J’avais besoin de savoir d’où ça venait et pourquoi ça me parlait. Je suis allé chercher des infos sur la culture hip-hop en fait. J’ai eu la chance de rencontrer Lava, de la Zulu, Mr Freeze, lequel m’a expliqué les premiers pas break…
Ce qui m’a plu dans le hip hop, c’est aussi cette manière de m’échapper de mon quotidien. il y avait un mode d’expression artistique en partant de rien. Je viens d’une cité de Perpignan, on écoutait du rap, c’était pour le fun. Je pratiquais le basket et je me suis mis à danser. Et lorsque je dansais, je sentais que j’existais. Mes potes m’ont regardé d’une autre manière. Cela a été l’ouverture vers un autre univers dans lequel j’ai pu creuser.

GROS - ©Ghostographic

GROS – ©Ghostographic

Vous reprenez GROS dans le cadre du Festival Tout Simplement Hip-Hop. Quelle est l’histoire de ce solo ?

F. C. : Etant jeune, j’étais mince. Ma prise de poids coïncide avec le décès de mon père et de mon métier de cuisinier. L’écriture de GROS est venu de mon vécu, c’est pour cela que c’est un solo autobiographique. Ma corpulence a fait dire à certain que je mettais un coussin pour paraître plus gros. Mais, non, c’est vraiment moi, tel que je suis.
J’ai travaillé avec la metteuse en scène Mariana Lezin, de la compagnie Troupuscule, sur cette pièce. Notre rencontre date de sa pièce Le Boxeur de Patric Saucier. Il y avait une scène dans laquelle je devais me mettre torse nu. Pour moi, c’était impossible à réaliser. Mariana Lézin m’a alors expliquer la nécessité de cette pièce. J’ai compris le fait de travailler le fond avec la forme. Petit à petit, j’ai pris confiance en moi. Et durant 4 ans, que cette pièce a tourné, je me suis mis torse nu.
GROS est la suite de notre travail, mettre en valeur ce [mon] corps, s’accepter tel que l’on est. Je ne voulais pas me mettre torse nu pour cette proposition, cela aurait été violent dans le rapport scène/public. Je suis habillé tout en blanc, tel une page vierge, avec un tee-shirt serré qui laisse apparaître mes formes que je ne voulais pas cacher. Mon corps est neutre, c’est peut-être pour cela que le public se projette et se retrouve sur ce qu’il se passe sur plateau. Pour moi, la scène est une page vierge sur laquelle on écrit ses propres histoires. A la fin du spectacle, j’aime bien échanger avec le public, et c’est comme ça que je me suis retrouvé face à une anorexique qui s’était vue sur scène, avec des malentendants, venus avec Emmanuelle Laborit au Off (ndrl Festival Avignon Off 2015) qui se sont retrouvés dans cette pièce.
Cela fait 3 ans que nous le tournons. La proposition a beaucoup évoluée. Il faut savoir que la musique est envoyé en live, ce n’est pas une bande qui défile tout le long du spectacle. Benjamin Civil, le musicien, m’envoie les séquences sonores selon les gestes. Il y a une sorte d’improvisation, on se laisse des moments d’émotions.
L’idée de mes pièces est que chacun se raconte sa propre histoire, qu’il projette son vécu dans ce que je lui raconte.

Chevalier - ©Cie Influences

Chevalier – ©Cie Influences

Quels sont vos futurs projets ?

F. C. : Il y a déjà Chevalier qui a été créé à Toulouges à l’occasion de la Fête du livre. L’idée est de donner une représentation à partir d’un livre jeunesse. Avec Mariana Lézin (metteuse en scène), nous avons découvert la bande dessinée le chevalier et la forêt d’Anaïs Vaugelade. C’est un spectacle pour les à partir de 3 ans, qui mêle danse, interprétation, magie et mime. L’idée est de faire voyager les enfants à l’intérieur du conte, ce qui explique qu’il n’y ai pas de scénographie, juste un fond noir pour ne pas polluer l’œil et laisser toute la place à l’imagination. Tout est axé sur mon interprétation, avec un travail sur le visage, sur le mime. Seule une voix Off m’accompagne. Et ce conte à sa petite morale, celle d’affronter la vie sans arme.
On a l’idée de développer le personnage de Chevalier dans l’univers des jeux vidéos. Peut-être que cela est dû à mon costume de scène, une salopette bleue : armure par excellence du clown, mais aussi habit de Mario.
Après Chevalier, il y aura une écriture importante avec une scénographie. J’ai besoin de ma retrouver avec du monde sur scène après mes 2 soli.

Etre invité au Festival Tout Simplement Hip-Hop de Da Storm. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

F. C. : Je suis très heureux d’être accueilli par Da Storm. Et de venir jouer à Nîmes cela me tarde aussi. Le public pourra voir dans GROS ma gestuelle hip-hop, si il le désire mais je veux surtout faire passer des émotions. Quand j’étais jeune, je suis allé voir des spectacles qui m’ont donné envie de faire ce métier. D’ailleurs, j’ai une pensée pour Franck II Louise que j’avais vu 1998 avec Instinct paradise et cela a été le déclencheur.

A lire la critique de GROS ici.
Laurent Bourbousson