Luis de la Carrasca livre, avec Gharnata, un album intime

3 octobre 2019 /// Les interviews

Après son succès au Festival Off d’Avignon en juillet dernier avec Carmen, Luis de la Carrasca présentera le samedi 5 octobre, au Théâtre des Gémeaux (Avignon), et le 9 octobre, au Studio de l’Ermitage (Paris), en avant-première, son album Gharnata, une plongée dans son Grenade intime. Interview.

Luis de la Carrasca, le grenadin

Le 11 octobre prochain, sortira votre 4ème album intitulé Gharnata, Grenade en arabe. Cet album est-il un hommage à cette ville qui vous a vu naître ? 
De l’Andalousie, j’ai reçu en héritage la musique avec son côté arabisant et les différentes cultures. Cet héritage, je le ressens dans mon état d’esprit. Gharnata raconte mon parcours, ses paysages et l’amour pour cette terre qui m’a construit. 

Le public va toucher à l’intime, un petit peu plus que lors de vos spectacles, même si l’on ressent toutes vos émotions lors de vos chants. Est-ce que vous voulez faire ressentir l’esprit del duende ?
C’est orienté dans cette direction. J’ai mis dans la chanson Las Cosas de mi Graná, qui ouvre l’album et qui est pour moi importante, tout mon ressenti et le caractère de ce pays. Avec Mis Raíces, c’est ma mémoire qui parle. Il était important pour moi de partager de cet univers.  Il y a beaucoup d’émotions dans ce moment musical.

Le Flamenco est une culture qui se retrouve dans toute l’Andalousie.

Des poèmes et chants traditionnels

Parmi les 11 titres qui composent l’album, vous avez écrit 6 chansons. Vous avez fait, également, des adaptations de textes, et notamment du poème El Crimen d’Antonio Machado. 
C’est un poème écrit à la mort de Frederico Garcia Lorca, et il n’a pas été assez mis en lumière, à mon avis. Je l’ai lu en 2016 lors du spectacle Flamenco por un poeta, un hommage à Antonio Machado. La musique est une création et elle est nourrie des différentes influences que connaît le Flamenco. Le Flamenco est une culture qui se retrouve dans toute l’Andalousie. Chaque ville, chaque village a sa propre spécialité, ce qui explique tous les styles différents qui existent.

Vous adaptez le poème La leyenda del Tiempo de Frederico Garcia Lorca.
C’est une poésie merveilleuse dans laquelle se déploie tout l’univers de Lorca.

On retrouve une berceuse traditionnelle, A dormir va a la rosa, parmi les titres. Avez-vous une histoire particulière avec celle-ci ?
Cette berceuse, nous l’avions chanter, avec la compagnie Flamenco Vivo, dans le cadre du festival andalou de 2017, avec Ana Perez. On l’avait invitée sur ce festival, en tant qu’artiste. Elle voulait que je chante cette berceuse traditionnelle. J’ai donné la rythmique au guitariste et nous l’avons enregistrée dans la foulée. Lorsque nous l’avons écoutée, je me suis rendu compte que c’était une version qui touchait au plus juste dans l’émotion. C’est cet enregistrement qui fait partie de l’album.  

L’intime au cœur du travail

Luis de la Carrasca © Vanessa Gilles

Dans vos spectacles, lorsque vous chantez, le public ressent de fortes émotions. Comment cela se traduit pour vous ? 
Dans mon chant, il y a tout mon parcours, ma souffrance, ma volonté, ma peine, ma joie, mon vécu. Ma seule façon d’évacuer tout ceci est de chanter. J’ai besoin de m’accrocher spirituellement à quelque chose de fort. J’aime donner au public et l’unique façon de faire cela est d’aller chercher, au plus profond de moi, cette émotion. Elle est toujours là. Plus je donne et plus je me nourris. 

François Taillefer, Benjamin Ramos, Jérôme Boudin-Clauzel et Manuel Gómez sont aux côtés d’Ana Pérez et de José Luis Dominguez, vos fidèles compagnons.
José Luis est comme mon frère, il fait partie de ma famille. Nous avons appris à nous connaître et nous avons appris à partager des émotions. Nous sommes très complémentaires. Ana a beaucoup évolué depuis qu’elle travaille avec nous. Si j’avais à construire une artiste, ce serait elle. Comme on dit en Espagne, j’ai beaucoup de cariño pour elle. Elle a une beauté intérieure. Je pense qu’elle ira loin dans la vie.
Il manque Kuky Santiago (ndlr danseur de la cie Flamenco Vivo). Pour l’enregistrement, il était malheureusement loin. Mais, il sera là pour d’autres enregistrements.

Un live intense

Est-ce que vous n’avez pas un peu peur des programmateurs qui, par habitude de voir des spectacles de la compagnie, mêlant danse, musique et chant, se dire que le concert ne les concerne pas.
Ce sera une autre facette de mon travail, de mon parcours. Il y a eu des spectacles différents dans la compagnie, alors pourquoi pas celui-ci ?
En France, si la danse n’est pas présente, on pense qu’il n’y a rien. Mais sans la danse, on peut faire de belles choses. Ce sera un spectacle intense.

On vous sent impatient de défendre l’album sur scène ?
Je le suis, car chaque morceau recèle une histoire, une passion, une motivation.
Ce n’est pas pareil d’enregistrer l’album et de le jouer en live. Il faudra aller chercher l’émotion au plus profond de nous, et nous serons prêts. 

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Visuel : Luis de la Carrasca © Jan Gulfoss

Dates et générique

Concert Gharnata, le 5 octobre 2019, à 20h30 au Théâtre des Gémeaux (Avignon), et le 9 octobre, au Studio de l’Ermitage, Paris.
Interpètes Luis de la Carrasca (auteur-compositeur, chant, palmas et guitare), José Luis Dominguez et Manuel Gomez (guitare), François Taillefer (cajón/percussions), Benjamin Ramos (contrebasse), Jérôme Boudin-Clauzel (piano) et Ana Pérez (chœurs, palmas et danse)
Informations – pour le concert au Théâtre des Gémeaux : 04 90 86 60 57 – 06 08 16 87 62
Le site de la Compagnie Flamenco Vivo