[ITW] Jodyline Gallavardin, une pianiste affranchie
De Qobuz, à Choc de Classica en passant par Diapason et bien d’autres revues, tous s’accordent pour voir en elle “la nouvelle étoile du piano” et la “virtuosité dans son jeu”. Elle sera sur la scène de La Scala Provence ce jeudi. Elle se prénomme Jodyline Gallavardin. Et nous avons échangé avec elle.
Après Lost Paradises, son premier album paru en 2022 et salué par la critique, on imagine assez facilement qu’une forme de pression aurait pu contraindre la pianiste à réitérer la recette magique du succès. Mais avec Nuit Blanche, il en est tout autre. Jodyline Gallavardin à cette liberté d’emprunter les chemins qu’elle désire. Son label, Scala Music, ne la contraint en aucune façon lorsqu’elle propose ce nouvel opus. Elle est d’ailleurs comme cela, Jodyline, une pianiste affranchie et libre.
Du CNSMD de Lyon à la Norvège

Lorsque l’on lit sa biographie, on ne peut qu’être subjugué par son parcours et ses nombreuses distinctions reçues. Au fil de notre conversation, la pianiste reconnaît que ce qui l’a beaucoup aidé a été “de quitter le CNSM de Lyon et la France pour suivre un chemin un peu différent. En général, les personnes qui font le CNSM de Lyon sont plus orientées vers de la musique d’orchestre, de la musique de chambre et cela en fait des musiciens merveilleux. Je ne savais pas vraiment si je m’orienterais vers cela ou une carrière solo au début de mes études. Mais je pense que j’ai construit mon profil de musicienne de façon différente. Partir en Suède, au Ingesund Piano Center, a fait que je me suis confrontée à des pianistes extraordinaires de plein de pays différents. J’ai des souvenirs de cours de groupe où j’ai entendu des morceaux qui m’ont marqué pour la vie, je pense. Et puis, c’était un truc un peu particulier. Nous étions entre pianistes avec beaucoup de cours. C’était un peu une vie en autarcie et j’ai beaucoup appris de cet enseignement”. C’est donc en Suède qu’elle travaille à son premier opus, Lost Paradises, accompagnée de la pianiste Julia Mustonen-Dahlkvist.
L’enregistrement de Nuit Blanche
À l’écoute de son dernier album, nous sommes frappés par l’interprétation des pièces choisies. Si l’ensemble constitue un véritable voyage du coucher du soleil à son lever, c’est de façon incarnée que toutes les œuvres retenues sont interprétées. Pour la composition de son album, Jodyline avoue s’être laissé guider par son instinct. “Pour Nuit Blanche, j‘avais confiance dans le fait de suivre mon instinct et faire quelque chose qui me parle et dont je suis convaincue. Ce que j’avais déjà, entre guillemets, fait pour mon premier album. Ça m’a encouragé à être fidèle à ce que je suis et à ce que j’avais envie de faire.” Jusqu’à bousculer l’ordre établi des choses lorsque l’on enregistre un album. “Je ne me suis jamais reconnue dans des programmes très traditionnels. Je suis passée par là, évidemment, avec les conservatoires, les concours, etc… mais quand j’ai pu m’en affranchir ou en tout cas lorsque j’ai osé m’en affranchir, ça m’a énormément libérée et je me suis sentie beaucoup plus alignée avec ce que je souhaitais jouer. Avec Nuit Blanche, je suis convaincue de toutes les pièces que j’interprète, tant par leur qualité que par leur intérêt.”
Une totale liberté assumée
Si elle en est là aujourd’hui, jouer ce dont elle a envie, le parcours qu’elle s’est construit n’a pas été non plus d’une grande tranquillité. “Je me suis tellement trompée sur moi-même, sur ce que j’avais envie d’être que j’ai longtemps imaginé ma carrière de pianiste comme mes pairs. Et en fait, je pense que j’étais en contradiction avec ce qui me rend heureuse au quotidien, c’est-à-dire jouer les répertoires que j’enregistre aujourd’hui. Ma carrière est un choix voulu. Je ne me verrais pas remplir des salles immenses car j’aime les choses plus simples, j’aime pouvoir discuter avec les gens à la fin du concert. Et j’ai accepté ça. Et ce n’est pas du tout que j’ai revu à la baisse mon ambition. Au contraire, je me suis autorisée, comme vous dites, à m’affranchir, de mieux me connaître et savoir ce dont j’avais envie et comment j’avais envie de vivre ma vie de pianiste, parce qu’en fait, il y a énormément de façons de le faire.”
Une carrière construite entre grand répertoire et œuvres plus rares
Jodyline aime autant croiser le grand répertoire avec des œuvres plus rares et des compositeurs ou compositrices moins connu·e·s de tous.
Lorsque nous la questionnons sur la possibilité d’enregistrer un album dédié entièrement à un des compositeurs qu’elle aime énormément, la réponse arrive à toute vites : “Sans hésitation, ce serait les Douze Études d’exécution transcendante pour le piano, op. 11 de Sergueï Liapounov. Ses Études ont été enregistrées par un pianiste belge qui s’appelle Florian Noack, qui a fait une très belle version. D’autres versions très jolies existent. Il y a énormément de pièces de Liapounov qui me plaisent beaucoup. Les œuvres des Lourié gagnent à être connues également. Si je cherche du côté du registre dans grands tubes, on va dire, Rachmaninov reste un compositeur que je joue peux et ce serait peut-être l’occasion car à chaque fois que je déchiffre ses partitions, que je joue et j’écoute, j’adore vraiment.”
Et à la question fatidique de savoir qu’elle est le compositeur qu’elle aime plus que tout, la réponse fuse également “Daniil Trifonov, s’il fallait n’en citer qu’un. Je trouve que c’est un pianiste d’un niveau stratosphérique. Je me souviendrai toujours de quand il avait joué l’intégrale des Études d’exécution transcendante de Liszt à l’auditorium de Lyon. J’ai trouvé cela magnifique. C’était habité, chaque note était complètement habitée. Il n’y a rien de robotique chez lui. Si dans certains de ses enregistrements, il y a des choses plus aléatoires, techniquement, ça reste d’un niveau incroyable et musicalement, c’est toujours très bien pensé, très bien construit. J’adore vraiment, mais il y en a plein.”
Nous pourrions poursuivre cette discussion durant de nombreuses heures tellement Jodyline Gallavardin a la passion du piano communicative. On évoque alors la possibilité d’enregistrer des podcasts dédiés à des compositeurs. Peut-être un nouveau projet à mettre en ordre de marche, qui sait ?
Mais avant de raccrocher, vient la question qui aurait pu être posée en premier, comment est-elle arrivée au piano ? « De façon assez banale, je dirais. Il y a la chance d’avoir un piano à la maison et de lorgner sur ma sœur qui en jouait. Puis, l’intelligence de mes parents de m’inscrire à l’école de musique du petit village de campagne où l’on habitait, et le côté magique de faire de la musique lorsque l’on est enfant. J’ai tout de suite aimé le contact physique avec le piano, être assise sur le tabouret, poser mes mains sur le clavier. Enfin, j’ai des souvenirs comme ça. Et après, l’investissement personnel a fait le reste. »
Jodyline Gallavardin se produira sur la scène de La Scala Provence, ce jeudi 8 janvier, à 19h. Tous les renseignements ICI.
Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Crédits photos : ©David Miron et ©Marc de Pierrefeu