[VU] La petite boîte à musique de Céline Milliat-Baumgartner

20 mai 2025 /// Les retours
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Il est 3h30 du matin quand, ce jour de 1985, une voiture prend feu. Deux corps en partie carbonisés sont non identifiés par les pompiers et la police arrivés sur place. Une voix blanche, en off, décrit la scène de l’accident. Pas n’importe quelle voix mais celle de Céline Milliat-Baumgartner qui perdit ses deux parents par cette nuit claire. De cette expérience intime, l’actrice en a fait un livre qui connut un grand succès à sa publication en 2015 aux éditions Arléa ; une autofiction en forme de délivrance : « Mes mots et mes morts, mes fantômes, sont ainsi rangés dans cet objet, ils ont trouvé une place et n’envahissent plus ma vie n’importe quand, n’importe comment. C’est bien. C’est plus confortable » écrit-elle en janvier 2016. Des lectures s’en suivent puis une forme théâtrale signée Pauline Bureau, bouleversée par son récit, dont on avait apprécié les mises en scène Neige ou encore Féminines. La suite est une succession de représentations partout en France avec, en bouquet final, une 100ème fêtée au Théâtre de la Bastille à Paris en mai !

De l’ombre à la lumière
À pas lents, en silence, Céline Milliat-Baumgartner s’extirpe de l’ombre, regarde le public dans les yeux, s’approche, sourit. Elle le prend à témoin et ne le lâchera plus, le faisant son complice, son confident, son compagnon de vie. Impossible de lâcher prise, il est pris à la gorge par son histoire familiale hantée par les figures du père et de la mère – ses héros disparus tragiquement -, et de son frère dont il lui faudra bien s’occuper un peu ! Ici la délicatesse est de mise et l’épure aussi pour ne pas sombrer dans un pathos dégoulinant, la mise en scène de Pauline Bureau et la scénographie d’Emmanuelle Roy servant d’écrin aux mots – simples – et au jeu – naturel. Enfantin même : Céline avait 8 ans l’année où elle devint subitement orpheline. Un immense miroir incliné en fond de scène et l’horizon s’agrandit soudainement, un carton réceptacle d’images et boite à trésors, un écran vidéo, le plateau est un espace évidé où les souvenirs peuvent réapparaitre plus facilement et donner vie à sa mère, « son modèle, l’original, l’idéal ». Céline n’a-t-elle pas marché dans les pas de l’ancienne actrice chez Truffaut ? Plus le temps passe et plus il lui faudra creuser dans « le trou noir de ses cauchemars » pour retrouver ses fantômes…

Arrêt sur images
Sa présence est lumineuse, voire enjôleuse. Sa parole est claire, sa diction hachée, entrecoupée de longs silences. Sourire aux lèvres, elle reste un temps immobile avant de marcher à pas mesurés comme pour battre le temps écoulé depuis… ; pas de musique, seule sa voix et le bruit de ses bottines sur le plateau qu’elle troquera pour une paire de chaussons de ballerine. Hissée sur pointes, Céline rejoue sa vie, démêle les fils de son passé lointain et proche. Coppélia a 9 ans. Elle s’élance en équilibre au-dessus des nuages. On croirait voir un tableau de Magritte. Mais la réalité revient comme un boomerang à l’instant même où elle égrène « quand mes parents ne seront plus là » enveloppée du silence de leur mort. Longtemps cachée, jamais énoncée.

Sa présence est fragile, mais c’est une illusion. Troublé, éprouvé, groggy, le public a fait corps avec elle des premiers instants de son apparition à la dernière sentence qui tombe comme un couperet : plus forte que les apparences, elle laisse le public hébété lorsqu’elle entreprend la lecture du procès-verbal de police. Elle a retrouvé l’aplomb qui sied à son âge adulte et, d’une voix neutre et monotone, lit le descriptif des bijoux de sa mère et avoue : « C’est tout ce qui reste de cette nuit-là ».

Marie Godfrin-Guidicelli
Phographie : ©Pierre Grosbois

Générique

Les bijoux de Pacotille a été vu au Théâtre de la Bastille (Paris). La pièce sera reprise au Festival Printemps des comédiens (Montpellier), les 11 et 12 juin prochains (voir ICI).

Texte et interprétation Céline Milliat-Baumgartner / Mise en scène Pauline Bureau / Scénographie Emmanuelle Roy / Costumes et accessoires Alice Touvet / Composition musicale et sonore Vincent Hulot / Lumière Bruno Brinas / Dramaturgie Benoîte Bureau / Vidéo Christophe Touche / Magie Benoît Dattez / Travail chorégraphique Cécile Zanibelli

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