Clap de fin pour Charles Berling à Toulon
Pour son ultime saison à la direction de la scène nationale Châteauvallon-Liberté, Charles Berling opère un passage de relais sous le signe de la confiance et de la convivialité.
Ému mais facétieux, Charles Berling a évoqué sans nostalgie ni regrets quinze ans de l’histoire d’un théâtre en centre-ville pensé « comme une maison ouverte à tous, exigeante artistiquement » et de l’unique scène nationale française à deux têtes. Un trait d’union entre la mer et la montagne, Toulon et Châteauvallon, imaginé avec la complicité d’Hubert Falco et Frédéric Mitterrand, respectivement maire de Toulon et ministre de la Culture. Cette soirée du 15 juin fut pour Charles Berling l’occasion de révéler « ce dont [il] est le plus fier : avoir défendu la création dans une époque traversée par les crispations, les peurs et les contradictions ». Une « aventure collective » qui, à l’époque, fut parfois controversée, et dont les élus et les spectateurs ont, pour certains, oublié les soubresauts ! Mais le temps a fait son œuvre et la prochaine direction – son recrutement est en cours – aura la responsabilité d’en écrire une nouvelle page, tout aussi performante et prometteuse…

Des rendez-vous incontournables
Écritures contemporaines sous toutes ses formes, traditionnelles, inventives, originales, performatives, audacieuses… la dernière saison signée du comédien et metteur en scène est à l’image des précédentes : foisonnante ! On se plaira donc à retrouver les Thémas qui focalisent une diversité de propositions autour d’un thème majeur (Le Pouvoir ?, Les pieds dans le plat !, Ce qui bruit en nous) ; les créations des artistes installés en région (Emilie Lalande et sa Cie de danse (1)Promptu, la directrice du Théâtre national de Nice Muriel Mayette-Holtz habituée du Liberté, les chorégraphes Simonne Rizzo, Arthur Perole, Marina Gomes accueillie à l’occasion d’un Mardi Liberté, ou encore Christian Ubl en duo avec Gilles Clément ; la 3ème édition des Quartiers en liberté qui irriguent le territoire (après Sainte-Musse, La Beaucaire), la création en direction du jeune public et des familles ; et la biennale In&Out qui « célèbre la puissance politique des créations queer comme espaces de résistance, de joie, de désir et de réinvention collective ». Sans oublier l’accueil de la saison de l’Opéra de Toulon actuellement en travaux et les collaborations avec les acteurs culturels de la cité : le Fimé, le Conservatoire TPM, l’association Tandem, la Cie KKI et son festival Constellations qui lance les festivités durant les Journées du patrimoine…
Une saison de création

Notre sélection – forcément non exhaustive et volontairement subjective – retiendra particulièrement le projet fou de Léo Cohen-Paperman, Huit Rois, qui évoque les soubresauts de la politique à travers les figures de Jacques Chirac, François Mitterrand et Emmanuel Macron : satirique, humoristique et documentée, la série sera un incontournable de la saison ! Pour ceux qui n’auraient encore jamais vu les exploits du Groupe acrobatique de Tanger, le voici de retour dans une chorégraphie hip hop signée Raphaëlle Boitel. Danse encore avec le duo portugais Jonas & Lander qui revisite le fado originel avec virtuosité dans Bate fado et ose des duos sensuels et burlesques dans Coin Operated. Danse méditative avec Nocturne (Parade) de Phia Ménard dont l’univers singulier marque à tous les coups les esprits : ici un ballet de marionnettes entre ombre et lumière… En solo sur le plateau, la voix incomparable d’Anna Mouglalis sert admirablement le célèbre texte d’Ovidie La Chair est triste hélas, tandis que, comme autre forme de colère, Maëlle Poésy orchestre avec maestria onze femmes prises au piège de la rudesse du travail dans le huis clos haletant 7 minutes. Dans le champ sociétal toujours, conçue comme « une cérémonie politique, humaine et magistrale », la pièce d’Alexandra Cismondi justement baptisée Magistral-e-s, nous place au cœur de la machine judiciaire, lieu symbolique pour interroger les relations entre hommes et femmes, le patriarcat et la notion de consentement. Autre projet théâtral qui fait entendre la complexité humaine, A la renverse d’après le texte de la philosophe et psychanalyste Anne Dufourmantelle – aujourd’hui décédée -, mis en abime par Noémie Ksicova dans une scénographie inventive aux confins de l’œuvre vidéo de Bill Viola. Une expérience visuelle et intellectuelle qui aiguise notre curiosité. De même que le dernier opus de Macha Makeïeff, Zone d’attente, qui renoue avec la fantaisie et la comédie pour porter les comédiens au sommet de leur art, où la poésie flirte avec l’imaginaire et où le théâtre est ce qu’il devrait toujours être : « une boite magique ».
Marie Godfrin-Guidicelli
Crédits visuels : Charles berling ©Vincent Bérenger / Quartiers en liberté – Tawa en liberté ©Jamie Gray / La chair est triste hélas ©Christophe Raynaud de Lage
Toute la saison 2026/2027 de la scène nationale Châtauvallon-Liberté sur chauteavallon-liberte.fr