FDA et OFF20 annulés : Julien Gelas, codirecteur du Théâtre du Chêne Noir, répond à nos questions

17 avril 2020 /// Les interviews
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Suite à l’annulation du Festival d’Avignon et du Off20, direction le Théâtre du Chêne Noir. Julien Gelas, auteur, metteur en scène musicien et codirecteur du lieu, répond à nos questions.

Dans quel état d’esprit êtes-vous après l’annulation du festival d’Avignon ?
C’est d’abord une grande tristesse, pour moi et toutes les équipes du Théâtre du Chêne Noir. Le festival est le point d’orgue de notre saison, mais c’est surtout un moment de bonheur prolongé sur un mois, d’ouverture, de respiration, de partage unique en son genre entre les artistes et le public. Pour moi qui suis né à Avignon et qui, depuis ma naissance, n’aie jamais raté un festival, c’est un déchirement. Je regrette de devoir renoncer à tous ces magnifiques spectacles que nous avions préparé avec les équipes du théâtre, composés de grands noms et de grands talents du théâtre. Et bien sûr de devoir patienter pour présenter mes deux adaptations, Le Horla de Maupassant, et  Le Petit Chaperon Rouge. Mais le soulagement atténue tant bien que mal la tristesse de ces annulations. Je ne suis pas partisan des demies-mesures. La situation sanitaire et psychologique dans laquelle nous sommes impose une mise en suspens de nos activités.  Il était inconcevable d’imaginer un festival vide de son public, dominé par la peur et toutes les passions tristes.

Quel impact économique cela représente pour le Théâtre du Chêne noir ?
Pour nous qui sommes un des rares théâtres permanents de cette ville, et dont l’activité est incessante et riche durant l’année, le coup porté est rude. Le Théâtre du Chêne Noir a toujours fait le choix d’accorder autant d’importance à la saison d’hiver qu’à celle d’été, mais pour que cela soit possible, il est nécessaire de réussir notre festival. Les pertes économiques sont considérables, et remettent de facto en question la tenue de notre saison d’hiver au moins jusqu’au mois de décembre. Cela dit, nous ne jetons pas l’éponge, et nous battons pour trouver les leviers qui vont nous permettre d’ouvrir le théâtre en septembre et de présenter notre saison 2020/2021 comme nous l’avions préparée. Cela fait plus de huit mois que nous travaillons avec les équipes du théâtre sur plus de trente événements qui devaient avoir lieu de septembre à juin prochain. Pour le public et tous les artistes aujourd’hui dans la difficulté, nous ne voulons pas renoncer. 

Quelles sont vos attentes de la part des institutions ?
Le mot d’ordre qui prime partout et pour tous est : « solidarité ». C’est la seule façon pour que les théâtres et les entreprises ne ferment pas et que des millions de chômeurs ne viennent pas assombrir le tableau. Solidarité veut dire dialogue constant avec les institutions, et avec tous les acteurs culturels du métier. Nous espérons une aide des institutions qui puissent nous éviter le scénario évoqué plus haut, une fermeture du théâtre à l’automne. Nous tenons déjà à remercier le maire d’Avignon Cécile Helle qui a anticipé le versement de la subvention afin d’aider notre théâtre en mal de trésorerie. Les semaines à venir vont être décisives pour savoir comment nous allons pouvoir rebondir. Nous attendons des retours de la Région, de la Drac et un dialogue avec la ville d’Avignon. 

Avez-vous eu des retours des compagnies que vous alliez accueillir ? Est-ce que l’on pourrait imaginer que ces compagnies reviennent pour le festival 2021 ?
Nous sommes solidaires des artistes, et avons déjà proposé aux compagnies de revenir au festival 2021; pour autant nous avions déjà des engagements avec certains spectacles pour l’édition 2021. Nous ne pourrons pas réinviter tout le monde mais nous tâcherons de le faire le plus possible. Nous serons obligés de faire des choix. 

Aviez-vous un autre projet de création, en plus de la reprise d’Asia, mis en scène par Gérard Gelas ? 
Nous devions présenter au festival trois créations Théâtre du Chêne Noir, Asia de Mouloud Belaidi mise en scène par Gérard Gelas, Le Petit Chaperon Rouge que j’ai écrit et mis en scène et le Horla de Maupassant dont j’ai réalisé la mise en scène et l’adaptation. Nous avions prévu de répéter dès l’automne une nouvelle création Le Petit Chaperon Rouge: le retour du loup, une suite au premier volet qui a déjà joué devant plus de 10000 spectateurs en France et à l’étranger.  Quoiqu’il en soit nous trouverons les ressources pour maintenir la vitalité qui a construit et continue de construire le Théâtre du Chêne Noir. 

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Visuel : Julien Gelas ©DR

Le site le Théâtre du Chêne Noir.

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