[VU] Quand j’ai vu mon ombre vaciller de Mélanie Perrier | Cie 2 minimum

26 février 2019 /// Les retours

Création 2019 de Mélanie Perrier pour 3 danseuses, un violoncelliste et lumière.
Première en région, dans le cadre du Festival Les Hivernales, CDCN Avignon. En partenariat avec La Chartreuse de Villeneuve lez Avignon – Centre national des écritures du spectacle.

Poétique

Bord du précipice, résonance avec mes propres limites. Lorsque le cœur et le corps semblent se mettre d’accord pour dire que l’on s’approche d’un point de basculement, que l’on se dirige vers un ailleurs que l’on ne maîtrise pas. Selon les moments de la vie, ces instants fragiles et sensibles peuvent apparaître terriblement dangereux et effrayants. C’est à cette fragilité que le titre de la pièce de Mélanie Perrier m’a tout d’abord renvoyé.

Suggestions sensibles

Toutes en subtilités, les matières sonores et lumineuses occupaient densément l’espace, tout autant que les corps des danseuses. Faite de suggestions, Quand j’ai vu mon ombre vaciller nous offre l’occasion d’ouvrir une porte sur notre monde sensible et sur notre imaginaire. Quelles résonances provoquent en nous les visions morcelées de ces corps et des parcelles lumineuses et scintillantes de peau que la chorégraphe propose à notre regard ? Le voyage d’une main sur une nuque ou sur une joue… que dire ? Mimétisme, empathie cellulaire ou mémoire de nos sensations passées ? Il réside des traces, non intellectualisées, imperceptibles, parfois puissantes de la vie et des rencontres, sur nos corps, nos âmes, et dans nos cellules…

mirabelwhite

Faire vaciller l’obscurité

Embarquée dans cette nappe un peu brumeuse, l’interprétation teintée de frissons du début de la pièce avait, pour ma part, pris une toute autre couleur à l’issue de la représentation. J’entendais la petite musique du titre de cette proposition tout autrement. Le tremblement de la perte de contrôle et de l’appel du néant qui parfois attire, s’était mu en un frémissement. Celui plus chaleureux de la flamme qui danse, celui plus puissant de la lumière qui rayonne et diffuse son énergie. Tout comme la flamme qui ondule, perturbe son ombre ; n’est-il pas plus intéressant d’envisager que c’est le frémissement lumineux de la vie qui exerce sa puissance bienfaisante pour faire vaciller l’obscurité ?  Sans naïveté aucune, mais comme parfois dans cette proposition chorégraphique, si notre humanité partagée nous parait parfois imperceptible, tout n’est peut-être pas perdu. Nous nous tenons, sans nul doute, à la frontière entre le visible et l’invisible, mais l’humain est là.

Touchée par cette proposition

Merci à Mélanie Perrier pour ce parcours sensible en trois volets. [En prologue de la pièce, la compagnie proposait « le nuage sonore », une installation sonore immersive, présentée à la Maison Jean Vilar. Le 3ème volet est un livre en édition limite de 70 dessins, 70 souffles]. Ma préférence va à son écriture au plateau, bien que l’on comprenne les imprégnations mutuelles des trois aventures les unes sur les autres. Une telle proposition, dont l’objet s’adresse aux sens n’a pas nécessairement besoin de trop en dire en amont. Ce peut être un cadeau que de laisser l’opportunité aux sensations et à l’imagination d’aller là où elles le souhaitent.

Séverine Gros
Photographies : Mirabelwhite.
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Générique et date

Conception et chorégraphie Mélanie Perrier | Compositeur et violoncelliste live Gaspar Claus | Interprétation Marie Barbottin, Julie Guibert et Laurie Giordano | Artiste plasticien lumière Jan Fedinger | Assistante, consultante en AFCMD Nathalie Schulmann et Marine Combrade | Mise en espace sonore Nicolas Martz | Maquillage Sylvain Dufour | Remerciements Claire Malchowicz
Quand j’ai vu mon ombre vaciller (adaptation), à découvrir à l’Étoile du Nord, Paris, le 18 mai.
Découvrez l’interview de Mélanie Perrier.