[VU] Aux Hivernales, Charmatz et Huynh s’abandonnent l’un à l’autre
Dans ce corps à corps hypnotique, les deux chorégraphes et danseurs s’inspirent de Boléro 2 du spectacle Trois boléros d’Odile Duboc et Françoise Michel qu’ils avaient alors dansé en 1996. Pour ce duo, créé il y a plus de 10 ans, ils explorent à travers le mouvement la notion du désir jusqu’à l’envi.
Tout débute dans une salle entièrement éclairée. Les interprètes entrent. Le calme se fait et chacun prend place sur un carré blanc, espace de leur intime.
Dans un profond silence, le son d’un brouhaha se fait entendre, puis les premières notes du Boléro de Ravel retentissent. Le matériau sonore distord la composition. Le mouvement est lent et s’étire. Ici, la temporalité est le maître du jeu et captive le regard sur deux corps en mouvement. La lenteur est beauté. Elle permet de poser le corps, de le ressentir.
Au plateau, le premier contact se fait par le pied. La chorégraphie se déploie avec minutie, par touche, par effleurement. Étrangler le temps questionne le contact physique avec l’autre. Tout est question d’équilibre. L’osmose entre les deux interprètes, même si parfois l’émotion n’arrive pas jusqu’à nous, est bien présente sur ce carré blanc dont on aurait envie de faire le tour pour voir ce qui ce qui se sculpte d’un peu plus près.
Les images sont fortes. Les corps traduisent l’abandon à l’autre, l’appartenance et l’envie de ne faire qu’un seul corps. Boris et Emmanuel s’abandonnent l’un à l’autre, les yeux fermés tout le long de la pièce, sans compromis, sans retenue. La musique fractionne l’image et attire le regard sur les parties des corps. En toute fin, l’un et l’autre se détachent.
Boris Charmatz et Emmanuel Huynh livrent avec Étrangler le temps une variation sur l’amour, sur le désir, sur les luttes, dans cette sorte de rituel pour amants sacrés. On regrette toutefois le travail sur la lumière que l’on aurait aimé plus chaude pour accompagner ce duo d’amants beau à pleurer.
Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Ursula Kaufmann
Étrangler le temps vu dans le cadre du Festival Les Hivernales, le mercredi 12 février 2025.
Générique
Conception et interprétation Boris Charmatz, Emmanuelle Huynh / Librement inspiré de Boléro 2 (extrait du spectacle Trois Boléros, conçu par Odile Duboc et Françoise Michel, 1996) / Dispositif scénique et lumières Yves Godin / Son Olivier Renouf / Matériaux sonores étirement du Boléro de Ravel