[VU] Rocío Molina libère ses démons avec Calentamiento

4 décembre 2025 /// Les retours
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Alors que les portes de la salle s’ouvrent, la musique résonne déjà fortement. Sur scène, Rocío Molina s’échauffe, s’étire, bandeau autour de la tête. La bande-son alterne les titres du groupe Las Grecas (duo espagnol de rumba et de flamenco-rock formé en 1973 par deux sœurs, Carmen Muñoz Barrull et Edelina Muñoz Barrull) et de La Marelu, chanteuse de flamenco espagnole, titres auxquels la danseuse a dû être biberonnée. Une atmosphère de début de cours de danse règne. Mais il ne s’agit pas de n’importe quel cours, c’est celui de La Molina !

« Je ne vais pas arrêter de commencer« 

Telle une artiste de stand-up, Rocío Molina, micro Madonna bien positionné, débute son spectacle. Elle se positionne face au public venu découvrir sa dernière création pour laquelle le réalisateur Pedro Almodovar s’est agenouillé devant la danseuse transformée en madone pour l’occasion.

Rocio Molina commence donc par une « tabla de pies« , exercice qu’elle pratique depuis son plus jeune âge. 35 minutes durant lesquelles les zapateados vont gagner en intensité et en variation, passant de 140 à 180 battements de pieds par minute. 35 minutes d’une puissance, d’une précision et d’une force imparables. Durant ce temps fascinant, Rocio Molina parle. Elle raconte son enfance, l’importance de cet échauffement qui est une manière de commencer, de se préparer à ressentir et d’incarner le duende.

Elle ne s’arrêtera donc jamais de commencer. Tel est le postulat de Calentamiento, sa nouvelle performance. Ne pas commencer, c’est renoncer. Renoncer, c’est mourir.

Une Rocio Molina dantesque

Rocio Molina est dantesque. Elle entraîne le public dans ses failles, ses peurs, ses croyances. Elle est joie et douleur.

S’écroulant à même le sol, c’est José Manuel Ramos « Oruco » qui vient la remettre sur pieds. Maître et partenaire de danse, il incarne la rigueur dont l’indomptable Rocio a besoin pour continuer son baile. Pourtant l’épuisement est réel. L’usure du temps se fait ressentir à la fin de cet échauffement, discipline quotidienne qu’elle applique pour le talent de sa danse.

Un grand miroir, à cour, renvoie le reflet de cette immense artiste qui se livre sur ce grand plateau. Seule, elle occupe tout l’espace. Elle embrase chaque millimètre par sa présence magnétique.

Bientôt rejointe par Ana Polanco, Ana Salazar, María del Tango et Gara Hernández au chant, Rocio Molina va pouvoir libérer ses démons.

Calentamiento, une fiesta démiurgique

Calentamiento prend ainsi des allures de fêtes éternelles. Les recommencements successifs s’enchaînent et sont le reflet des pensées de la danseuse. Qu’elle soit à la batterie, à traîner des chaises et à les faire voler, qu’elle rejoigne dans le miroir-caisson les chanteuses, Rocio Molina éblouit par la maîtrise de son jeu et de ses intentions.

Durant cette fiesta démiurgique, elle est la Créatrice de son propre univers. Rocio recherche, tente, transforme ses essais et questionne sa place d’interprète. Elle laisse apparaître des débuts de réponse sans jamais vraiment les donner.

Rocio Molina annonce qu’elle ne veut pas que la fête se termine. Elle ne se terminera pas. La danseuse reprendra là où elle avait commencé, avec une « tabla de pies« . Et tout un chacun célèbre à sa façon, La Molina.

Calentamiento se révèle intense, et ce même après 2 heures de spectacle. Il est rassurant d’être encore surpris par des propositions artistiques de grande qualité. Un spectacle à voir sans plus tarder.

*

En préambule, le public a pu découvrir la chorégraphe et danseuse Lorena Nogal, dans le hall du Palais du Festival. 10 minutes d’une réelle intensité durant lesquelles le brouhaha ambiant n’a pas gêné la performance et perturbé sa réception. Une grande est née !

Laurent Bourbousson
Crédit photo : © Palais des Festivals – Nathalie Sternalski

Calentamiento a été vu au Festival de Danse de Cannes, le dimanche 30 novembre 2025.

Tournée : Teatre Lliure, Barcelone (Espagne) – du 19 au 29 mars / Teatro Central, Séville (Espagne) – les 10 et 11 avril / Teatro Cervantès, Malaga (Espagne) – le 15 avril / Scène nationale du Sud-Aquitain, dans le cadre du Festival Andalou de Saint-Jean-de-Luz – les 23 et 24 mai / Théâtre d’Orléans, Scène nationale
les 27 et 28 mai

Générique

Direction et chorégraphie Rocio Molina / Co-direction et textes Pablo Messiez / Direction musicale Paco « Niño De Elche » / Avec Rocío Molina (danse), José Manuel Ramos « Oruco » (compas), Ana Polanco, Ana Salazar, María del Tango et Gara Hernández (chant) / Création lumières Carlos Marquerie / Espace scénique et audiovisuels Cabo San Roque / Espace sonore et technicien Son Javier Álvarez / Direction technique Carmen Mori / Technicien lumières Rafael Gomez / Régie plateau Maria Agar Martinez

Production Danza Molina
Coproduction et accueil en résidence Théâtre de Nîmes – Scène conventionnée d’intérêt national art et création – danse contemporaine
Coproduction Centro Danza Matadero CDM ; Festival de Danse  Cannes Côte d’Azur ; Chaillot Théâtre National de la Danse ; Bayonne – Scène nationale du Sud-Aquitain ; Théâtre d’Orleans - Scène nationale
En collaboration avec le Teatro Central de Séville et le Teatre Lliure de Barcelone

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