[ITW] Alexis HK, en grande forme avec Bobo playground

23 septembre 2022 /// Les interviews
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Après Comme un ours, Alexis HK livre aujourd’hui Bobo playground, son nouvel album. Il sera en concert ce soir à La Rotonde à Châteaurenard. 

En guise d’introduction à cet interview, est-il vrai que le public doit votre nouvel album Bobo Playground grâce à l’achat d’un tapis ?
Oui. C’est la stricte vérité. Pour tout vous dire, nous avions besoin d’un paillasson à la maison et sur un site bobo, j’en ai commandé un avec des rayures façon Vasarely. J’ai envoyé la photo à ma compagne qui m’a immédiatement répondu : “Ah, c’est bien, c’est un beau tapis de bobo !”. Et comme nous aimons nous échanger des faux titres d’albums, je lui ai dit Bobo Playground, le titre de mon prochain album. Je trouve en plus que ça sonne bien, je l’ai donc gardé. Cela s’est vraiment passé comme ça. 

Rire de la bobo sphère avant tout

Pourriez-vous nous donner votre définition du bobo ? 
J’aime beaucoup le concept de bourgeois-bohème. C’est comme être progressiste-réactionnaire, ça n’a aucun sens au départ. Mais cela illustre bien le monde d’aujourd’hui, celui où on perd nos repères et où tout peut se mélanger et tout s’opposer. Bourgeois-bohème est un très bon exemple.

À l’écoute de l’album et des premiers titres sortis, ne serions-nous pas finalement tous des bobos en puissance ?
Je ne sais pas si nous le sommes tous… Je pense que quelqu’un qui grimperait l’échelle sociale en partant d’assez bas le deviendrait malgré lui. Le bobo mélange tous les avantages des deux côtés, le confort du bourgeois et la liberté du bohème. C’est le beurre et l’argent du beurre. rires. C’est un terme qui est plein d’auto-dérision car lorsque l’on dit je suis bobo, on se moque un peu de soi-même, ce qui est une marque de grande vertu à mon sens.

L’écriture et le plaisir des mots dans Bobo playground

Il faut une écoute aiguisée et attentive de vos titres pour en saisir les nuances. On reconnaît qu’à la première écoute du titre Bobo playground, nous avons été perplexes. Puis, nous y sommes revenus et c’est un titre parfait pour l’ouverture de l’album. Il donne le ton de ce qui nous attend. 
La première écoute à été déroutante pour beaucoup de personnes de mon entourage également. Il n’est pas accessible à la première écoute. Il y a beaucoup de mots, d’idées. Après, il y a un truc qui se passe.
Ce n’est pas une chanson racoleuse. Elle est faite de réflexions assez personnelles. Elle n’est pas forcément accessible tout de suite.

Tout au long de l’album, on retrouve le bon choix et la force des mots pour parler des maux de notre société avec un côté plus moqueur que d’habitude peut–être ? 
Un peu plus joueur, je dirais et un peu moins grave que pour l’album “Comme un ours” .  J’ai pris la fâcheuse tendance de fonctionner à l’humeur. Pour Bobo Playground, j’étais dans un état d’esprit plus lumineux et plus joueur que pour l’écriture du précédent. Les humbles troubadours se doivent d’être honnêtes et la première des qualités est d’être conforme à leurs humeurs. Ils ne peuvent pas faire semblant d’être heureux quand ils ne le sont pas ou de prendre des postures dramatiques quand au contraire tout va bien dans leur vie. J’ai pris un ton plus ludique et plus joueur pour être en accord avec mon cadre de vie. 

Dans votre album, vous interprétez la chanson éponyme du groupe Partenaire particulier. Pourquoi ce choix ? 
Tout d’abord, c’est une chanson que j’adore et que je trouve efficace. C’est un véritable hit ! Il y a quelque chose de touchant dans cette chanson d’auteur dont on n’écoute pas énormément les couplets d’ailleurs. 
La chanson nous interroge sur cet homme qui recherche une partenaire particulière. Mais il est motivé par quoi ? C’est quelqu’un qui veut sortir de ses carcans et de sa banalité. Il y a un propos dans cette chanson et je me suis dit que la reprendre avec ma nonchalance habituelle permettrait une écoute différente. Ce n’est pas une singerie ou une moquerie.

En ce qui concerne les reprises, j’en fais rarement mise à part pour Brassens, mais c’est un peu particulier. À mon sens, cela permet d’entendre les chansons autrement et de montrer la richesse d’une chanson. Cet aspect-là m’intéresse beaucoup. Je me rappelle d’une reprise de la chanson Ma gueule de Johnny Hallyday par Albin de la Simone. Il la reprend en douceur et ce titre prend une autre couleur. Cela ne veut pas dire qu’il y a une version mieux que l’autre mais il y a deux regards. Il y a de toute façon des milliers de façons d’interpréter une chanson.

Sur scène, être le plus sincère possible

On sent une sincérité lorsque l’on écoute les titres de votre nouvel album. Est-ce que le côté joueur se retrouvera sur scène ? Que réservez-vous à votre public ?
Pour être dans la continuité de l’album, je vais parler d’un concept très à la mode, celui du bien-être. Alors que nous sommes dans un monde en plein effondrement, parcellaire ou total on ne sait pas, on recherche, au milieu du chaos, le bien-être. C’est un paradoxe qui m’amuse et qui me fait un peu peur. 
Je vais donc m’efforcer de dispenser mes meilleurs conseils bien-être en tant qu’ancien déprimé qui a réussi à trouver de nouveau la lumière. Vous imaginez bien que ce sera sur un ton moqueur et en connivence avec le public. C’est l’axe du prochain concert.
C’est le pendant de la tournée de « Comme un ours », on sort de l’obscurité pour aller vers la lumière, on se sent bien, et c’est au moment où le monde va plus mal. C’est en décalage avec l’état du monde. Je vais essayer d’offrir au public un moment de réconfort et de détente.

J’imagine que vous êtes impatient de débuter la tournée. Vous êtes dans quel état d’esprit ? 
Ce que j’ai appris au fil des années est que lorsque l’on part en tournée, il faut que le public soit satisfait. C’est un impératif. Ma vraie pression est là. Je souhaite que le public qui s’est déplacé pour venir voir le concert, en ressorte en se disant qu’il est content d’être venu. C’est la seule pression véritable que je me colle. 
Au-delà de cela, ce n’est que du bonheur. C’est la première chose que l’on vous demande avant de monter sur scène, c’est d’être enthousiaste et de prendre du plaisir. Si on voit que vous êtes là pour cachetonner, ça risque de mal se passer. 
Il faut que les chanteurs comprennent que quelqu’un qui vient et qui paie sa place 20, 30, 40, 50 euros, ou plus, ne mérite pas de repartir déçu. Et cela est très important. J’ai une conscience aiguë de cela. Le public est présent au concert pour voir ce que l’artiste a à partager. C’est quelque chose qu’il convient de rappeler.

Wedisc, un espace de partage privilégié

La transition est toute trouvée pour parler de wedisc. 
C’est une chose très importante que La Familia, mon label, et moi-même souhaitons développer. Cela fait plusieurs années que l’on cherche comment rapprocher les artistes de leur public. Nous avons constaté que le public aimait bien le support physique et qu’ils en avaient marre de souscrire des abonnements un peu partout. On s’est dit que l’on allait créer une plateforme un peu privilégiée pour une personne qui allait acheter un album de son artiste préféré. Il allait avoir accès à des contenus que lui réserve son artiste. C’est une façon de prolonger une rencontre faite à partir d’un album. C’est l’artiste qui fixe des petits rendez-vous.
J’ai envie d’ouvrir une cellule de recherches de développement sur tous les contenus artistiques que l’on pourrait mettre. Wedisc est un endroit calme et d’apaisement loin des haters des réseaux sociaux habituels. 

On retrouve sur Youtube l’épisode 1 des coulisses de l’album. J’avoue avoir beaucoup ri à son visionnage. C’est criant de vérité. On se demande à la fin si tout cela n’est pas vrai, finalement…
Je vous rassure, tout est joué. Vous imaginez bien que je n’aurais pas enregistré l’album dans cet environnement. J’avais envie de m’amuser en fait. La consigne était que mon équipe fasse la gueule dès qu’une caméra était allumée. Cela les a énormément amusés. En plus, ils jouent extrêmement bien. C’était plus marrant que de faire un simple making off. Je suis ravi qu’il y ait une ambiguïté et ça me fait rire parce que je suis assez joueur ! 

Une chose est sûre est que cet album fait du bien. On se promène de chanson en chanson et vous permettez à l’auditeur de garder le contact avec la réalité.
Si Bobo Playground à ce genre de vertu, ça me ravit beaucoup. Vous savez, lorsque l’on sort un album, nous sommes dans notre petit monde et on ne sait pas comment il va être reçu. On va le lâcher dans le « grand monde » et quand on a ce genre de retour, on se sent compris et entendu. 

Regard sur Bobo Playground

Alexis HK sort le grand jeu avec ce nouvel opus. Il balade ses auditeurs de style en style musical avec une verve précise qui fait mouche. Entre ragga dub, rap et musique, tout concourt dans cet album léger à raconter la dichotomie dans laquelle nous nous trouvons. 

De Bobo playground à Ville lumière, c’est une plongée au cœur de nos ambivalences contemporaines que nous propose le chanteur, auteur et troubadour.

Avec des titres tels que Elle te kiffe, Carima, Fille de l’air ou encore Ville lumière, Alexis HK raconte les fragilités de notre société. Il devient plus joueur avec Bobo playground, Comme un rappeur et 18 ans

Cet album est une véritable réussite. Et si l’on se devait de prodiguer un conseil, ce serait le suivant : surtout ne changez rien, M. HK. Vous entendre nous permet de garder les pieds sur terre ! 

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Visuel : ©Souffle

Générique

En concert, ce soir, vendredi 23 septembre, à La Rotonde à Châteaurenard. Accédez à tous les renseignements.

Toutes les dates de la tournée sur le site d’Alexis HK et sur le site La Familia

Ici, vous trouverez le Wedisc Alexis HK

L’album est en écoute sur toutes les plateformes habituelles !

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