[VU] Des gens qui dansent de Naïf Production

19 février 2019 /// Les retours

Des gens qui dansent (petite histoire des quantités négligeables) par Naïf Production

À l’occasion du festival du CDCN Les Hivernales, nous avons pu découvrir la dernière création du collectif avignonnais, Naïf Production. Avec Des gens qui dansent (petite histoire des quantités négligeables), le groupe de danseurs-acrobates s’adjoint de nouveaux talents – Nacim Battou, Clotaire Fouchereau, Julien Gros, Andres Labarca, auxquels se joint Lucien Reynès issu du collectif – et entraîne le spectateur dans une proposition-laboratoire plutôt jubilatoire.

Des gens qui dansent s’inscrit dans la droite veine de Naïf Production, mais pousse encore plus loin les explorations, tout en faisant un pas de côté… On retrouve avec plaisir ce parti-pris de mener des expériences, avec tout ce que cela implique, de tentatives, d’échecs ou de fulgurances. On pressent bien aussi que la proposition n’est jamais tout à fait figée, qu’elle évolue et se nourrit au gré de ses présentations. Si on devinait dans les propositions précédentes ce principe de base comme moteur de Naïf Production, Des gens qui dansent prend par moment des airs de mise en abyme d’une approche de la danse et bien plus, d’une façon de travailler le corps et le collectif.

Sur un plateau nu, 5 chaises, un micro. C’est d’ailleurs par lui que tout commence. Tout part d’un blabla et de l’hyper-commentaire, sur un ton franchement drôle, comme une respiration au milieu de ces Hivernales.

Traditionnellement, le commencement est dans les mots, dans le langage parlé. Mais est-ce bien sûr ? Naïf production se lance dans une recherche sur les liens entre pensée et corps, mots et gestes, et prend le contre-pied en envisageant le corps en mouvement comme creuset de la pensée. Du corps découle la pensée.

La proposition explore et décline à partir de ce postulat. Le corps qui se meut par lui-même, le corps en synchronicité avec les autres, le corps de l’un comme soutien de l’autre, les bruits que peuvent produire le corps, les mots signifiés par le corps, la description des mécanismes du corps, etc. Dans cette recherche, se dessine un questionnement permanent et central : à quel moment une idée devient-elle mouvement ou un mouvement fait-il idée voire langage ? À l’hyper-intellectualisation du discours, Naïf Production semble prôner le retour au premier signifiant, le corps.

Sur scène, les individualités se frottent, se percutent, s’entraident et s’entremêlent pour donner naissance à une petite communauté, mue par une même volonté d’explorer le corps, ses possibilités et ses limites. Et donc d’interroger ce qui fait danse.

On retrouve là un thème cher au collectif, tout comme le dépassement de soi, l’altérité ou encore la construction du lien social. À cela, s’ajoutent ici et là des gestes et des figures que les habitués associeront aux précédentes créations. Au-delà de l’écriture chorégraphique propre, on se surprend à percevoir comment toutes les propositions de Naïf Production par leurs renvois et les liens qu’elles entretiennent entre elles, donnent corps elles aussi à un langage propre, une sorte d’infra-langage dans l’œuvre du collectif.

On sort de la salle avec la conviction d’avoir vu  une proposition foisonnante et pleine d’intelligence sans parvenir à pointer exactement où se situe la prouesse. Et c’est peut-être justement dans la profusion de cette proposition, dans l’articulation que trouve chaque exploration, et surtout dans le liant entre les  êtres sur scène que se trouve peut-être la réponse. Parce que ces gens qui dansent, chacun à sa façon, avec son corps et son vécu, se retrouvent dans une même quête, celle d’un ensemble commun où le corps serait la plus petite entité et le collectif, la structure pour se dépasser. Par là, Naïf Production apporte d’une certaine façon sa réponse aux maux du monde actuel : un « faire corps ensemble », dans la confiance et le partage, dans la collaboration et le collectif.

Camille Vinatier
Photographie : Milan Szypura

Générique et dates

Des gens qui dansent (petite histoire des quantités négligeables) a été vue dans le cadre du Festival Les Hivernales – CDCN Avignon. À retrouver au Théâtre d’Arles le 2 avril 2019. Renseignements ici.
À retrouver au Festival Avignon Off 19, au CDCN Les Hivernales, du 10 au 20 juillet (relâche le 15 juillet), à 15h30. Renseignements ici.
Création et interprétation Nacim Battou, Clotaire Fouchereau, Julien Gros, Andres Labarca et Lucien Reynès | À l’initiative du projet Mathieu Desseigne-Ravel | Accompagnateurs Sylvain Bouillet et Lucien Reynès | Collaboration artistique Michel Schweizer | Création lumière Pauline Guyonnet | Création sonore Christophe Ruetsch