Rencontres chorégraphiques avec Fanny Soriano, Carole Bordes et Amine Boussa

Rencontres chorégraphiques avec Fanny Soriano, Carole Bordes et Amine Boussa

15 juillet 2018 /// Les retours - VU #OFF

Les chorégraphes Fanny Soriano (Compagnie Libertivore), Carole Bordes (Compagnie Émoi) et Amine Boussa (Compagnie Chriki’Z) ont partagé le second plateau des rencontres chorégraphiques La Danse se livre. Retours sur leurs propositions.

Avec Phasmes, Fanny Soriano réveille votre instinct animal

Phasmes ©Tom Proneur

Ce n’est que 10h et pourtant le public répond présent pour assister à la représentation de Phasmes de la circassienne Fanny Soriano. À ce moment, il est utile de rappeler ce qu’est un phasme, il est cet animal simulant les tiges ou feuille sur lesquelles il vient trouver le repos. Ici, point d’animaux mais deux interprètes exceptionnels que sont Voleak Ung et Vincent Brière.
L’un est grand et massif, l’autre est petite et légère, à la façon du Yin et du Yang. Le duo évolue durant les 35 minutes de la proposition. Ils deviennent autant de formes possibles tel le phasme. La lumière de Cyril Leclerc, tout en clair-obscur, invite l’oeil à aiguiser son regard et à se jouer des masses en mouvements.

Voleak Ung et Vincent Brière se métamorphosent à chaque séquence. Ils sont bestiaux dans leur recherche de l’autre, dans la défense de leur territoire. Ils réveillent l’animalité que détient chaque Homme. Ainsi, ils naissent animaux pour devenir humains. Leur langage est acrobatique, leur course est manège et leurs matières corporelles se prêtent parfaitement au jeu.
La musique de Thomas Barrière, très naturelle, connecte immédiatement l’esprit à la recherche de la nature perdue. Les feuilles sur le pateau réveillent le souvenir de l’odeur du sous-bois et des feuillages que l’on soulèverait pour découvrir un autre monde.
Avec Phasmes, Fanny Soriano compose un cirque chorégraphié puisant ses forces dans la faune.

Phasmes de Fany Soriano, jusqu’au 17 juillet, à 10h, au CDCN Les Hivernales
Chorégraphie Fanny Soriano | Collaborations chorégraphiques Damien Fournier et Mathilde Monfreux | Interprètes Voleak Ung et Vincent Brière | Musique Thomas Barrière | Lumière Cyril Leclerc | Costumes Sandrine Rozier

Carole Bordes danse la parole de Gilles Deleuze avec R pour Résistances

Carole Bordes

Avec son solo tiré du projet R pour Résistances, Carole Bordes livre une réflexion sur l’acte de création et sur la fonction de l’artiste. Sur les mots de l’abécédaire de Gilles Deleuze, la jeune chorégraphe signe une chorégraphie conceptuelle qu’il est bon de voir.
Le projet R pour Résistance est un ensemble de 5 figures. Celle que la chorégraphe va interpréter est la première de la série. Elle est le point de départ de pensée sur l’acte de résister.  

Elle s’avance sur le devant du plateau, réfléchit, constate, prend en considération l’espace pour se tracer un cadre. Celui de la représentation ? Celui de l’ordre à suivre ? Celui du moule dans lequel il faut se fondre ? ou celui qui parfait le juste équilibre, entre l’intérieur et l’extérieur ?
Puis la voix du philosophe guide ses pas. Elle nourrit la réflexion qui passe par le corps et les mouvements.
Carole Bordes trace des lignes, des courbes, met son corps en jeu défiant l’équilibre nécessaire pour ne pas tomber. Résister et entrer en lutte afin de faire exister son art, pour exister soi-même et pour ce que nous sommes.
R pour Résistance est du bel art à danser. La musique de Jonathan Bénisty renforce le côté métaphysique de la proposition. Un projet rare dont il est important de souligner l’enjeu dans un monde où la surconsommation est de mise.

R pour Résistances de Carole Bordes, les lundis 16 et 23 juillet, à 11h, à La Factory – Théâtre de L’Oulle
Chorégraphie et interprète Carole Bordes | Scénographie Johann Fournier | Musiques Jonathan Benisty | Costumes Laetitia Chauveau

Avec L’IniZio, le chorégraphe Amine Boussa devient peintre

Initialement créée en 2013, la pièce L’IniZio retrouve un second souffle avec cette réécriture. Il en est ainsi dans les aventures d’une création, parfois. Et avec celle-ci, on peut dire qu’elle trouve un écho particulier.
Au début, il y a comme support La Genèse de Michel Ange. Amine Boussa va ainsi procéder par touches dans son écriture chorégraphique, tel le peintre avec ses éclats de couleurs sur sa toile. Les 5 interprètes (Jeanne Azoulay, Amine Boussa, Damien Bourletsis, John Martinage, Amel Sinapayen) composent une toile chorégraphique qui raconte l’Homme, sa diversité, son altérité et son commun.
Parfaitement éclairés par les lumiéres de Nicolas Tallec, les protagonistes de notre histoire s’isolent, marquent leurs différences et se livrent des combats existentiels. Le conflit est inhérent à la nature humaine mais cependant, l’un trouve en son autre un équilibre.

L’humanité, à laquelle aspire L’IniZio, est plurielle et forte avec les différentes phrases chorégraphiques des interprètes. Amine Boussa fait la démonstration de la multiplicité du langage Hip-Hop avec cette création. La liberté de s’exprimer est réelle et permet à chacun d’apporter sa pierre à l’édifice en construction, celui du monde.
Le Hip-Hop d’Amine Boussa est sincère. Il œuvre ainsi à la continuité de l’écriture du style en le réinventant dans sa forme et son fond.

L’IniZio d’Amine Boussa, jusqu’au 17 juillet, à 17h30, au CDCN Les Hivernales
Chorégraphie Amine Boussa | Interprètes Jeanne Azoulay, Amine Boussa, Damien Bourletsis, John Martinage, Amel Sinapayen | Création lumière Nicolas Tallec | Musiques originales additionnelles Romain Serre
Photo de couverture : L’iniZio @Gilles Aguilar

Laurent Bourbousson

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