Avec Sois un homme, Vincent Ecrepont dessine les contours de l’être mâle

27 mars 2020 /// Les retours
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Sois un homme de Vincent Ecrepont interroge à bien des endroits ce qui est constitutif de l’homme, et pas seulement à l’âge charnière de l’adolescence. Retour.

Vincent Ecrepont a construit le texte de Sois un homme à partir de témoignages d’adolescents et de parents récoltés lors d’ateliers d’écriture, mais s’est également servi de son propre vécu. Il tisse ainsi une toile où se répondent trois générations de personnages : l’adolescent, l’adulte et la personne âgée. Il donne à chacun la lourde tâche de tenter de répondre à la vaste question : quel homme je suis, ici et maintenant ? Une question qui trouve un écho à chaque âge d’une vie, tant soit peu que l’homme soit attentif à cela.

Un récit réaliste fictionnel

Tout commence dans le noir par une série d’injonctions : Prends sur toi, Sois un homme, Ne doute jamais, T’es pas une gonzesse… Autant de paroles que le garçon aura entendu petit et continuera d’entendre tout au long de sa vie.

Mais naît-on homme ou le devient-on ? est la question qui sous-tend du début à la fin ce merveilleux texte écrit par le metteur en scène, Vincent Ecrepont. Il tente de définir ce par quoi l’homme est traversé à tous les âges de sa vie : l’enfant, l’adolescent, celui qui se trouve au début de l’âge adulte, à celui de la quarantaine, ainsi que le patriarche d’une famille, à savoir le grand-père.

Les trois comédiens (Teddy Bogaert, Sylvain Savard et Laurent Stachnick) se fondent dans des personnages que l’on pourrait croiser au sein du cercle familial ou amical. Ils campent chacun à leur tour tous les âges d’une vie. Ce qui est troublant dans leur jeu est qu’il convient de dire qu’ils ne jouent pas. Ils sont leurs personnages au moment où ils le deviennent, et portent les paroles individuelles de façon universelles.

Vincent Ecrepont livre donc un récit réaliste fictionnel. Il imbrique différentes situations, jonglant entre des univers familiaux disparates, dans lesquelles l’homme est au centre des questionnements.

L’homme, cet être étrange

Sois un homme ne donne pas des réponses fermes et définitives. Il induit toute une série de réflexions sur la construction masculine. On pourrait alors relire X Y de l’identité masculine d’Elisabeth Badinter, mais il manquerait cruellement la parole réelle qui est mise en scène ici. Car d’emblée, les choses sont clairement énoncées au détour de cette phrase « Notre bite et nos couilles pèsent des tonnes ! » Je réentends alors Kid, la chanson d’Eddy de Pretto, qui donnait une sacrée claque à la virilité mal placée.

Ici, le réel, le vécu et les interrogations auxquelles font face les adolescents, les presque-adultes, les pères et les plus âgés, sont clairement exposés. L’ensemble des situations invitent à réfléchir sur ce qui est constitutif d’un homme. Comment le garçon fait-il pour se construire ? Est-ce que seule l’image du père est probante ? Pas si sûr (on pense alors à la tendre scène de ce petit garçon, joué par Sylvain Savard, en dialogue avec un voisin jardinier, campé par Laurent Stachnick). A-t-on fini de grandir à l’âge adulte et en est-on homme pour autant ? Ce sont toutes les scènes qui se répondent alors des unes aux autres. Même si l’homme est au centre de la conversation, il n’en demeure pas moins que la figure féminine est présente.

La justesse des comédiens

Sylvain Savard et Laurent Stachnick, que l’on avait vu dans les précédentes mises en scène de la compagnie, sont d’une justesse remarquable et embrassent leurs personnages avec envie, tout comme Teddy Bogaert (comédien à suivre) qui se transforme au gré de ses personnages, effaçant ses traits juvéniles pour ceux d’un père qui ne comprend pas son fils (une des scènes les plus sensibles entre lui et Laurent Stachnick).

Vincent Ecrepont signe une pièce dans l’air du temps qui questionne le mâl·e être des hommes. Il s’adresse à tous, que l’on soit adolescent ou adulte, ou né de sexe féminin ou masculin. Son écriture est incisive, fluide et simple. Un travail à saluer à l’heure où la société semble ne plus avoir suffisamment de repères pour définir l’homme.

Ce retour fait suite à une demande exceptionnelle
Suite à l’appel de l’auteur et metteur en scène Vincent Ecrepont, c’est tout naturellement que j’ai accepté de visionner sa dernière création via un lien envoyé. En effet, cette création a vu le jour au moment où les restrictions de rassemblement voyaient le jour. Souffrant de peu de couvertures, la compagnie a décidé de rentrer en contact avec différents supports médias. Et c’est tout naturellement qu’Ouvert aux publics a répondu présent pour soutenir cette création.

Laurent Bourbousson
Visuels : ©Ludo Leleu

Dates et générique

Texte et mise en scène Vincent Ecrepont|Dramaturgie Collaboration artistique Hugo Soubise |Interprètes Teddy Bogaert Sylvain Savard Laurent Stachnick|Scénographie Caroline Ginet|Création costumes Isabelle Deffin|Création lumière et régie Benoît André|Création sonore Christine Moreau|Administration Julie Blanc – Colcanap

Sois un homme sera visible sur la saison 20/21 à La Comédie de Picardie, scène conventionnée d’Amiens (mars ou avril 2021) ; La Faïencerie, scène conventionnée de Creil (17 avril 2021) ; Le Palace de Montataire dans l’Oise ; Le Théâtre des Tisserands à Lomme-lez-Lille (27 novembre 2020) ; La salle des 3 Villages à Savignies dans l’Oise. Et certainement au Festival Off d’Avignon en 2021.

Le site de la compagnie à vrai dire.
Vincent Ecrepont sur Ouvert aux publics : Retour sur le Schmürz, interview #Off 2017, retour sur Être là.

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