[VU] OFF19 : le sensible et tendre Être là de Vincent Ecrepont.

9 juillet 2019 /// Non classé

Face à la société qui nous pousse à la performance et à rester jeune, l’auteur et metteur en scène Vincent Ecrepont aborde la question de la vieillesse avec Être là. Un théâtre qui interroge la relation à nos parents. Sensible et tendre.

Une écriture du réel

Vincent Ecrepont a travaillé durant trois années à la collecte de témoignages, au pôle de gérontologie du Centre Hospitalier de Beauvais, dans le cadre d’un programme conjoint DRAC-ARS. Avec ce matériau, il a tricoté trois histoires de famille. L’auteur décrit avec précision les tourments causés par le placement des parents, la difficulté pour l’enfant de voir le père vieillir, la dépendance, la vie en EHPAD et la relation avec une personne atteinte de la maladie d’Alzheimer. Sans jugement aucun, l’écriture de Vincent Ecrepont pose des cadres de réflexion, avec cette pointe d’humour nécessaire, qui sous-tend un sujet peu enclin à cela, et une tendresse absolue.

Trois histoires

Christiane, Claude, Colette, Denise et bien d’autres ont trouvé en Céline Bellanger, Véronic Joly et Sylvain Savard, de beaux porte-paroles de leurs vies. Les interprètes d’Être là se mettent à leurs services, ils jouent pour eux. Ils seront vieux, jeunes, parents, enfants, personnels d’EHPAD ou médecins hospitaliers et sont parfaits dans leurs différents rôles.
Ils incarnent les protagonistes de trois histoires de famille dans un décor qui se construit au fur et à mesure. Chacune de ces histoires abordent de façon judicieuse, parfois sans les nommer, des questions inhérentes au vieillissement : celle de la sexualité, de l’héritage, des jalousies qui éclatent entre frères et sœurs, par exemple. On y croise Monsieur Philibert, une dame âgée révolutionnaire, une autre qui ne sait qui est sa fille, un homme qui refuse le placement, des frères et sœurs désemparés face à la vieillesse.

L’écriture permet des allers-retours entre la fiction et le réel. C’est avec habileté que l’on glisse d’une partie à l’autre. Quel impact ont ces histoires sur les interprètes ? En posant cette question à ses comédiens, Vincent Ecrepont trouble le jeu. Leurs réponses sont-elles réelles ? Est-ce d’eux qu’ils parlent ou d’autres ? Avec une interprétation sans faille, Celine Bellanger, Véronic Joly et Sylvain Savard s’interrogent pour mieux interroger alors le public.

Une mise en scène résolument contemporaine

Pour Vincent Ecrepont, aborder un tel sujet ne pouvait que se faire sous l’angle contemporain. Il signe une mise en scène résolument contemporaine, qui oscille entre le clinique et l’organique. La lumière blanche des néons s’oppose à celle chaleureuse des intérieurs du quotidien des personnages, avant leur départ pour des chambres en EHPAD ou en CH. Des toiles servent de décors. Renversées, après chacune des histoires familiales, elles sont le refuge des comédiens face aux questionnements qui en découlent. La création sonore de Christine Moreau parfait la mise en scène souhaitée.

Avec cette création, Vincent Ecrepont invite à la réflexion sur un sujet de société qui concerne et concernera tout un chacun. Il nous rappelle, comme le titre de sa pièce, qu’Être là est de la plus grande importance. À voir absolument.

Laurent Bourbousson
Visuel ©Ludo Leleu

Dates et générique

Interprètes Céline Bellanger Véronic Joly Sylvain Savard | Mise en scène Vincent Ecrepont | Collaboration artistique Laurent Stachnick | Scénographie Caroline Ginet | Création costumes Fabienne Desflèches | Création lumière et régie générale Benoît André | Création sonore Christine Moreau | Création vidéo Guillaume Junot | Regard chorégraphique Dominique Martinelli Catherine Dreyfus | Conception graphique affiche Anne Martiréné  

Tous les jours (relâche les mardis) à 16h30, jusqu’au 28 juillet, à la Présence Pasteur, 13 rue du Pont Trouca.