OFF19 : Au Théâtre des Halles, l’invisible visible

26 juin 2019 /// Les retours

La programmation pour ce OFF19, au Théâtre des Halles, est placée sous l’oxymore, l’invisible visible. Alain Timár et son équipe poursuivent leur saison avec des réjouissances théâtrales riches en découvertes artistiques.

Avec ses trois espaces, le temps du festival, le Théâtre des Halles propose une programmation qui raconte la société. Philosophie, reconstitution du réel, croyance et histoires de vie se croisent et s’entrechoquent dans les propositions.

Lumière sur la société

L’oxymore l’invisible visible n’aura jamais été autant réel qu’en ce mois de juillet. Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner, de Christine Citti, mes de Jean-Louis Martinelli, nous plonge au cœur d’un huis clos, celui d’un foyer d’accueil d’urgence pour jeunes. L’autrice a récolté les paroles de ces jeunes, durant 8 mois. Elle en fait une œuvre chorale où l’espoir naît. Paul Laverty met en scène Moi, Daniel Blake, le film de Ken Loach, auréolé d’une Palme d’Or en 2016. Le metteur en scène promet une mise en scène rudimentaire qui sublime l’Humanité des invisbles. Autre film qui est source d’inspiration, Vivre sa vie de Jean-Luc Godard. On retrouve à la mise en scène Charles Berling. Il y est question de l’émancipation féminine, de la place de la femme dans un monde d’hommes, du travail du sexe, de la liberté simplement. La distribution y est parfaite. On notera la présence de Sébastien Depommier.
Le Valletti Circus promet des moments d’une poésie féroce, tendre, juste et cruellement d’actualité avec 3 textes de l’auteur, Mary’s à minuit, par Catherine Marnas, Pour Bobby et À plein gaz, tous deux mis en scène par Alain Timár (écouter l’interview croisée Timár-Valletti et lire l’article de Daniele Carraz).

Les histoires des petites gens

Parce que l’une des forces du théâtre est de mettre à jour des histoires communes, voire banales, qui se révèlent immenses par ce qu’elles véhiculent, La dernière bande de Samuel Beckett, mis en scène par Jacques Osinski, avec le vertigineux Denis Lavant, a de quoi séduire, tout comme L’art de Suzanne Brut, de Michael Stampe, mes Christophe Lidon avec Marie-Christine Danède.
Le « je » personnifié peut s’avérer double. Chez Gilles Gaston-Dreyfus, Mon amis, Louis plonge le spectateur dans un monde drôle et cruel.
Autre lieu, autres histoires, celles liées au 11 septembre 2001. Le Collectif ildi ! eldi s’empare du texte de Michel Vinaver pour sa dernière création. Un moment à l’émotion tragique, douce et apaisante, nous promet-on. Vous ferez, enfin, connaissance de Giovanni, l’une des victimes du naufrage du Titanic. The Great Disaster est une remarquable histoire mise en mots par Patrick Kermann avec Olivier Barrère (lire l’interview et le [VU]).

Façonner la pensée

Les autrices et auteurs sont sources d’inspiration pour la pensée. Jean-Baptiste Sastre, dont le précédent spectacle La France contre les robots de George Bernanos été présenté l’année dernière ici même durant le Off18, revient avec Plaidoyer pour une civilisation nouvelle adapté de la correspondance, de L’Enracinement et autres textes de l’humaniste et philosophe Simone Weil, qui a marqué la pensée française.
Pasolini en forme de prose, de et avec Antonio Interlandi, révèlera l’œuvre musicale du journaliste, écrivain, penseur, poète que fût cet immense Pier Pasolini.

Racine, Homère, Sophocle… détournés

La Guerre de Troie (en moins de deux !), mis en scène par Jérôme Imard et Eudes Labrusse, est un récit mené tambour battant d’après les écrits d’Homère, de Sophocle, d’Euripide, d’Hésiode, de Virgile… ou comment revisiter les aventures légendaires des héros, dieux et demi-dieux de la Guerre de Troie. Si l’année dernière, Frédéric Fisbach présentait l’étonnant et vertigineux Convulsions d’Hakim Bah, d’après la Tragédie des Atrides où Atrée et Thyeste assassinent leur demi-frère, cette année le metteur en scène revient avec Bérénice Paysages, d’après Bérénice de Jean Racine, avec Mathieu Montanier. Le rendez-vous est pris.

Un programme de lectures et de rencontres

Du 10 au 20 juillet, dans le Valletti Circus, à 19h, des rencontres et lectures vont se succéder. Ariane Ascaride, Robert Guédiguian, Didier Pralon, Patrick Pineau et bien d’autres vous livreront les mots et converseront avec Serge Valletti. Le 16 juillet sera le jour pour découvrir des projets en cours de production. Ces temps précieux pour les compagnies leur permettront de faire état de leur future création.
Les rendez-vous sont pris pour ce OFF19 !


Laurent Bourbousson
Photographie de couverture : Ils n’avaient pas prévu qu’on allait gagner, de Christine Citti, mes de Jean-Louis Martinelli ©Caroline Bottaro

Le Festival 2019 au Théâtre des Halles, du 5 au 28 juillet (relâche les 9, 16 et 23 juillet). Toute la programmation ici.
Bon à savoir : pour toutes réservations faites avant le 30 juin, bénéficiez du Tarif Première(s), à 10 euros, sur les 5, 6 et 7 juillet 2019. Dans la limite des places disponibles.