Compagnie A Divinis : le confinement met en exergue l’importance de la culture

23 avril 2020 /// Les interviews
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Hélène July et Enzo Verdet se partagent la direction de la Compagnie A Divinis. Avec cette période de confinement, on prend des nouvelles de la compagnie avignonnaise.

Nous avions rencontrés Hélène July et Enzo Verdet lors de leur dernière création Jusqu’à l’os, en février dernier. Si les deux comédiens et metteurs en scène œuvrent pour leur compagnie, il n’en demeure pas moins qu’Enzo Verdet collabore avec Olivier Py aux créations des spectacles joués par les détenus du Centre pénitencier Avignon-Le Pontet durant le Festival d’Avignon. Questions autour de leur travail en cette période de confinement et de l’annulation du Festival.

La compagnie A Divinis

Lors de notre interview autour de votre création Jusqu’à l’os, vous nous avez parlé de l’un des aspects importants dans votre travail de compagnie : la transmission. Avec le confinement en cours, qu’est-ce que cela a changé dans vos pratiques ? 
Depuis la fermeture des établissements scolaires et le début du confinement nous avons dû arrêter toutes nos interventions. Cependant nous avons à cœur de garder un lien avec nos élèves. Notre but est d’éviter de creuser le fossé des inégalités. Nous échangeons fréquemment par mail ou par vidéo-conférence. Nous avons réussi avec les élèves les plus motivés à mettre en place des ateliers en télétravail. Cela change évidemment complètement notre approche du théâtre mais nous ne nous laissons pas abattre. On nous répète qu’il faut sans cesse se renouveler dans l’art, alors nous apprenons à “faire du théâtre” par ordinateurs interposés.

Vous êtes une jeune compagnie en plein développement, avec un futur projet en gestation. Comment travaillez-vous à cette création actuellement ?
Nous constatons avec plaisir que le monde de la culture ne s’est pas pour autant arrêté de tourner. Nous continuons de travailler, en lien avec la maison de production In’8 Circle, à l’administratif et à la communication afin de préparer l’après. 
Pour ce qui est du créatif, le confinement est plutôt bien tombé si nous pouvons dire, car nous sommes en train de terminer l’écriture de notre nouvelle création. Cette ascèse imposée nous donne l’opportunité de nous focaliser sur ce beau projet que nous devrions, si tout se passe comme prévu, vous présenter à l’automne prochain.

Un été sans Festival d’Avignon

Lorsque vous avez appris l’annulation du festival d’Avignon, qu’avez-vous ressenti ? Vos premières pensées ont été en direction de qui ?
Un choc suivi d’une immense tristesse bien évidemment. Même si nous nous y attendions, nous avions encore un peu d’espoir. Nos premières pensées ont été évidemment pour les détenus avec lesquels travaille Enzo, qui ne pourront jouer Othello Astrologue en juillet. Nous pensons aussi très fort à tous ceux qui travaillent dans le domaine du spectacle vivant et qui font le festival d’Avignon : compagnies, théâtres, directeurs de lieux, comédiens, régisseurs, administrateurs, attachés de presse, musiciens, danseurs, metteurs en scène, scénographes, chorégraphes, chanteurs, costumiers, diffuseurs…et nous en oublions très certainement. 
Cette annulation soulève beaucoup de questions et c’est une tragédie qui risque de se jouer s’il n’y a pas de soutien des pouvoirs publics. Le confinement met en exergue l’importance de la culture : comment pourrions-nous survivre à ces temps d’isolement sans livres, sans cinéma, sans théâtre, sans oeuvres? Nous entendons beaucoup parler d’une “exception culturelle Française” et bien elle est en danger aujourd’hui et elle a besoin d’aide.

Enzo, vous avez travaillé avec Olivier Py aux représentations d’Othello Astrologue, d’après W. Shakespeare, avec le Centre pénitencier d’Avignon-Le Pontet. Avez-vous parlé de cette annulation avec les détenus ou en aviez-vous évoqué le fait ? Comment cela résonne-t-il chez eux et chez vous ? 
Le couperet est tombé très vite nous n’avons pas eu le temps d’en discuter avec les acteurs. Le confinement a bloqué toute communication avec eux. Cependant, petit à petit les choses reprennent et nous avons pu leur envoyer un courrier pour leur apporter tout notre soutien dans ces temps difficiles. Il faut avoir conscience que cette création a pris beaucoup d’importance dans leur vie quotidienne et cet arrêt brutal met un terme à des mois d’engagement et de travail. C’est forcément une grosse déception, et ça ne doit pas être la seule qu’ils vivent durant ce confinement. 
L’annonce a eu l’effet en moi d’un raz-de-marée. Nous sommes face à quelque chose qui nous dépasse tellement mais qui nous concerne tous. M’apitoyer sur mon sort ne m’aidera pas à avancer, je préfère encore saisir les outils qui sont les miens, pour rebâtir et construire à nouveau.
Créer en milieu carcéral n’est jamais simple. Chaque année a vu son lot de complications. C’est encore une fois l’occasion de répéter notre mantra “ce n’est pas un projet linéaire”. Depuis toutes ces années, nous avons appris à nous adapter, à trouver des solutions et nous allons continuer avec force et acharnement. Nous sommes déjà à l’ouvrage avec Olivier Py, Véronique Matignon, et l’équipe du SPIP du Centre pénitentiaire du Pontet pour penser la suite de ce projet tellement nécessaire. 

Est-ce que cette édition du Festival était synonyme pour vous de rencontres professionnelles autour de votre compagnie ?
Comme chaque été, nous profitons bien évidemment du festival d’Avignon pour enrichir notre carnet d’adresses professionnel. Le Festival est pour nous l’occasion d’aller à la rencontre de certains professionnels que nous n’avons pas l’opportunité de croiser à l’année.
De plus, en tant que spectateur, c’est un moment merveilleux pour enrichir sa culture théâtrale. Chaque mois de juillet, le Festival nous permet de voir certaines créations que nous ne pouvons pas apprécier dans l’année.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Visuel : Hélène July et Enzo Verdet ©DR

La site de la Compagnie A Divinis

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