VU #OFF18 : Avec Lettre à un soldat d’Allah, le duo Timár-Raïs fonctionne à merveille

22 juillet 2018 /// Les retours - VU #OFF

Raouf Raïs, mis en scène par Alain Timár dans Lettre à un soldat d’Allah, chroniques d’un monde désorienté de Karim Akouche, est un comédien lumineux, nécessaire à ce texte. Retour.

En adaptant l’écrit de Karim Akouche, Alain Timár, le directeur du Théâtre des Halles, propose une adresse directe au public qui ne peut que réveiller le citoyen sommeillant en chacun. C’est sous un chapiteau placé au centre de la cour du théâtre que le comédien Raouf Raïs va, durant une heure, questionner le monde occidental.

Les mots de Karim Akouche sont d’une grande justesse dans cette Lettre

Ils racontent le monde contemporain, malade de nos crises de civilisations. L’auteur a écrit un ensemble de chroniques suite à l’attentat de Charlie Hebdo et les a rassemblées sous le titre de l’une d’elles. C’est un texte puissant, non moralisateur, qui en est né. La volonté est clairement affichée, celle de tirer la sonnette d’alarme pour prendre conscience des dérives d’un monde qui échappe à tous. L’urgence devient concrète, celle de voir des nuances dans les dysfonctionnements divers et non une dichotomie qui peut plaire et servir à certains.
Karim Akouche révèle ainsi une grande responsabilité du monde occidental dans l’Histoire qui s’écrit, celle d’être lâche face aux islamistes. Il en appelle à Albert Camus, à Voltaire, pour mettre à nouveau de la pensée dans les diverses actions entreprises.
Les mots sont forts et Raouf Raïs leur donne vie.

Alain Timár ne pouvait pas mieux choisir comédien en Raouf Raïs

Raouf Raïs est éblouissant. Il détient cette force nécessaire à ce métier, celle d’une présence scénique réelle, sans artifices ce qui viendrait gâcher son jeu. Raouf Raïs est lui. Il est le passeur de ces mots qu’il interprète avec générosité, sans emphase, dans un souci du dire vrai. Il guide son auditoire de son enfance à apprendre les sourates du Coran jusqu’à l’inscription du mot liberté sur le paperboard dans une certaine frénésie.
Toujours dans le ton juste, le comédien crache ses mots lorsque la colère le prend, prend un ton léger lorsque l’absurde fait foi, ou encore un ton plus grave lorsqu’il cherche à comprendre celui qui est face à lui, son semblable devenu tellement différent.
Alain Timar signe une mise en scène et une direction de jeu qui est à saluer ici. C’est dans un décor épuré qu’il projette Raouf Raïs et crée des images fortes (on peut penser à celle du papier froissé par le comédien dans son discours sur la place de la femme chez les fanatiques).

Lettre à un soldat d’Allah est œuvre forte, une œuvre qui illumine la pensée. C’est une proposition qui ne peut se raconter. Elle est à entendre et même mieux, à écouter attentivement.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : Louise Maignan

Lettre à un soldat d’Allah, chroniques d’un monde désorienté de Karim Akouche, jusqu’au 29 juillet (relâche les lundis), à 14h, au Théâtre des Halles.
Mise en scène, scénographie Alain Timár | Interprète Raouf Raïs | Création lumière Richard Rozenbaum | Régie lumière Claire Boynard