[VU] De loin si près de Bruno Pradet, du tissus et des hommes

15 juillet 2025 /// Festival d'Avignon - Les retours - OFF
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Du tissus et des hommes

Le rideau s’ouvre sur un espace blanc teinté par touches de morceaux de tissus colorés. Il y en a partout, accrochés aux pendrillons, par tas sur le plateau. En fond, 8 formes humaines qui semblent avoir été jetées ici-même.
Capuches sur la tête, leurs visages sont recouverts de morceaux de tissus. Elles et ils ne sont rien. Juste des silhouettes qui reprennent vie par leur claquement de main. D’abord de manière désorganisée puis en rythme. Cette première image ouvre l’étrange ballet auquel Bruno Pradet convie le public.

Se débarrassant de leur seconde peau, les interprètes offrent leurs visages, puis leurs corps au regard des spectateurs. Les bandelettes de tissus qui les recouvraient sont arrachées et ils apparaissent enfin eux-mêmes, sous la belle lumière de François Blondel.

De beaux ensembles dansés

Une fois de plus, on constate avec joie que les ensembles dansés font la force de Bruno Pradet. Il structure ses pièces pour leur donner le souffle de vie, d’humanité, de passion et d’envie nécessaire. Il donne un cap, celui de regarder dans le même sens afin de faire communauté.

Avec ses interprètes, il tisse un lien, parfois fragile, entre le plateau et la salle. Pour De loin si près, les danses multiples sont convoquées. Le hip-hop se frotte au krump qui lui-même se frotte à la danse contemporaine. C’est rythmé, ça balance et ça entraîne comme il se doit.

De loin si près, un étrange kaléidoscope qui se façonne et se déploie

La genèse du projet de cette pièce repose sur des œuvres d’art brut,  » réalisées par des gens soumis à une forme d’enfermement mental qui les a conduits, pour nombre d’entre eux, à un enfermement tout court. Et pourtant, les textes et les images qu’ont produits ces gens sont d’une incroyable liberté, et nous proposent un regard sur le réel qui fait exploser notre imaginaire.« 

Alors oui, dans le kaléidoscope qu’est De loin si près, les spectateurices se fraieront un chemin, se raconteront des histoires qui seront toutes liées les unes aux autres par les corps de la communauté qui danse sur le plateau.

Les histoires ainsi dansées au rythme de la création sonore géniale de Yoann Sanson, pulsée à la vielle à roue de Patrice Rix, au beatbox de Black Adopo et à la voix de la soprane Marion Dhombres, ouvrent sur un imaginaire dans lequel on peut se perdre, se retrouver, s’égarer et errer pour penser, au final, à notre monde fragmenté.

De loin si près est à l’image de nos vies, un canevas sur lequel chacun brode ses envies, ses peurs, ses craintes et ses espoirs.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Alain Scherer

De loin si près a été vu au CDCN Les Hivernales – jusqu’au 20 juillet (relâche le 15) – 18h15. Renseignements ICI

Générique

Conception et chorégraphie Bruno Pradet / Interprétation Jeanne Cathala, Chinatsu Kosakatani, Joël-Elisée Konan, Jules Leduc, Marie Maleine, Thomas Regnier, Elie Tremblay, Loriane Wagner / Scénographie Clément Dubois / Création sonore Yoann Sanson Avec Marion Dhombres (soprane), Black Adopo (Beat-boxer), Patrice Rix (vielle à roue) / Création lumière François Blondel / Costumes Rozenn Lamand / Régie plateau Fabrice Coudert / Regard complice Loriane Wagner / Intervenant Beat box Black Adopo / Construction Luminaire Dr Prout
Administration / Production Céline Aubry
Production / Diffusion Azzedine Boudène

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