[ITW] Anna Massoni : Avec Notte, j’ai osé être à l’endroit de l’intime

12 février 2020 /// Les interviews

Anna Massoni, que l’on a pu voir chez Yuval Pick, Noé Soulier, ou encore avec Vania Vanaud, présente sa première création, Notte, durant le festival Les Hivernales. Interview.

La création chez Anna Massoni

Vous êtes ou avez été interprète pour Yuval Pick, Noé Soulier, vous avez développé des projets en collaboration avec Vania Vanaud, Vincent Weber. Cette traversée chez des chorégraphes différents a-t-elle nourrie cette envie de créer et de porter seule Notte, votre premier projet ?
Il est vrai que j’ai toujours créé des choses. J’avais mis mon travail d’auteur de côté lorsque j’ai été prise par l’engagement que mon parcours d’interprète me demandait. Cependant, j’ai cosigné des pièces avec Vania Vanaud, créé une pièce en commun avec 4 autres femmes à l’initiative d’un chorégraphe basée en Allemagne, Simone Truong. Dernièrement, j’ai traversé l’acte de création de manière collective et en collaboration. C’est le bon moment de créer une pièce seule, un solo que j’interprète.

Quand vous parlez de bon moment, que faut-il entendre par ceci ?
C’était une nécessité. J’ai décidé et en même temps, non. J’avais le sentiment d’avoir le besoin de me confronter à ce que serait ma propre écriture, prendre le temps de chercher, de creuser pour dérouler un propos, mon langage propre, si tant que l’on puisse avoir un langage à soi. Pour ce solo, j’ai articulé quelque chose qui relève de l’intimité, de la solitude aussi. Il y a quelque chose de très brut, et c’est assez radical dans ce sens-là. Je n’ai utilisé que ce que j’avais avec moi : mon corps et ma voix non amplifiée.

Notte ou rendre tangible la présence à soi

Y-a-t-il une volonté de vous éloigner de votre parcours d’interprète et de montrer, avec Notte, la chorégraphe que vous êtes ?
Je ne sais si c’est réellement l’affirmation de moi-même. J’ai toujours vécu l’espace de l’interprétation comme un espace créatif, qui m’a beaucoup nourri. Avec Notte, je me suis concentré sur un espace que j’ai nommé intérieur, en questionnant ce que je ressentais lorsque je dansais. Qu’est-ce qui est en jeu ? , qu’est-ce qui est à l’oeuvre ? Je me suis appliquée à créer à partir de cette expérience.

Lorsque l’on lit la présentation de la pièce, le mot qui vient à l’esprit est recueillement. Le sensible semble également avoir sa place ?
Avec Notte, j’ai osé être à l’endroit de l’intime. Vous parlez de recueillement, c’est vrai qu’il y a quelque chose de cet ordre-là. C’est une pièce qui tient sur un fil, il n’y a pas d’effet. J’ai beaucoup travaillé sur des détails, des petites choses qui font événement au moment où elles arrivent.

Est-ce une invitation à reprendre conscience de nos mouvements et peut-être de nos sensations premières ?
Vous parliez de sensible tout à l’heure, c’est la chose centrale lorsque l’on va voir un spectacle : se donner le temps pour percevoir activement et consciemment. L’idée est de proposer une fenêtre pour entrer dans une qualité de perception et de présence à soi.

La lumière, l’autre présence

Angela Massoni, votre sœur, a créé la lumière sur ce spectacle.
Oui, je travaille avec elle. Nous avons réfléchi ensemble et elle a fait une proposition qui est également assez brute, celle de penser la lumière pour qu’elle soit, elle aussi, un langage en soi, qu’elle ait une vie propre, et qu’elle ne soit pas présente uniquement pour souligner ou intensifier le plateau. C’est un dispositif assez simple qui est convoqué. Je souhaitais que tout l’ensemble de la pièce soit très léger et très pauvre, dans le sens de peu. La lumière est très présente plastiquement, elle ouvre l’espace quand je propose au regard du spectateur de se focaliser sur quelque chose de très petit, de très détaillé. Elle vient contraster ce qui est proposé dans le mouvement. Elle rend présent l’espace dans lequel on se trouve, au moment où la pièce a lieu.

Vous allez présenter votre pièce au CDCN Les Hivernales. Le public sera en frontal. La façon dont vous parlez de Notte résonne comme une invitation d’être au plus près de vous, sur le plateau. Avez-vous pensé à cela ?
C’est une question que l’on m’a énormément posée. Quand je parle de détails dans les mouvements, il y a forcément cette envie d’être proche. La porte n’est pas totalement fermée et la légèreté de la pièce permet cela, de la présenter de différentes manières, mais j’ai voulu quand même insister sur la forme théâtrale et frontale par choix. Je voulais maintenir une distance classique avec le spectateur afin d’alimenter le désir d’être proche et animer le mouvement de son œil, celui du rapprochement parce que l’écriture propose cela, ou à l’inverse de s’éloigner et retrouver l’espace du théâtre pour être dans un espace fictif, imaginaire ou plus personnel. Ça m’intéressait de proposer un espace plus resserré, mais je tiens à cette forme frontale.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Visuel : Anna Massoni dans Notte©Angela Massoni

Dates et générique

Notte à voir le samedi 15 février 2020 à 16h au CDCN Les Hivernales. Renseignements hivernales-avignon.com
À retrouver au Dancing CDCN Dijon Bourgogne-Franche-Comté, le 3 avril 2020.

Conception, chorégraphie et interprétation Anna Massoni|Assistant chorégraphique Vincent Weber|Regard extérieur Simone Truong|Lumière et scénographie Angela Massoni|Assistant chant Jean-Baptiste Veyret-Logerias|Partenaire de recherche Cynthia Lefebvre

Production  Association 33ème parallèle|Coproduction  La Manufacture- CDCN Nouvelle Aquitaine Bordeaux La Rochelle – CDCN Les Hivernales Avignon – Le Dancing CDCN Dijon Bourgogne-Franche-Comté
Aides à la résidence  CND Centre National de la Danse – PACT Zollverein – la Ménagerie de Verre

Retrouvez l’interview d’Isabelle Martin-Bridot au sujet de la 42e édition du Festival Les Hivernales ici.