La Résidence Croisée : le journal de bord d’Alexia Vidal – la suite

13 novembre 2018 /// Les retours

Alexia Vidal, metteuse en scène de la compagnie Corps de Passage, et la vidéaste Ludivine Large Bessette sont les artistes sélectionnées pour la Résidence Croisée (voir la présentation ici). Comme nous aimons découvrir ce qui n’est pas visible à l’œil du public, on a demandé à Alexia Vidal de nous faire vivre cette résidence de l’intérieur. On découvre la suite de son journal de bord.

Fin de la première semaine 

Pour chercher, nous avons tenté : presque 1 000 photos, des dizaines de tenues enfilées, plusieurs personnages ébauchés, des danses dans du plastique, des sauts pieds-nus puis en chaussures, des marches perchées sur des talons, des changements d’angles effrayants, des accouchements symboliques, des retournements physiques…

Pour chercher, nous avons erré : la mer, les parcs, un cimetière, le 109 dans ses moindres recoins, Emmaüs, les friperies, Fiesta Folie, les magasins de maquillage, les magasins de photo, un surplus militaire, les rues de Nice, le lit du Paillon…

Pour chercher, nous avons convoqué : Isadora Duncan, la comtesse de Castiglione, Young Jean Lee, Miwa Yanagi, Olivier Dubois, Cindy Sherman, Alice Dreger, Julie Crenn et Pascal Lievre et tous.tes les participant.e.s de Herstory, mais aussi des féministes inter-sectionnelles, des livres pour enfants, nos mères et nos grands-mères, des mythes, des modes et une bonne dose d’imaginaire…

Pour chercher, nous avons discuté : beaucoup, de tout, de nous, mais surtout, nous avons construit ensemble des axes de travail, des pistes de réflexions, des chemins de questionnements.

À la fin de cette semaine, nous avons dans notre malle de travail : 12 personnages, 3 séries de photos en cours et des débuts de tentatives de plateau.

À la fin de cette semaine, j’ai pu toucher la mise en scène d’images fixes, Ludivine a commencé à mettre en mouvement des sensations et des pensées. Toujours un peu étonnées de la fluidité de nos échanges et toujours curieuses de l’autre et de ses pratiques.

À la fin de cette semaine émerge un début de réponse à nos questions des premiers jours : comment représenterions nous les corps des femmes ? Comment repenserions nous notre corps en images ? Un bout de réponse, peut-être, à travers la création de personnages chimériques : des femmes hybrides, multiples, complexes, fortes, inquiétantes, séduisantes, irritantes, effrayantes.

Maintenant il nous reste une semaine pour nous confronter à ces images que nous avons créées. Une semaine pour chercher comment danser ce que nous font ces images, comment mettre en mouvements certains de ces personnages, avec leurs contraintes physiques, avec leurs contraintes vestimentaires. Une semaine pour voir comment représenter les femmes en photos, pourrait (peut-être) changer jusqu’à notre façon de bouger.

Cette semaine à été un foisonnement d’idées, d’envies, d’essais, de tentatives. La joie de pouvoir créer en toute liberté sans pression du résultat, pour le plaisir de cheminer ensemble et de faire se rencontrer nos imaginaires et nos pratiques. La joie de voir un possible résultat de ces recherches alors même que ce n’est pas notre but. Comme une trace commune qui prend forme dans notre imaginaire épars.

Déjà une semaine d’écoulée

Quinze jours, c’est à la fois long et si court. Nous nous engouffrons avec joie et gourmandise dans cette deuxième semaine ensemble, en espérant voir commencer à grandir les graines que nous avons semées durant ces premiers jours. Mais je sais déjà, je suis persuadée, qu’elles porteront leurs fruits bien après que nous aurons quitté notre théâtre Ouest à l’Entre-pont, quand nous aurons retrouvé nos habitudes de travail (si tant est qu’on en ait !) et que ces habitudes seront  teintées de ce temps privilégié qu’est la résidence croisée…

Alexia Vidal
Photographie : Ludivine Large Bessette