[VU] « Maguy Marin, L’urgence d’agir » Film documentaire de David Mambouch

10 février 2019 /// Les retours

Maguy Marin est venue présenter en personne L’Urgence d’Agir à Utopia dans le cadre du Festival Les Hivernales. Retour.

Reconnaître cette grande p’tite dame à taille Humaine… et retrouver, à travers le récit de ce film, sa propre part d’humanité en ébullition. Se sentir – comme souvent au sortir des pièces de Maguy Marin – quelque peu bousculé dans son engourdissement, dans cette tor-peur à fuir de toute URGENCE !  

Histoire d’humain, d’amis, d’amour
C’est une histoire d’Humanité, de famille universelle que narre le film. Pas seulement la famille du « sang » mais aussi celle, riche et complexe, construite toute une vie durant au fil des choix et des rencontres imprévues, celle dont nous sommes co-constitués. J’y ai entendu et ont raisonnés les mots suivants :

« Fini, c’est fini, ça va peut-être finir… »
Maguy Marin nous rappelle le contexte social si différent du début des années 70 : l’aventure « du début » où « il n’était pas si compliqué de trouver des acolytes. Après 68, l’important était de faire ce que l’on aime. On n’avait pas peur. Aujourd’hui, l’appauvrissement de la vie fait que chacun réfléchit avant de s’engager. » Et malgré tout, ce que l’on ressent de ce parcours, de ce chemin c’est la pérennité de l’engagement. Coûte que coûte ! Être en accord, mettre du sens, travailler et transmettre. Entendu, encore :

Et puis il y a l’image de ce dos nu d’une personne âgée. Ce passage est extrait de la pièce 2017. Pour moi à ce moment, comme lors du spectacle : tout s’arrête ! Je reste le regard figé sur cette image, impossible d’écouter ce qui peut se dire dans le film à ce moment. Je prends alors conscience de la puissance de ce que les artistes nous donnent à voir. Aucune image n’est anodine. Sa résonance sur nos être peut être profonde. Alors oui ces questions si essentielles, résonnent :

Garder le compte ! Chaque pas compte 
Pour moi, l’engagement de Maguy Marin c’est celui du regard. Un regard aussi honnête que possible sur le monde et l’humanité. Des positionnements. Le refus de l’esthétisme qui répond aux canons si violents du « beau officiel », et finalement l’acceptation de sa propre anormalité en est un. Avec RAMDAM c’est le constat que seul on ne peut pas. C’est un lieu pour ne pas perdre le rythme du commun, pour essayer d’être autonome, pour se donner la liberté de pouvoir continuer « après », quoi qu’il advienne. Cette Famille de cœur parcourt les chemins ensemble. Ce film nous donne à voir des personnes simplement humaines qui agissent et ne démissionnent pas. Maguy Marin poursuit la quette du sens « de son faire ». Je n’ai pas ressenti ce documentaire comme le portrait d’artiste, mais comme un regard posé sur un contexte humain particulier constitué d’êtres sensibles qui, au travers de leur « artisanat » (que j’entends avec la plus grande estime : ouvrage-travail, recherche du sens, commun, transmission et usage) orientent notre regard et notre pratique pour nous permettre d’accéder un peu plus à l’humanité qui nous relie, et nous incite modestement à agir. « Car être ensemble n’est pas une notion, mais une pratique » (Propos d’Ennio Sammarco – Interprète de la Cie Maguy Marin, lors d’une formation conjointe entre artistes et enseignants).

Séverine Gros
Phtographie : Laurence Dasniere

« Maguy Marin, L’urgence d’agir » Film documentaire de David Mambouch
Écrit et réalisé par David Mambouch | Chorégraphie : Maguy Marin | Image : Pierre Grange | Musique originale : Charlie Aubry
Sortie en salle le 6 mars 2019 – Durée : 1h48
Produit par NAÏA PRODUCTIONS et la COMPAGNIE MAGUY MARIN en coproduction avec AUVERGNE-RHONE-ALPES CINEMA avec la participation de REGION AUVERGNE-RHONE-ALPES FONDATION HERMES THEATRE DE LA VILLE – PARIS avec le soutien du CENTRE NATIONAL DU CINEMA L’IMAGE ANIMEE MINISTERE DE LA CULTURE / DIRECTION GENERALE DE LA CREATION ARTISTIQUE