[VU] No Matter, le fourre-tout d’Hervé Koubi
En langue anglaise, « matter » est le mot fourre-tout par excellence. Intraduisible, il prend différentes significations selon son utilisation. En intitulant « No Matter » pour son programme proposé au Festival de Danse de Cannes, le chorégraphe Hervé Koubi semble se défaire des critiques avec son « Peu Importe » et propose un surprenant programme.
Nuits Blanches, Boy’s don’t cry et Take back the night composent donc le programme d’une durée d’1h30, avec un ressenti de plus de 3 heures. Le chorégraphe cannois livre ses deux premières pièces totalement féminines avec une distribution exclusivement coréenne, dans le cadre de l’année Cannes – Bussan. Nuits Blanches et Take back the night avaient de quoi aiguiser la curiosité.
Nuits blanches
En guise d’introduction, la pièce Nuits Blanches interroge par son déploiement. Sur scène, un ensemble de minotaures cagoulés et cornés, exécute une danse guerrière. Leurs cornes devenant couteaux, on pense à une célébration d’une quelconque divinité sur fond de rythme percussif et de chants religieux. Leurs cagoules pailletées ne sont pas sans rappeler celles des « nuits barbares ou les premiers matins du monde« , création de 2015 du chorégraphe. Lorsque les masques tombent, ce sont de véritables amazones qui se dévoilent. Et tout se termine dans un état vaporeux comme si tout risque était loin d’elles. Une entrée en matière interrogative sur les intentions du chorégraphes qui mêlent mouvements d’ensemble dansés et arts martiaux.
Boys don’t cry
Les interprètes de Boys don’t cry entrent en scène, sans liaison avec la pièce qui vient de s’achever. Dos au public, chacun enlève sa chemise blanche, et les amazones se lèvent et quittent le plateau. Créée en 2018, la pièce est un plaidoyer pour le droit d’être un garçon sans pour autant aimer le football. On peut être garçon et aimer danser. Si la chanson du groupe The Cure vous vient en tête, laissez-là de côté puisqu’il n’en est pas question ici. Boys don’t cry pourrait être une pièce plus profonde, plus forte et agir comme un marqueur social à l’heure où les discriminations font rage. Mais il n’en est rien. Sous des effets parfois comiques, le propos se distille, laissant apparaître ce qu’aurait pu être cette pièce.
Take back the night
Le programme se clôt avec Take back the night. La salle est prise d’assaut par les interprètes du premier opus. C’est en version top-models, guerrières de mode et autres groupes de K-Pop qu’elles font leur entrée en hurlant de par les portes. Elles chassent ainsi le groupe de garçons au plateau. On remarque alors l’art absent de liaison chez Koubi. Au chant, on retrouve le groupe Dear Deer, et sur le plateau des lumières qui s’agitent dans tous les sens, des kalachnikovs soufflantes, une écriture des mouvements toute en énergie qui finit par fatiguer l’œil et l’esprit, car incompréhensible. Si l’idée est d’associer le public à la fête, il en est tout autre lorsqu’elles brandissent leurs fusils soufflant en direction du public. Avec ses fausses fins, la patience n’est plus et laisse place à une certaine lassitude.
Toutefois, une certaine hystérie s’est emparée de la salle puisque c’est droit que le public ovationne No Matter d’Hervé Koubi. Et c’est triste que je quitte la salle.
Laurent Bourbousson
Crédit photo : © Palais des Festivals – Nathalie Sternalski
No Matter a été vu au Festival de Danse de Cannes, le dimanche 30 novembre 2025
Site de la compagnie ICI
Générique
NUITS BLANCHES / TAKE BACK THE NIGHT – Premières mondiales. Créations 2025. Avec : So Hee Park, Ji Woo Lim, Jeong Eun Hwang, Ye Ri Yoo, Soo A Huh, Hye Soo Shin, Seohyun Baek, Tae Hee Kim, Momoka Kubota et Yeain Hwang / Création musicale originale interprétée par Dear Deer avec Clothilde Sourdeval et Frédéric Iovino / Création lumières : Lionel Buzonie / Costumes : Guillaume Gabriel / Musique : Stéphane Fromentin.
BOYS DON’T CRY – Création 2018. Pièce pour 7 danseurs. Avec Badr Benr Guibi, Mohammed Elhilali, Oualiud Guennoun, Bendehiba Maamar, Nadjib Meherhera, Houssni Mijem, El Houssaini Zahid.