[VU] CE QUI NOUS TRAVERSE, NAWAL AIT BENALLA
Dans sa nouvelle création, la chorégraphe franco-marocaine Nawal Aït Benalla fait du monde un espace commun.
Co-dirigée par Abou Lagraa et Nawal Aït Benalla, la compagnie La Baraka impose son style depuis près de trente ans, fusion de deux tempéraments, deux regards et une même envie : créer des ponts entre les mondes. Avec Ce qui nous traverse, Nawal Aït Benalla ausculte les mouvements du corps et de l’âme dans un quintet explosif et sensuel « pensé comme un rite, une vague qui entraine les protagonistes vers une transformation ». Une mise en tension du groupe – ce qui fait corps, ce qui nous unit – emporté dans des balancements métronomiques mais prêt à se diffracter. Entre déplacements saccadés et marche ancrée
dans le sol, entre semblant de lâcher prise et frénésie commune, les cinq interprètes semblent tous habités par une « urgence » intérieure. Une pulsion de vie inaltérable, comme vissée au corps. Et nous interrogent : qu’est-ce qui les traverse ? qu’est-ce qui nous traverse ? La rage qui se fraye un chemin dans les corps convulsionnés soumis aux diktats d’un métronome entêtant… La résistance qui se joue de la répétition et des secousses… La fragilité qui émerge d’un solo à la douceur apaisante… L’angoisse qui sourd d’une gestuelle tout en ruptures… L’amour qui relie un duo peau à peau, visage contre visage, corps à corps enchevêtrés, à la sensualité intense… et puis le désir, la colère, la tendresse, l’exclusion,
l’indifférence : un vaste champ émotionnel universel qui nous étreint, impeccablement amplifié par la composition musicale et les arrangements de Olivier Innocenti qui surfent de la musique hypnotique Gnawa au chant religieux pour nous abandonner, vaincus par la beauté de la pièce, sur le célèbre Adagiettto de la Symphonie N°5 de Mahler.
Entre-temps, un flot d’émotions anime les corps dansant à l’unisson ou en décalé, aimantés par une diagonale qui structure la pièce comme une indestructible colonne vertébrale : à partir, au-delà, autour, sur, le groupe entre en transe ou lâche prise, se bouscule ou se regarde, se déploie dans des va-et-vient conçus tels des éclipses. Etreintes maladroites ou viriles sur l’Agnus Dei ; mouvements entremêlés sur Mahler, « l’écriture joue avec les ruptures, le rythme parfois extrêmement lent, en résistance, comme pour laisser voir à travers la peau ». Mais toujours traversés par une onde imperceptible, invisible, qui les relie.
Et nous lie. Car on ne s’est jamais sentis aussi transis du bonheur d’être ensemble.
Marie Godfrin-Guidicelli
Crédit photo : ©Julie Cherki
« Ce qui nous traverse » a été vu à Châteauvallon-Liberté le 7 novembre 2025.
Générique
Chorégraphie Nawal Aït Benalla / Danseur.euses Elie Fico, Alba Fracchia, Marion Frappat, Alfredo Gottardi, Rachele Pinzan / Concept musical Nawal Aït Benalla / Composition musicale, arrangements Olivier Innocenti / Musique additionnelle Samuel Barber / Création lumière Laïs Foulc
Production Compagnie La Baraka
Coproduction Les Théâtres de la ville de Luxembourg ; Châteauvallon-Liberté, scène nationale (qui avait accueilli sa précédente pièce Sur tes épaules) ; Le Manège Maubeuge – scène nationale Transfrontalière
Soutiens DRAC Auvergne-Rhône-Alpes ; Adami
Partenaires Théâtre Silvia Montfort ; Annonay Rhône Agglo – « En Scènes »
La compagnie La Baraka, installée à Annonay (studio de création la Chapelle), est soutenue
par la Préfète de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, la Région Rhône-Alpes-Auvergne, le
département de l’Ardèche, la Ville d’Annonay.
Au travers de ces si belles et sensibles lignes de Marie Godfrin ,nous sommes si proches de l’hyper don de toutes les emotions offertes par ce spectacle!!!!!!! bravo!