[VU] Soirée Coline au Zef (Marseille) : de l’exigence à l’excellence
Les danseureuses de COLINE, la formation du danseur interprète basée à Istres, ont fait la démonstration de leur savoir faire et savoir être au plateau au cours de leur soirée au Zef-scène nationale de Marseille. En réunissant trois écritures chorégraphiques, Bernadette Tripier, directrice pédagogique et artistique de la formation, propose un programme tout en émotions où l’exigence fait place à l’excellence. Retour.
C’est un public conquis qui ovationne le talent des jeunes danseureuses interprètes de la formation Coline. Iels viennent de présenter les pièces Expansion du chorégraphe Bui Ngoc Quan, SubTones de Shlomi Tuizer et Inked d’Arno Schuitemaker. 3 écritures qui entrent en résonance, 3 écritures contemporaines qui dépeignent les émotions et sensibilités de notre monde.
Expansion de Bui Ngoc Quan
Une ombre, celle de Pina Bausch semble embrasser les interprètes de la pièce Expansion, créée par le chorégraphe Quan Bui Ngoc, passé par la formation Coline (1997-1998) puis collaborateur d’Alain Platel des feux Ballets C de la B.
En fond de scène, en son centre, un plateau et autour les personnage d’Expansion. La première image qui vient à l’esprit est celle d’un tableau de la renaissance de part les couleurs des costumes.
Sur la musique minimaliste de Bert et Stijn Cools, les danseureuses déploient l’histoire de communautés qui se rencontrent, se séparent et se courtisent. Le corps fait bloc, appelle à la tolérance, au lâcher-prise pour faire ensemble. Les portés et courses imaginés par Bui Ngoc Quan dessinent une mappemonde en mouvements constants. L’échange ici est vrai, réel, incarné avec justesse. Bien plus qu’une circulation d’êtres de continent en continent, c’est à une circulation d’une énergie folle à laquelle le public assiste, certainement due à la danse contact qui se développe tout le long de l’écriture chorégraphique.
Entre harmonies et frictions, les groupes parlent d’un commun, celui d’un monde, le leur. Ce monde est beau et humaniste.
SubTones de Schlomi Tuizer
Un groupe, celui des interprètes, fait face au public. Vêtus de noir, le regard bien ancré dans les yeux, ils et elles hypnotisent de par leur présence. La voix de Caroline Shaw retentit. Le titre « When I am Alone » est une invitation à un voyage instrospectif, celui d’une prise de conscience de nos forces intérieures.
La pièce se développe au grè des déplacements d’ensemble et des solos. Si le mouvement est lent, il s’en dégage une force souterraine, celle qui anime les corps contraints par les normes sociétales.
La danse libère alors les corps dans un tumulte, celui du fracas de l’esprit.
Pièce cérébrale, SubTones de Schlomi Tuizer est une plongée dans nos intérieurs faits de contradictions, d’envies, de réjouissances, d’empêchements et de tensions. Le chant de fin « And the Swallow » appelle au recueillement, à se reconnecter à soi, aux autres, à panser les maux sur lesquels l’humain se construit.
Tuizer livre ainsi une partition tout en finesse d’une grande précision qui met l’interprète en son centre, dont chacun prend la mesure. Une réussite.
Inked d’Arno Schuitemaker
C’est dans le silence et le noir que débute Inked du danseur et chorégraphe Arno Schuitemaker. Le chant de Cucina Povera accompagne l’apparition des corps dont les mouvements tout en rondeurs sont des balancements de douceur.
En deux groupes distincts, les interprètes brillent de leur présence. Le son d’Underworld, « Rez » , vient activer le mouvement, le rendre plus vif. Les deux groupes sont ainsi en mouvement et la communion se fait totalement avec le public. La pulsation du titre, les courbes, les sauts des danseureuses contaminent le public assis sur son siège qui aimerait bien participer à cet ensemble.
C’est dans une énergie mesurée que le groupe se déploie. Avec leurs déplacements millimétrés, les interprètes prennent possession de l’ensemble du plateau.
Kae Tempest calme le jeu et le mouvement avec son « People’s Faces » imparable. Le groupe se montre tel qu’il est : sans fard, bienveillant avec une invitation, celle de croire en eux.
La proposition Inked résonne ainsi, telle une communion de l’instant. Tout ce qui s’est passé durant ce laps de temps, entre eux et nous, chacun le garde pour soi et part avec une petite part d’eux.
Une phrase de Pina Bausch s’impose alors en fin de programme : « Dansez, dansez, sinon nous sommes perdus« . Les interprètes de Coline en ont donné toute la signification. Et si l’excellence a un visage, il est bien celui de ce groupe.
Laurent Bourbousson
Crédit photo : Mathieu Barret Pigache
La soirée Coline au ZEF a été vue le 27 novembre 2025. Consultez le calendrier de Coline ICI
Générique
Avec les danseuses et danseurs interprètes de la formation professionnelle Coline session 24-26 : Tiago Alves Da Cruz, Manon Baldini, Ève Brandenburger, Timothée Banchereau, Johanne Charpe, Maria-Raffaella De Franceschi, Marius Josserand-Gourlier, Marta Machado, Émilien Moutin, Clémentine Pérez, Romane Sagot, Carla Sousa, Axel Thelliez, Gwénaëlle Verdegem •
EXPANSION – Chorégraphie : Bui Ngoc Quan • Musique : Bo ad et Jaybeat de Bert et Stijn Cools (groupe Granvat), Consumed de Plastikman (Richie Hawtin), All in Circles de Shida Shahabi • Régie lumière : Yvan Guacoin • Avec les danseuses et danseurs interprètes de la formation professionnelle Coline session 24-26 et 2 danseuses de la Latvian Academy of Culture (Riga) la pièce sera dansée à 14. • Production de la création : Coline · Partenariat : Théâtres en Dracénie & Théâtre de Fos/Mer – Scènes et Cinés, scène conventionnée Art en territoire pour son accueil en résidence de finalisation.
INKED – Création d’Arno Schuitemaker pour Coline • Chorégraphie : Arno Schuitemaker • Assistante à la chorégraphie : Emilia Saavedra • Musique : Varjakuvatanssi – Cucina Povera, Rez – Underworld, People’s Faces – Kae Tempest • Régie lumière : Yvan Guacoin
SubTones – Création de Shlomi Tuizer pour Coline, en collaboration avec les danseur-euses interprètes de la formation Coline 24 – 26 • Musique : Stine Janvin, Caroline Shaw, Julia Wolf • Lumière : Annaëlle Marsile • Vidéo : Vincent Bosc • Production : Coline • Coproduction SCENE44. n + n Corsino • Avec le soutien de la Fondation CLÉO Thiberge Edrom sous l’égide de la Fondation de France