[VU] « À l’ombre du réverbère » , une plongée au cœur des prisons
Redwane Rajel reprend son seul en scène « À l’ombre du réverbère ». Il plonge son public au cœur de la vie carcérale et devient le comédien charismatique qui se cachait en lui.
Et de 2 ! Cela fait deux fois que l’on assiste à ce seul en scène. Nous l’avions découvert le dernier jour du festival off d’Avignon 2024, au Théâtre Transversal. Une fois dépassé l’étonnement face à l’histoire personnelle de Redwane Rajel (ici, rien n’est fiction, tout est vérité !), le texte se fait encore plus entendre et c’est entre les lignes que tout se joue, depuis sa cellule dessinée par un tapis de danse blanc immaculé.
Une vie pour la patrie
Redwane Rajel aura tout fait dans sa vie : il aura servi la France, sera incarcéré et renaîtra de ce parcours chaotique. De son enfance, il en dit volontiers qu’il est un gamin légérement chahuteur (qui ne l’est pas) mais qui déteste arrivé en retard à l’école. Avoir servi la France, il en retient le goût amer de son uniforme qu’il impose fièrement à son grand-père, alors que celui-ci y voit les tortures perpétrées par ce même uniforme lors de la Guerre d’Algérie. Celui qui est destiné à une carrière militaire, voit les portes se fermer devant lui lorsqu’on lui reproche le vol d’une paire de chaussettes commis à l’âge de 12 ans que sa mère à payer. Le public prend de plein fouet l’histoire du colonialisme et du racisme ordinaire.
Une vie en prison dépeinte avec réalisme
Mais Redwane Rajel ne se laisse pas abattre pour autant, c’est un combattant. Avec pour manuel de survie sa vie militaire, l’homme qu’il est, grandit en prison. Il fait le deuil du décès de sa mère, apprend à vivre sans voir ses enfants, vit en isolement, constate le ravage que peut causer la promiscuité avec les autres détenus, découvre le théâtre pour devenir celui qui se tient devant le public ce soir. Il s’évade en pensée, croise Olivier Py, Joël Pommerat et Enzo Verdet.
Bien plus qu’une branche de salut, le théâtre devient une respiration, un moteur pour y croire encore. Le théâtre en milieu carcéral peut sauver des vies, peut accompagner à la reconstruction mentale et psychologique des détenus. Ces actions culturelles qui souffrent aujourd’hui d’un manque de moyens sont d’une importance primordiale. C’est ce message qu’envoie le comédien depuis son espace de jeu à un public à l’écoute attentive
Vivre du théâtre
Redwane Rajel n’a alors plus qu’une seule obsession, celle de vivre de cet art. Celui qui avait peur du noir appréhende par le théâtre les traits de sa personnalité, plonge au plus profond de lui-même, se guérit de ses blessures profondes dont il parle aujourd’hui avec franchise et sans ambages. Il s’entoure pour son seul en scène d’Enzo Verdet et de Bertrand Kaczmarek. Tous trois travaillent à l’écriture du texte et Enzo le met en scène. Il ne fallait pas plus d’artifice au plateau pour créer les éléments fondateurs de la nouvelle vie de Redwane : une servante, un banc et un miroir. Sous une lumière crue, il se raconte mais il joue à se raconter. Il est un ex-détenu devenu comédien. Il est un comédien que l’on imagine dans d’autres rôles. Il est un comédien mais pas n’importe lequel. Il est un comédien charismatique.
Laurent Bourbousson
Crédit photo : Claire Gaby
« À l’ombre du réverbère » a été vu au THÉÂTRE D’ARLES, le 7 octobre 2025. En tournée : 15 NOVEMBRE 2025 – CITÉ INTERNATIONALE DE LA LANGUE FRANCAISE, VILLERS – COTTERETS / DU 18 AU 23 NOVEMBRE 2025 – THÉÂTRE PARIS VILLETTE / 23 JANVIER 2026 – THÉÂTRE DENIS, HYÈRES / DU 27 AU 29 JANVIER 2026 – THÉÂTRE NATIONAL DE NICE / 30 JANVIER 2026 – CENTRE DRAMATIQUE DES VILLAGES DU HAUT VAUCLUSE, VALRÉAS / DU 3 AU 5 FEVRIER 2026 – MC2 GRENOBLE / 30 MAI 2026 – LE FIGUIER BLANC, ARGENTEUIL
Retrouvez son interview ici
Générique
Texte Bertrand Kaczmarek, Redwane Rajel, Enzo Verdet
D’après la vie de Redwane Rajel
Avec Redwane Rajel
Mise en scène et scénographie Enzo Verdet
Collaboration artistique Hélène July
Créateur lumière Arnaud Barré
Construction décor Wolfgang Affolter, Guillaume Ledieu, Emmanuelle Venier
Remerciements à Joël Pommerat
Production Les Théâtres – Théâtre Gymnase-Bernardines (Marseille)
Coproduction La Cité Internationale de la Langue Française, Centre des Monuments Nationaux – Villers Cotterêts, Théâtre National de Nice, Centre Dramatique National Nice Côte d’Azur
Avec le soutien du Théâtre Transversal – Scène d’Avignon