[ITW] Cap sur Parallèle, le Festival international des pratiques émergentes

21 janvier 2020 /// Les interviews
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Lou Colombani, directrice de Parallèle, nous présente cette dixième édition du Festival. Un festival à vivre du 24 janvier au 1er février, à Marseille.

À la veille de l’ouverture de la 10ème édition du festival Parallèle, on parle fusion, émergence, nouvelles pratiques artistiques, accompagnement et production avec Lou Colombani, directrice du festival.

Parallèle et L’Officina, l’histoire d’une fusion

Lorsqu’on lit dans les éditos du programme que Parallèle et L’Officina ne font plus qu’un cela paraît être une évidence. Pouvez-vous nous parler de cette fusion ?
Cela fait déjà quelques années que nous travaillons ensemble. À l’occasion de MP18, nous avions co-écrit et porté en semble un festival éphémère dans l’espace public. Avec L’Officina, nous étions impliqués dans des projets de coopération internationale dont More than this. Nous savions donc qu’en termes de valeurs, d’éthique, de travail, de projets et de désir d’une certaine dynamique dans ce territoire, nous étions des alliés, des complices.
Cette discussion autour de la fusion a débuté avec l’ancien directeur de L’Officina, Cristiano Carpanini, qui s’est retiré du projet pour des raisons très personnelles. Avec Francesca Corona, nous nous sommes dits qu’au lieu de nous épuiser chacune de notre côté avec des projets de taille moyenne, au moment de nos histoires respectives, que si on fusionnait, cela nous donnerait beaucoup plus d’énergie. Il y a avait déjà une base solide entre notre travail respectif et la curiosité artistique.
Ensuite, et ce n’est un secret pour personne, il y a également le contexte économique. L’étau se resserre autour des petits projets indépendants. Nous sommes plutôt à une époque de fusions des gros outils qui absorbent des plus petits. Plusieurs festivals ont été par les tutelles pour nous dire qu’il y avait  trop de petites initiatives et qu’il fallait repenser cela. Donc, nous avons pensé à cette configuration pour maintenir ce maillon de la chaîne de l’écosystème culturel, car à force que de grosses entités absorbent les plus petites, cela devient un risque pour les artistes qui se retrouvent projeter dans des gros festivals.
Avec ce nouveau départ, Parallèle devient Pôle de production international pour les pratiques émergentes. Avec Francesca, cela nous semble être un projet politique que de maintenir ce maillon pour les artistes et la création. Cette démarche est très enrichissante. Nous étoffons notre travail. On ne réalise plus qu’un festival, qui est la somme de Dansem et du notre, nous accompagnons les artistes ensemble et surtout, nous maintenons une équipe à l’année avec laquelle nous développons l’accompagnement des artistes car nous sommes convaincues que c’est ce dont le paysage artistique a besoin.

La 10ème édition du festival Parallèle

La 10ème édition de Parallèle va débuter le 24 février. Pouvez-vous nous donner soit une couleur de l’ensemble de la programmation ?
Avec Francesca, nous avons souhaité sceller notre union avec un préambule à cette édition, qui a eu lieu en fin d’année dernière. Nous interrogeons si l’on peut complexifier la vision que l’on a de l’autre, si l’on peut sortir de l’assignation identitaire, voire nationale. Cela se retrouve dans le programme même puisque nous n’inscrivons pas les pays d’où nous viennent les artistes. On souhaite réellement ramener de la fluidité et de a complexité dans les perceptions du monde, donc culturelles.
Un festival international est l’occasion d’élargir le prisme sur la relation que chacun a au monde, à notre environnement direct. Ce qui est très présent dans cette programmation est de savoir comment on re-complexifie les regards et les approches. Si la parole est un outil merveilleux et un puissant moyen d’expression, le corps se fait caisse de résonance et illustre le rapport sensible au monde de toutes ces questions.

Vous proposez dans cette programmation deux temps forts, les week-ends d’ouverture et de clôture. Comment construisez-vous ces traversées à laquelle vous conviez le public ?
Cela fait quelques années que le festival Parallèle propose cela et je prends plaisir à penser des cheminements.  Ce qui est intéressant, et avec Francesca nous en sommes convaincues, c’est de penser en terme de résonance. Le festival est une immersion, une traversée. Si une programmation est un catalogue des plus gros succès, c’est peut-être intéressant, mais il faut aller plus loin dans la réflexion. C’est vrai que les artistes que l’on programme sont peu connus du grand public. Cela nous met dans une relation de confiance entre eux et l’équipe du festival. Le public va tenter quelque chose, une aventure. Le festival étant dense et court, il prend le risque des propositions qui vont surprendre. Par exemple, sur le week-end d’ouverture (le  25 janvier ndlr), on aime bien imaginer le parcours que fera le spectateur en commençant avec Adina Secretan, puis passant par Ana Pi (vidéo ci-dessus), Sara Sadik, pour finir avec Nina Santes, avant de rejoindre Les grandes Tables de la Friche Belle de Mai pour un Set de dj. Ce qui est sûr est qu’il y a une cohérence dans tous ces projets en présence sur une journée. On veille à ce que le spectateur explore peut-être une question via des prismes différents. Sur toute la programmation, on déroule un fil rouge sans que le public s’en aperçoive.

Des artistes internationaux aux côtés des artistes accompagnés

Ductus Midi d’Anne Lise Le Gac ©Anne Lise le Gac

Votre pôle de production permet de découvrir, le temps du festival, les compagnies que vous accompagnées. Cette année, nous retrouverons Anne Lise Le Gac, Maud Blandel, Sandra Iché et Deflorian/Tagliarini. Cela devient-il, avec cette fusion, votre mission première : celle de l’accompagnement d’artistes ?
Effectivement, nous nous sommes données la mission d’accompagner les artistes à développer leur projet. Ceci a été acté par les institutions. C’est une continuité logique à celle de l’histoire de Parallèle. J’avais très envie de sortir d’une relation purement événementielle avec les artistes pour construire une relation pérenne. C’est pour ceci que nous avions déjà développé la production au sein du festival. Les choses se sont inversées au fil du temps, le festival devient un outil global, qui est d’accompagner les artistes dans le développement de leur projet artistique et professionnel.
Si le festival est effectivement une fenêtre de visibilité pour les artistes que l’on accompagne à l’année, cela n’est pas le but et c’est une volonté que de programmer d’autres artistes à leurs côtés.
Nous accompagnons des artistes que l’on rencontre, que l’on invite pour une première programmation, dont la démarche artistique nous pousse à les accompagner et lorsque nous sentons qu’il y a un réel potentiel au développement. C’est une relation humaine et au projet artistique qui est au centre de cet accompagnement.
Si je prends l’exemple d’Anne Lise Le Gac, nous l’avions accueillie à 3 ou 4 reprises et nous avons décidé de l’accompagner en termes de structuration et on voit très bien comment les choses ont évolués. Sa vraie première production, Ductus Midi, a été créée au Kunstenfestivaldesarts à Bruxelles, elle tourne dans toute l’Europe et prochainement, elle participera dans des festivals prestigieux à Paris. L’accompagnement de Parallèle est un gros effet levier. Nous sommes très sollicitées, mais il faut que l’on s’assure de pouvoir honorer tous nos engagements, ce qui fait que l’on ne peut démultiplier nos accompagnements.

Pour cette 10ème édition, vous avez fait l’invitation au Ramallah Festival. Cette invitation vient d’où ?
C’est invitation est liée à More than this. Dans ce cadre de projet européen, il y a différents festivals qui, tour à tour, invitent ou sont invités par d’autres. Nous avons constitué des binômes. Parallèles a été invité, fin août, pour une programmation à l’intérieur de la Saal Biannaal de Tallinn en Estonie. Le Sareyyet Ramallah Dance Festival est historiquement lié à L’Officina. C’était une évidence que de l’accueillir cette année, année de fusion. C’est une dynamique de partenaires.

Une place pour les arts visuels et plastiques

©Yue Yuan

Parallèle est également un festival pour découvrir le programme La Relève constitué de jeunes créateurs en arts plastiques et arts visuels, dans trois lieux d’exposition.
Il faut replacer tout dans son contexte. Initialement, Parallèle avait pour sous-titre jeune création internationale. Aujourd’hui, c’est devenu le Festival des pratiques émergentes. Plus que de parler de jeunesse, on souhaite faire la démonstration de comment les pratiques se renouvellent et se réinventent. Ce n’est pas forcément une unique question générationnelle. On observe, au niveau des pratiques émergentes, que les artistes empruntent dans différentes disciplines afin de constituer leur propre langage. Ensuite, il est vrai qu’en tant que Festival sur les pratiques émergentes, on ne pouvait pas faire l’impasse d’aller voir ce qui se passe dans le champ des arts visuels, vidéos, plastiques, photographiques…. Au sein des expositions, on retrouve des artistes aux pratiques plutôt performatives, à l’image d’un Julien Carpentier qui fait des performances en galerie.

Il y a une artiste que l’on retrouvera en ouverture et en clôture du Festival. Il s’agit de Sara Sadik. Pouvez-vous nous la présenter ?
C’est une artiste qui vient de l’Ecole des Beaux-Arts de Bordeaux, qui s’est projetée comme artiste tardivement. De ses origines algérienne et marocaine, elle développe une esthétique qu’elle appelle beurcore. Elle a un langage hyper singulier : elle manie la vidéo, les arts plastiques. Elle est très suivie par Le Triangle France (Marseille) et beaucoup de personnes s’intéressent à son travail. On la retrouvera avec le projet Tu deuh la miss, le 25 janvier et le 1er février. Le 25 février montrera la première étape autour d’Hllel Academy, son travail en plusieurs volets autour des interactions et des notons d’affect chez les adolescents. La seconde date sera le résultat de son travail sur la semaine. Le Collectif La Horde (nouvelle direction du BNM ndlr), qui s’intéresse beaucoup à son travail, l’accueillera en clôture de festival, le 1er mars.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson

Dates

Parallèle – Festival international des pratiques émergentes 10, du 24 janvier au 1er février 2020 à Marseille, dans différents lieux.
Toutes les informations sont à retrouver ici.

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