[VU] SILENCE VACARME, l’ode aux femmes et au vivant de Pauline Ringeade

23 janvier 2026 /// Les retours
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Aux vibrations qui nous font ressentir vivants

Accueilli par Claire Rappin en bord de scène, le public s’installe petit à petit. Le premier contact avec la comédienne, musicienne et chanteuse se fait par le regard et un sourire. Quelques paroles de bienvenue suffisent pour établir une relation entre le plateau et le reste de la salle, et éclater le fameux 4e mur. C’est ainsi que débute le seul en scène de Claire Rappin, bien avant que le noir de la salle se fasse, laissant le brouhaha ordinaire d’une salle de spectacle remplir l’espace.

Au brouhaha physique succède celui des voix enregistrées, basculant ainsi dans la performance spectacle que va livrer Claire Rappin. Partant du postulat qu’un son est égal à une vibration ressentie à travers le corps, la comédienne replonge son auditoire dans notre année COVID19, là où le silence faisait taire le vacarme de la vie quotidienne.

Dans les Vosges, Claire Rappin redécouvre le bonheur de l’écoute. Les vibrations constituent alors sa géographie du paysage, et c’est ainsi qu’elle découvre la bioacoustique, cette science qui « étudie les sons produits par le vivant, leur structure, leur fonction et leur évolution« .

La force de Claire Rappin est de faire voyager le public confortablement installé. Elle structure et modèle les imaginaires à sa guise, entraîne tout un chacun de la forêt vosgienne jusqu’à la ville. Ses paysages sonores sont une mappemonde sur laquelle nous voyageons.

Son enfance, terreau fertile du vivant

Et c’est ainsi que la comédienne nous transporte sur les terres de son enfance, dans les Pyrénées Orientales, et plus précisèment dans le jardin familial, épicentre de ce nouveau chapitre.

On y découvre le plaisir d’écouter pousser les plantes ou bien de voir renaître le cerisier. Claire nous inculque ce que sa mère lui a enseigné, que « chaque espèce est liée une personne » par un lien imperceptible mais globalisant ainsi le vivant.

On croise dans ses souvenirs sa grand-mère à la force incroyable, une abuela que l’on rêverait toutes et tous d’avoir. Elle lui transmet la force d’être elle, de s’affirmer sous le drapeau Vulva Revolución !

Notre héritage aux générations futures

Par le cheminement de sa pensée, Claire Rappin questionne ainsi l’héritage que l’on va laisser à notre descendance humaine. Quel sera la géographie sonore de leur monde ?

La comédienne revient au début de notre histoire commune, celui de la naissance. Elle nous fait entendre le battement de cœur de l’enfant porté et questionne la place de la femme lors de l’accouchement, ce moment de « vérité nue et crue pour le corps » durant lequel l’attention se déplace sur le nouveau né.

Puis, elle tisse le lien entre ses femmes inspirantes, regarde le vivant s’agiter sous ses yeux, émet les sons des étourneaux et enregistre une bande sonore du paysage ainsi modelé.

L’ultime image : des plantes venant frôler le cyclo en fond de scène. Paysage embrumé que l’on aimerait voir réellement, faisant ainsi prendre conscience qu’il est temps de protéger toutes les natures vivantes de nos environnements, à commencer par nous respecter.

Si SILENCE VACARME marque l’esprit, tant par le fond du propos que par sa forme grâce à la mise en scène bien pensée de Pauline Ringeade et au jeu formidable de Claire Rappin, les pièces du puzzle peinent parfois à s’assembler. Mais après tout, n’est-ce pas cela le vivant ?

Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Laetitia Piccarreta

SILENCE VACARME a été vu au Théâtre d’Arles, le 13 janvier 2026. Le site de la compagnie : ICI

Générique

Jeu / composition Claire Rappin – Mise en scène Pauline Ringeade – Écriture Antoine Cegarra, Claire Rappin, Pauline Ringeade – Dramaturgie Antoine Cegarra – Assistanat mise en scène Louise de Bastier – Création et régie lumière Fanny Perreau – Création et régie musique et son Pierre-Mathieu Hebert – Scénographie Cerise Guyon – Costumes Aude Bretagne – Régie générale et plateau Yann Argenté

Avec les voix de : Thérèse Rappin, Teresa Alvarez Maria, Claire Schirck, Suzanne Aubert, Adèle Ringeade, Véronique Ringeade, Anne-Marie Tagawa, Dr Christine Bassi, le cœur de Loïs Geoffroy, Sacha et Zoé Rappin.

​Production l’imaginarium / Coproductions La Manufacture, Centre Dramatique National Nancy Lorraine | Les 2 Scènes, scène Nationale de Besançon | Comédie de Colmar – Centre dramatique national Grand Est Alsace | Théâtre d’Arles, scène conventionnée d’intérêt national _art et création _nouvelles écritures
Accueil en résidence et soutiens : Résidence de création, la Vie brève – Le théâtre de l’Aquarium | Le Maillon, Théâtre de Strasbourg, scène européenne | Théâtre Océan Nord – Bruxelles
La compagnie est conventionnée par la région Grand-Est.

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