[VU] United Dances of America révèle l’énergie folle des danseur·euses du Ballet de l’Opéra d’Avignon

18 mai 2025 /// Les retours
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La tâche semblait rude à la lecture du programme, mais elle a été relevée avec talent. Les danseur·euses du Ballet de l’Opéra d’Avignon ont gagné en maturité, en professionnalisme et en présence. On ne peut que saluer la métamorphose qui se ressent aujourd’hui au sein de la maison.

3 chorégraphes américains ont été invités à transmettre leurs créations dont la thématique d’ensemble est la liberté, qu’elle soit celle d’être ou celle de créer. Nous pouvons imaginer le stress pour les danseur·euses lors de cette première, puisque les chorégraphes en question, Rena Butler, Mike Tyus & Luca Renzi ainsi que Stephen Shropshire étaient présents.

On relèvera ici l’ingéniosité de projeter en préambule de chaque pièce, une petite interview de chaque chorégraphe présentant son travail et la pièce en question, ainsi que le travail sur la lumière sur l’ensemble des pièces.

This, That and The Third de Rena Butler

Pour débuter ce programme, Rena Butler a recréé sa pièce de 2019, This, That and The Third. Ici, la chorégraphe afro-américaine montre toute la complexité pour l’être humain de se faire une place dans la société où il lui est demandé de se conformer aux normes dominantes alors que lui n’aspire qu’à l’authenticité et de retrouver sa liberté. Appelée le code-switching, cette pratique est d’une violence inouïe. Comment exister lorsque vous êtes afro-américain·e dans une Amérique, ou ailleurs tout simplement, tout en affirmant sa différence et d’être accepté·e en tant que tel·le ?

Les danseur·euses du Ballet se saisissent allègrement du propos et chacun déploie sa partition chorégraphique millimétrée. Les costumes de couleur blanche, uniformisant l’ensemble en début de pièce, sont abandonnés pour des costumes de couleurs rappelant celles du drapeau arc-en-ciel conçu pour le défilé de la Fierté de 1978 à San Francisco.

Musiques et textes se répondent au fil de la dramaturgie. Le rap de Chance The Rapper et les percussions de Justin Hurwitz viennent renforcer l’extrait du discours d’Abraham Lincoln « House Divided » dans lequel il souligne qu’une « maison divisée contre elle-même ne peut pas exister« . Le public est transporté en 16 juin 1858 lorsque Lincoln pose clairement la question de l’esclavage. Question toujours d’actualité, malheureusement.

Holy de Mike Tyus et Luca Renzi

Les chorégraphes Mike Tyus et Luca Renzi, partenaires à la scène comme à la ville, ont créé Holy en 2023. Aujourd’hui, ce précieux moment est transmis à Léo Khebizi et Ari Soto.

Le duo évolue sur le poème d’Allen Ginsberg « Footnote To Howl » extrait du recueil « Howl » dans lequel l’auteur célèbre ceux qui sont marginalisés en raison de leur orientation sexuelle, de leur origine ethnique, de leurs idées politiques jugées radicales, de leur statut d’artiste ou de musicien, ou encore de leur toxicomanie.

Cette pièce est d’une force métaphysique certaine. Les corps nus des deux danseurs s’effacent peu à peu. Ce sont des icônes communiant leur lien sacré. La présence du violoncelliste Andrea Rigano exécutant la Suite No. 1 de J.S.Bach renforce cette communion que danseurs et public vivent à l’unisson.

Leur interprétation est à saluer et Holy est un moment suspendu, presque irréel. Il nous interroge sur la force sacrée du lien qui nous unit toustes.

Mythology de Stephen Shropshire

Créée en 2014, Mythology interroge l’existence même de la danse à travers une succession de mouvements. La partition chorégraphique est un immense jeu de solo, duo, trio, quartet, quintet et d’ensemble dont se saisissent les 12 interprètes du Ballet de l’Opéra d’Avignon.

L’exécution de la participation est parfaite. Les mouvements sondent la présence des danseur·euses, les font être au plateau. Iels incarnent les tourments de la composition quasi-mathématique chorégraphique pour mieux s’en libérer et trouver ainsi leur propre liberté dans le mouvement.

Si abstrait que cela puisse paraître, la pièce Mythology touche au plus haut point. Le public est saisi par la beauté du geste soutenue par la lettre-poème de Sam Melville, prisonnier politique et leader de l’insurrection d’Attica, et la musique de Frederic Rzewski. Du grand art.

Avec ce programme, pensé et imaginé par Martin Harriague, les interprètes du Ballet de l’Opéra du Grand Avignon gagnent en excellence. Un programme à ne pas manquer durant le Festival de danse contemporaine Villeneuve en Danse (ici) ou à voir cet après-midi même.

United Dances of America a été vu le samedi 17 mai 2025 à l’Opéra du Grand Avignon. Séance ce dimanche 18 mai. Tous les renseignements ici.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : Cheryl Dann

Générique

Lumières KJ
Assistante Stephen Shropshire Aimée Lagrange
Création Costumes «This That & the Third» Adrienne Lipson
Création Costumes «Mythology» Natasja Lansen
Concept & montage vidéos interviews Martin Harriague
Captation vidéos interviews Sébastien Cotterot
Régie Ballet Michele Soro & Christian Rivero Ramirez
Réalisation costumes Opéra Grand Avignon


This, That and the Third
De Rena Butler
Pièce pour 6 interprètes
Daniele Badagliacca, Sylvain Bouvier, Eliza Colza, Léo Khebizi, Marion Moreul et Giorgia Talami
Musique Chance The Rapper, Justin Hurwitz

Holy
De Mike Tyus et Luca Renzi
Pièce pour 2 interprètes
Léo Khebizi et Ari Soto (17/05)
Daniele Badagliacca et Kiryl Matantsau (18/05)
Poème Allen Ginsberg
Musique Jean Sébastien Bach
Violoncelle Andrea Rigano

Mythology
De Stephen Shropshire
Pièce pour 12 danseurs
Daniele Badagliacca, Sylvain Bouvier, Lucie-Mei Chuzel, Aurélie Garros, Joffray Gonzalez, Léo Khebizi, Hanae Kunimoto, Tabatha Longdoz, Kyril Matantsau, Marion Moreul, Ari Soto et Giorgia Talami
Musique Frederic Rzewski

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