[VU] Avec Freedom Sonata, Emanuel Gat entre le yin et le yang

2 février 2025 /// Les retours
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Une bande son osée

Il fallait être Emanuel Gat pour tenter un tel rapprochement entre deux styles de musique totalement différents, d’un côté Ludwig Van Beethoven et sa sonate pour piano #32 en Ut mineur opus 111 (deuxième mouvement) et de l’autre, le rappeur américain Kanye West devenu infréquentable depuis longtemps. Ici, ce sera son album sorti en 2016, l’un des plus connus et meilleurs, The Life of Pablo dans lequel il développe un certain mysticisme.

La rencontre auditive est heureuse. Avec pour morceau d’ouverture le track 1 de l’album, Ultralight Beam, sur un solo sublime très vite rattrapé par l’ensemble des interprètes, suit la sonate pour piano qui renforce l’idée de la technicité parfaite. Puis retour au développement musical d’après l’album.

11 interprètes à la beauté fascinante

Tara Dalli, Noé Girard, Nikoline Due Iversen, Pepe Jaimes, Gilad Jerusalmy,  Olympia Kotopoulos, Michael Loehr, Emma Mouton, Abel Rojo Pupo, Rindra Rasoaveloson et Sara Wilhelmsson sont les 11 interprètes qui durant près d’une heure trente vont se croiser, se porter et faire corps sur un rythme fou.

Toutes et tous connaissent l’écriture et la précision chez Emanuel Gat. Dans Freedom Sonata, ils excellent dans leur technicité, dans leur déplacement, dans leur je(u) et leur être. Freedom Sonata est un appel à l’autre, à la confrontation, à l’amour, à la grandeur de l’âme humaine.

Une liberté absolue

Sur la scène du Corum, se joue alors une chorégraphie particulière, celle d’une totale liberté. Les interprètes s’amusent du public, l’interpellent, le laissent circonspect parfois, et rattrape toujours leur attention par les mouvements et déplacements. Il est jubilatoire de voir les ensembles se former, se répondre, des duos s’initier.

La lumière, signée du chorégraphe, souligne les corps et donne vie à des espaces. Ici, le blanc vire au noir, le clair-obscur se confronte à la clarté, le yin et le yang se nourrit de la pulsation des basses. Elles sont autant d’électrochocs qui font avancer les corps.

Freedom Sonata, ode à la danse

Véritable ode à sa danse, Emanuel Gat s’autorise tout. Une certaine folie s’empare du plateau jusqu’à l’ultime moment. Les interprètes revêtus d’ensemble noir dansent encore et toujours sur un plateau devenu blanc.

Une seule envie alors, celle de rembobiner la pièce pour en déguster à nouveau chaque minute, comme si nous allions toustes mourir demain. Freedom Sonata est une pièce fascinante à plus d’un titre, d’une exigence folle, un pur moment de plaisir.

Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Pierre Gondard

Vu le 23 janvier 2025 dans le cadre de la saison 2024/2025 de Montpellier Danse. Prochaines dates : du 17 au 21 mars au Théâtre de Chaillot (Paris). Tous les renseignements ICI

Générique

Chorégraphie, scénographie et lumières Emanuel Gat / Créé avec et interprétation Tara Dalli, Noé Girard, Nikoline Due Iversen, Pepe Jaimes, Gilad Jerusalmy, Olympia Kotopoulos, Michael Loehr, Emma Mouton, Abel Rojo Pupo, Rindra Rasoaveloson, Sara Wilhelmsson
Musique Kanye West – The Life Of Pablo (2016), Ludwig Van Beethoven – sonate pour piano #32 en Ut mineure opus 111 (deuxième mouvement) interprétée par Mitsuko Ushida, piano, et enregistrée en 2006
Direction technique Guillaume Février / Conception sonore Frédéric Duru

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