[VU] Marcos Morau sublime Afanador et le Ballet Nacional de España

6 décembre 2025 /// Les retours
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40 interprètes auront donc foulé le plateau du Grand Théâtre de Provence. 40 interprètes auront fait vivre au public une plongée sublime et hallucinante dans l’univers du photographe iconique Ruven Afanador et du pays du flamenco, l’Espagne et plus particulièrement l’Andalousie.

Le chorégraphe Marcos Morau allie, dans une combinaison savante et affolante, le travail du photographe en s’inspirant de deux de ses livres Àngel Gitano. Hommes de flamenco (La Martinière, 2014) et Mil Besos. 1 000 Kisses (Rizzoli, 2009), et le monde du flamenco. L’imagerie qui s’en dégage confère toute la puissance créatrice du chorégraphe mise au service de ce ballet.

Strike a pose for Afanador

Tout débute dans le noir avec une musique rock glam. Le rideau s’ouvre et c’est au cœur d’une séance de shooting (Afanador collabore avec les plus grands magazines de mode) que le public est plongé. Tous les éléments constitutifs de ce ballet sont présents au plateau : flashs, hommes élégants, femmes fortes, tenues de mode, de flamenco. Tout est vu par le prisme d’une loupe grossissante so queerness, marque des photographies qui reviennent alors subtilement en tête.

Véritable ode au flamenco, Marcos Mauro et ses acolytes La Veronal, Lorena Nogal,
Shay Partush, Jon López et Miguel Ángel Corbacho mettent en évidence tout ce qui émane de cet art. Le tableau focalisant la frappe des pieds laisse apparaître toute la complexité de l’exercice, le mouvement donné à la bata de cola libère toute la sensualité qui se cache dans ce geste, l’apparition furtive de taureaux imagés place définitivement le Ballet Nacional de España au cœur de l’Andalousie, terre aride sous un soleil de plomb.

Des mouvements d’ensemble au cordeau

Les interprètes d’Afanador passent ainsi de tableau en tableau avec une puissance qui ne retombe jamais. Les mouvements d’ensemble sont d’une synchronicité parfaite et ouvrent le champ de l’imaginaire. Les flashs crépitant la lumière blanche viennent souligner les corps vétus de noir, marque de fabrique du photographe, et donnent un rythme, une cadence aux mouvements et une plasticité au ballet saisissante.

Marcos Mauro passe ainsi à la moulinette tout ce qui fait flamenco (de la castagnette au chant avec la présence de Juan José Amador « El Perre », des mouvements reconnaissables des bras et des mains sur la musique jouée en live par Enrique Bermudez (guitare) et Roberto Vozmediano (cajon)) et en donne sa propre version.

Des clins d’œils chorégraphiques viennent également se glisser dans l’esprit du public. On pense à Pina Bausch et à Maurice Béjart dans des tableaux renversants.

Rubén Olmo, flamenco à corps

L’avant-dernier tableau offre au public un moment d’une forte intensité avec un Rubén Olmo ensorcelant. Jouant avec un châle, il danse ce qu’est le flamenco et fait la démonstration du duende dans une série de poses renvoyant ainsi aux photographies de la série “El Cortijo de la Sierra” dont il fut le modèle. Rubén laisse apparaître le don total de soi aux arts métissés (danse et photographie).

En guise de dernier tableau, Marcos Morau confère une dernière fois toute sa force créatrice pour l’amour du flamenco et du photographe. Il met en lumière tout l’imaginaire collectif attaché à l’Andalousie dans une puissant mouvement d’ensemble, servi par un chant où malheur, douleur, alegria et célébration se côtoient entre diurne et nocturne.

Si Afanador semble s’étirer en longueur, cela est vite oublié par les tableaux que l’on découvre comme si l’on tournait les pages d’un livre en mouvement signé Marcos Morau sur la danse et la photographie, le flamenco et Ruven Afanador, devenant ainsi un manifeste notoire pour la grandeur de ces arts.

Afanador est à voir sur arte.tv jusqu’au 31/12/2025 (lien en bas de page), ce soir au Grand Théâtre de Provence et en mars prochain au Théâtre du Châtelet.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Merche Burgos

Afanador a été vu le 3 décembre 2025 au Grand Théâtre de Provence (Aix-en-Provence)

Générique

Ballet Nacional de España
Direction Rubén Olmo
Concept et direction artistique Marcos Morau / Chorégraphie Marcos Morau & La Veronal, Lorena Nogal,
Shay Partush, Jon López et Miguel Ángel Corbacho / Dramaturgie Roberto Fratini / Scénographie Max Glaenzel / Réalisation décors Mambo Decorados et May Servicios para Espectáculos
Création des costumes Silvia Delagneau / Réalisation des costumes Iñaki Cobos / Création musicale Juan Cristóbal Saavedra en collaboration avec Maria Arnal
Musique de Mineras et Seguiriyas : Enrique Bermúdez et Jonathan Bermúdez
Paroles de Temporera, Trilla, Liviana, Bambera et Seguiriya : Gabriel de la Tomasa
Création lumières Bernat Jansà / Conception et réalisation univers électronique José Luis Salmerón de CUBE PEAK / Conception vidéo Marc Salicrù / Photographie Ruven Afanador / Postiches Carmela Cristóbal / Coiffes JuanjoDex / Consultant coiffure Manolo Cortes / Consultant maquillage Rocío Santana
Chaussures Gallardo
Avec Rubén Olmo (Collaboration spéciale)
Irene Tena Albert Hernández (danseurs invités)
Inmaculada Salomón, Estela Alonso, Débora Martínez, Miriam Mendoza, Ana Agraz, Cristina Aguilera, Ana Almagro, Pilar Arteseros , Marina Bravo, Irene Correa, Patricia Fernández, Yu-Hsien Hsueh , María Martín, Noelia Ruiz, Laura Vargas, Vanesa Vento , Sou Jung Youn, José Manuel Benítez , Eduardo Martínez, Cristian García, Matías López, Carlos Sánchez, Diego Aguilar, Juan Berlanga, Manuel del Río, Axel Galán, Alejandro García, Álvaro Gordillo, Adrián Maqueda, Víctor Martín, Alfredo Mérida, Javier Polonio, Pedro Ramírez, Juan Tierno, Sergio Valverde
Musiciens : Chant Juan José Amador “El Perre” / Guitare Enrique Bermúdez / Percussions Roberto Vozmediano

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