[VU] Sorties de piste : des clowns dans tous leurs états

4 janvier 2026 /// Les retours
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De Madame Fraize à Coquette, les différentes facettes du clown se sont enchaînées tout au long du dernier week-end de Sorties de cirque. Un panorama parfait pour se poser la question ultime : qui du comédien ou du clown trouve son double en premier ?

Chez Madame Fraize, le quotidien est poétique

Qui de mieux que Madame Fraize pour vous conter les charmes surannés d’un quotidien que l’on ne voit plus et que l’on souhaiterait envoyer valser parfois ? Personne d’autre que celle qui se nomme parfois lui, à plusieurs reprises tout au long de son show. Oui, un show, car Marc Fraize, aka Madame Fraize, a le monopole de la scène et étire le temps comme iel l’entend. Ici, le féminin devient évanescent au profit du masculin et vice-versa. Dans un espace de vases communicants, il est elle et elle est lui. On parle d’amour, on compte les galets de la fameuse fontaine achetée chez « Nature & Découvertes » qui ne fait pas l’unanimité dans le couple, on passe de la civilisation mésopotamienne à la civilisation du lave-vaisselle en un claquement de gant en caoutchouc rose. On rit des situations cocasses que vit (comme le fait de s’asseoir sur un tabouret tournant) ou qu’égraine Madame Fraize (fameuse saynète du cerf-volant) avec une tendresse infinie. Le public pourrait l’écouter ainsi jusqu’au bout de la nuit raconter un quotidien fantasmé. La mise en scène d’Alain Degois alias Papy est un véritable écrin pour Madame Fraize, qui entraîne avec délicatesse son public à ses côtés. Madame ‘Marc’ Fraize est lumineuse, rieuse et avance dans sa vie avec un étonnement communicatif. L’art du dire chez Marc Fraize lui va comme un gant. On adore.

Avec « Rien sans mâle », Urga recherche homme désespérément

Avec le spectacle « Rien sans mâle » de la Cie Koudjou, Hélène Risterucci et Fabrice Peineau signent une ode à la liberté d’aimer et au désir. Urga, notre femme-maîtresse se présente à nous derrière son rideau à fils (on pense furtivement à Kim Basinger dans 9 semaines 1/2) avec son nez rouge et son maquillage marqué. À ses poignets, des bracelets, ceux des prétendants qu’elle égraine un à un. Elle se rappelle de tous. Mais à chaque fois, un grain de sable vient enrayer l’histoire d’amour qui semblait s’installer et ce même si elle ne dure qu’une poignée de secondes. Urga est libre. Elle l’est, entend le rester mais aimerait partager sa vie tellement la solitude est parfois pesante. Si le prétendant 37 n’a pas eu une durée de vie très longue à ses côtés, avant de rencontrer le numéro 38, elle recherche dans le public un mâle en nourrissant de sa crème hydratante les mains des hommes qui sont devant elle. Tendre, cruelle avec un humour modant, Urga se lance dans un tirage de tarot pour voir les contours du 38e prétendant qui l’attend quelque part. Tout est mené tambour battant avec une certaine folie. Urga est libre. Urga a la fureur d’aimer et de mener sa vie comme elle l’entend. Urga est une femme qui en impose. On ne peut que tomber amoureux d’Urga.

L’histoire de la vie en version déjantée par Hubert O’Taquet

S’il vous est donné de voir le seul en scène de Patrick de Valette, « Hobobo ! Une petite histoire de l’Évolution« , foncez-y ! Durant une heure, de Valette endosse la blouse du professeur Hubert O’Taquet du CHU de Toulouse pour nous raconter la vie en tentant de répondre aux questions : Qui sommes-nous ? D’où venons-nous ? Où allons-nous ? Si le comédien explique toujours de façon fumeuse les évolutions que les êtres ont connu jusqu’ici, c’est à chaque coup hilarant. De la division cellulaire, à l’évolution animale et à celle de l’homme, tout concourt à l’art du gag. Patrick de Valette est désopilant de bout en bout et encore plus lorsqu’il évoque les années 68. Ses nombreuses mimiques et son art de l’imitation font mouche tout au long de ce spectacle fleuve. Lorsque Hubert redevient Patrick, la vie nous semble d’un seul coup plus légère et on applaudit ce grand maître de l’absurde. Ce « Hobobo » est en voie de devenir un must, un banger ou plus simplement un classique, à voir et à revoir.

Le clown et son côté bad mood avec Coquette – Récit d’une maîtresse et sa chienne

Ségolène Marc signe un spectacle sur le temps qui passe, la solitude et le rapport dominant-dominé. Son double Coquette et son chien Croquette ne font presque qu’une. Mais Croquette n’est plus et c’est cette absence que nous raconte Coquette. Le son de l’horloge actionne alors les gestes du quotidien faits maintes fois : remplir la gamelle des fameuses croquettes, lui donner à boire, la faire jouer dans le parc. Mais pour Coquette, la tenir en laisse en est trop. Elle lui redonne sa liberté. Croquette n’est donc plus et la transformation de Coquette en Croquette révèle ses propres failles et son goût pour une maltraitance dissimulée. Avec son alter-ego, Ségolène Marc signe un spectacle d’une réelle profondeur qui mérite d’être resserré pour plus d’intensité.

Le festival Sorties de piste, imaginé par Laurent Rochut en collaboration avec la Compagnie du U, a tenu toutes ses promesses, celle de faire la démonstration de la vitalité de l’art du clown et d’en montrer ses différentes facettes. Si nous nous tenons prêts pour la future édition en décembre 2026, nous n’avons toujours pas répondu à notre question : qui du comédien ou du clown trouve son double en premier ?

Laurent Bourbousson
Visuel : Marc Fraize dans Madame Fraize ©Sébastien Marchal / Hélène Risterucci dans Rien sans mâle ©Fabien Debrandere / Patrick de Valette dans Hobobo ©H. Escario / Ségolène Marc dans Coquette ©Philippe Hanula

Le Festival Sorties de piste a eu lieu du 12 au 21 décembre 2025 à La Factory – Roseau Teinturiers

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