[VU] Zoé de Julie Timmerman : au nom du père et de la sainte famille

26 janvier 2024 /// Les retours
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Julie Timmerman (Idiomécanic Théâtre) crée Zoé au Théâtre de Belleville, une pièce tirée de son intime. Elle fait fiction d’un sujet très peu mis au plateau : les dégâts causés par les troubles psychiques au sein d’une famille. Un texte fort.

Découverte avec La sorcière de Jules Michelet, Julie Timmerman fait partie des metteuses en scènes et auteures qui se mettent au service du théâtre. 
Avec ses deux précédentes créations (Un démocrate et Bananas (and Kings)) dans lesquelles elle exploitait le rapport de l’histoire économique, politique et sociale de faits afin de mettre en lumière notre monde contemporain. Ici, elle s’échappe de l’histoire avec un grand H pour raconter sa propre histoire avec Zoé
Partant de l’intime, elle met au plateau une famille, sa famille, exposée aux affres de la bipolarité du père.

De la nécessité de faire théâtre

Porter un tel sujet au plateau nécessite une certaine mise à distance pour l’auteure et metteuse en scène pour éviter tout pathos. Julie Timmerman évite toutes profusions sentimentales en gardant un regard attendrissant sur les dérèglements familiaux qui ont comme conséquences sur la fillette, une charge de responsabilités énormes (la famille se maintient à flot grâce à elle) et l’on peut ressentir une once de culpabilité pointer dans ses souvenirs si celle-ci faillit à la perfection demandée par ce père qui peut rester des jours entiers à pleurer en pyjama dans son lit. 

Julie Timmerman déroule le fil de sa vie, de sa plus tendre enfance à celui de l’âge adulte. Au sein de ce foyer fantasque, où tout se joue à la scène comme dans la cellule familiale, les vers de Jean Racine, Edmond Rostand, Shakespeare et surtout Richard Wagner résonnent. La petite Zoé grandit à travers l’Anneau de Nibelungen, opéra qui devient un véritable compagnon de route. Elle sera le héros Siegfried lorsqu’elle jouera avec son copain de classe Victor dans sa chambre, qui lui endossera le rôle de Brunehilde. La jeune adolescente deviendra femme, grâce à Siegfried, tout en étant aidée par Victor, le fidèle compagnon qui découvre un univers fait d’illusion, de citations et de jeux qui peuvent s’avèrer dangeureux. 

Zoé et les affres familiaux

La force de l’écriture de Julie Timmerman fait acte de résilience. Avec la construction narrative du texte, Zoé donne les clés pour mieux pénétrer au sein de la cellule familiale, dans la complexité des rapports enfant-père-mère, mari-femme et relations amicales. Il semble que tout tient grâce au miracle, mais surtout grâce à la bienveillance que développe la petite fille et sa mère en coulisse envers le père. 
Les mots font mouche et les dialogues sont des joutes verbales. La famille s’enferme dans un univers fantasque et parallèle dans lequel Victor ne cesse de ramener Zoé dans la réalité de son âge.
Le public avance dans la vie de Zoé avec légèreté et gravité, et se retrouve dans cette histoire qui devient au fur et à mesure plus universelle qu’intime.

Prenant à contre-pied les “recettes” de ses créations précédentes et qui ont permis à Julie Timmerman de rencontrer un succès public grandissant, elle démontre avec Zoé la force de sa plume et de son grand talent d’écriture.  
La puissance du texte et le jeu des interprètes (Anne Cressent, Mathieu Desfemmes, Alice Le Strat, Jean-Baptiste Verquin) vont bonifier à coup sûr une mise en scène qui échappe, parfois, à leur maîtrise.   
Une pièce qui se voit et se revoit tant les niveaux de lecture sont nombreux et qui apporte une réflexion toujours différente, selon où l’on se place, sur le lien qui unit cette famille qui devient la nôtre. 

Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Pascal Gély

Zoé a été vu au Théâtre de Belleville (Paris). En région : 26 mars dans le cadre des ATP de Nîmes, 28 mars dans le cadre des ATP d’Uzès, 16 avril dans le cadre des ATP d’Avignon, 18 avril dans le cadre des ATP de Lunel. La pièce sera reprise durant le Festival Off Avignon 2024.

Générique

texte et mise en scène Julie Timmerman | interprètes Anne Cressent Mathieu Desfemmes Alice Le Strat Jean-Baptiste Verquin et les voix de Alain Françon, Alphonse et Basile Rongier, Plume et Louise Petit Cressent, Arthur Verquin, Orso Franceschi, Nina Laurent | dramaturgie Pauline Thimonnier | collaborateur artistique et conseiller musical Benjamin Laurent | assistante à la m.e.s. Véronique Bret | Scénographie James Brandily assisté de Laure Catalan, Lisa Notarangelo | lumières Philippe Sazerat | costumes Dominique Rocher | création sonore Xavier Jacquot assisté de Paul Guionie | construction du décor Agnès Champain, Benjamin Bertrand

production Idiomécanic Théâtre
coproductions Fédération d’Associations de Théâtre Populaire (FATP) – Espace Jean Legendre, Théâtre de Compiègne – Théâtre Jean Vilar, Vitry-sur-Seine – Théâtre des 2 Rives, Charenton-le-Pont.
soutien Espace Culturel Boris Vian, Les Ulis
résidences de création Scène de Recherche de l’ENS Paris-Saclay – Théâtre des 2 Rives, Charenton-le-Pont – Espace Jean Legendre, Théâtre de Compiègne – Super Théâtre Collectif, Studio-Théâtre de Charenton
subventions DRAC Ile-de-France – Département de l’Essonne – Conseil départemental du Val-de-Marne – Spedidam – avec le soutien de l’Adami* – Action financée par la Région Ile-de-France
mécénat MNA Taylor – Fondation Jan Michalski
remerciements Odéon Théâtre de l’Europe/Ateliers Berthier – Chat Borgne Théâtre
Spectacle créé au Théâtre de Belleville, Paris

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