Le sacre de Radouan Mriziga
Accueilli pour la troisième fois au Festival de Marseille, l’artiste bruxellois originaire de Marrakech Radouan Mriziga a offert un diptyque chorégraphique à l’intensité sans pareil.
Libres et indépendantes, les deux créations de Radouan Mriziga forment néanmoins un « tout » dans sa trilogie consacrée au paysage – la montagne, le désert et prochainement la mer – et à notre relation à l’environnement. Mieux vaut d’ailleurs s’immiscer dans son solo chamanique Atlas / The Mountain pour, dans un deuxième temps, pouvoir mesurer l’ampleur du chemin à parcourir aux côtés des interprètes virevoltants de Magec / The Desert. Un ballet choral martelé sur les compostions live de la DJ et productrice tunisienne Deena Abdelwahed, majestueuse en femme orchestre d’une distribution exclusivement masculine.
En contrepoint au solo performatif de l’artiste qui distille des éléments sonores, visuels et gestuels empreints de la musicalité des paysages arides, Magec / The Desert impose en introduction un long silence et une pénombre quasi absolus : le temps nécessaire pour se glisser entre les lignes – diagonales de préférence – des danseurs scandant leurs pas à l’unisson, se perdre dans les volutes des trios embrassant l’espace du plateau sur des pulsations électro habilement mixées avec des mélodies nées dans les dunes du Sahara ou de l’Inde. Le voyage est total, mystique, incantatoire qui foule le sol et s’élève sous la voute céleste par une danse aux origines multiples : traditionnelle, contemporaine, urbaine. Toujours nerveuse et déliée, portée par d’admirables danseurs dont l’énergie ne faiblit jamais. Seul petit bémol, ose-t-on regretter, la parenthèse exclusivement hip hop, trop appuyée, en rupture avec l’harmonie de l’ensemble.

Une fraternité sans égale se déploie généreusement dans cette pièce qui fait écho, ou prolonge, le sentiment d’intériorité ressenti face à Radouan Mriziga dans Atlas / The Mountain (ci-dessus). Une intériorité qui ne nous exclut jamais ni ne nous laisse à la marge, mais qui nous donne envie d’être à son écoute. En symbiose avec ses gestes lents et abstraits, sa marche, comme hypnotisés. Mi-humain mi-animal, cornes sur la tête et clochettes aux poignets et aux chevilles, il arpente une montagne invisible et nous tend la main. A nous de de nous laisser cueillir par son invitation à la méditation et à la sérénité… avant d’être emportés par le flux de vie et de voix venu du désert.
Marie Godfrin-Guidicelli
Crédit visuels : ©Pierre Gondard
Radouan Mriziga : en 2022, il présente le solo Akal interprété par Dorothée Munyaneza ; en 2024, il co-signe Il Cimento dell’Armonia e dell’Inventione avec Anne Teresa De Keersmaker dont il suivit la formation P.A.R.T.S. à Bruxelles.
Magec / The Desert et Atlas / The Mountain de Radouan Mriziga au Festival de Marseille, les 19/20 juin et 20/21 juin respectivement.