VU : DES GESTES BLANCS, DE L’INTIME À L’UNIVERSEL

24 mars 2018 /// Les retours

Un beau duo que forment Sylvain Bouillet et son fils Charlie, pour Des gestes blancs. L’histoire intime du père et du fils prend des allures universelles et questionne le lien adulte-enfant. Retour sur cette proposition délicate et extrêmement vivante.

C’est dans l’écrin de la Chapelle des pénitents blancs que nous ont conviés Naif productions pour l’essai chorégraphique, Des gestes blancs. Il est le résultat des ateliers menés par Sylvain Bouillet durant un an et demi avec des pères et des enfants (ateliers suivis par le blog : suivi1 suivi2 suivi3). Dire qu’une certaine attente était réelle pour découvrir cette proposition est faible. L’excitation était alors mêlée à une certaine crainte, celle d’être déçu de voir la complexité du projet anéanti par une supposée figure du singe savant, celle du mime, du jeu de refaire les gestes de l’adulte.

Du jeu, il en est question tout au long de la proposition. Sylvain et Charlie jouent leur propre rôle. Pas de surenchère, pas de trait forcé, uniquement l’être dans sa plus grande simplicité. Et c’en est désarmant tellement l’un et l’autre navigue à leur rythme dans leur duo.
La relation cellulaire père-enfant s’illustre par un dosage entre courses et regards dans lequel l’enfant met ses pas dans celui de l’adulte, et où l’adulte s’abandonne à l’enfant. 

La proposition tient par certains égards d’une forme de naturaliste.
Le public suit les mouvements d’un grand et son petit, des gestes comme des archétypes illustrant la relation du lien chez cette fameuse espèce animale qu’est l’homme. Au-delà, les voir évoluer l’un et l’autre sur le plateau, c’est aussi entrapercevoir toutes relations que peuvent entretenir le couple adulte-enfant, et quel que soit le lien qui les unit, toute leur richesse et leur complexité aussi. Du jeu à l’éducation, de l’apprentissage à la complicité, de l’admiration à l’affirmation. De l’évolution dirait Darwin.

C’est dans une sorte de va et vient que l’un et l’autre apprennent, se construisent et grandissent. Chacun à son niveau, à sa place. Cependant, il est aussi question de limite. Le solo de Sylvain Bouillet casse l’image d’Épinal que l’on peut se faire de cette relation. Il brouille la perception attendrissante que la proposition inspire durant les premiers tableaux. La rupture est abrupte, dérange. La difficulté d’être père, adulte, bouleverse l’équilibre fragile du lien.
On pense aussi à ces échanges de rôles entre adulte et enfant, quand la vie, ses drames, se chargent d’en modifier les codes. Comment retrouver l’équilibre, comment panser les blessures, les fautes, les erreurs ?

Cette proposition touche à la fois pour l’expérimentation qu’elle représente – travailler un an avec un jeune enfant, pour les gestes qu’elle donne à voir, et l’heureux et puissant retour sur soi qu’elle induit tout en délicatesse.

Avec Des gestes blancs, tout reste à apprendre, autant pour l’un que pour l’autre… et pour nous-mêmes.

Laurent Bourbousson – Camille Vinatier
Photo : ©Anne Breduillieard

Des Gestes blancs, a été vu la samedi 3 mars, Festival les hivernales. Date à venir : 16 novembre à Malemort du Comtat dans le cadre des Conviviales-Théâtre itinérant. Renseignements ici.
Chorégraphie : Sylvain Bouillet / Interprétation : Charlie Bouillet et Sylvain Bouillet / Musique : Christophe Ruetsch / Lumière : Pauline Guyonnet / Dramaturgie : Lucien Reynès / Conseil artistique : Sara Vanderieck