Interview : Alain Cofino Gomez pour le festival Les Francophoniriques III

3 mars 2018 /// Les interviews

Le théâtre des Doms, vitrine du théâtre de la Wallonie-Belgique à Avignon, tisse des liens sur le territoire avec les structures environnantes. A l’occasion du Festival Les Hivernales, est proposé ce jour, à 18h, Phasme de la chorégraphe Fré Werbrouck (photo ci-dessus : ©Sara Sampaleyo). Interview d’Alain Cofino Gomez, directeur du lieu, sur cette création et sa programmation autour du festival Les Francophoniriques.

LE THÉÂTRE DES DOMS, TISSEUR DE LIENS ARTISTIQUES

Sur le dernier jour du Festival les Hivernales, il y a un rituel, celui de venir découvrir un.e. chorégraphe venu.e. de Wallonie-Belgique. Pouvez-vous nous présenter le travail de Fré Werbrouck que vous accueillez pour Phasme ?
Ça va être une découverte pour le public du festival. Phasme est une forme très sensible, curieuse. C’est la dentelle de la danse. C’est minimaliste et en même temps spectaculaire. Quand on se laisse aller dans le monde microscopique du mouvement, on vit une grande émotion artistique. J’ai vécu un moment assez rare lorsque j’ai vu cette proposition. Je n’en dis pas plus car c’est une belle expérience belle à vivre.

Si vous accueillez le CDCN Les Hivernales durant son festival, on retrouvera la programmation de votre Festival Les Francophoniriques III, fin mars, dans leur lieu mais également du côté de La Garance – SN de Cavaillon.
Avec les directions de ces lieux, nous échangeons toute l’année. Mon envie est que ce festival sur la francophonie grandisse et que d’autres amis avignonnais ou aux alentours se disent : la francophonie ça veut dire quelque chose pour moi, ce n’est pas la défense de la langue française. Nous avons un territoire commun qui est symbolique, celui d’une langue, mais où on parle d’autres langues. C’était évident de se rencontrer sur ce projet avec Didier Le Corre, directeur de La Garance. Avec Isabelle Martin-Bridot, directrice du CDCN, nous proposons un petit partage sur la danse.

LES FRANCONPHONIRIQUES III

Et si Brel était une femme… ©Dominik Gniewek

Cette année, ce sera la troisième édition de ce festival. Est-ce qu’avec ce dernier, c’est l’identité du lieu que vous portez ?
Nous sommes présents sur ce territoire grâce à une langue commune, le français et parce que les belges, dans cette partie de leur pays, parlent français. Le Théâtre des Doms expose donc une partie d’un petit pays. J’avais envie de montrer comment ça pouvait être grand et combien nos territoires symboliques sont immenses et combien les choses, qui nous lient, sont bien plus fortes et plus prégnantes que les choses qui nous divisent. Le territoire francophone est un territoire de mouvement, un territoire de plusieurs formes de culture. On n’est pas là que pour parler de la langue. Ceci est l’idée de ce festival. Pour nous, c’est ce qui crée notre identité. Pour le public, je pense que ce n’est pas encore visible.

Que retrouverons-nous dans la programmation des Francophoniriques ?
Nous retrouverons des polonais, parce que les polonais sont francophiles, vous ne pouvez pas vous imaginer comment ! Je me suis rendu en Pologne pendant un festival sur la francophonie. Cela a été vivifiant. On sent des gens amoureux d’une langue plus que nous et c’est notre langue dont ils sont amoureux. Cela faisait longtemps que je souhaitais les inviter. Ils font beaucoup pour la langue française à l’étranger. Ils nous parleront de ce qu’ils font dans les universités, comment ils font véhiculer la langue française à travers le théâtre. Il y aura une rencontre dans l’après-midi et un concert le soir autour de Jacques Brel.

Vous accueillez pour la journée d’ouverture, le mardi 20 mars, l’équipe du Festival Univers des mots, qui se déroule à Conakry en fin d’année.
J’ai rencontré Hakim Bah, qui est guinéen, sur ce festival polonais. Il m’a parlé de son festival. Nous les avons fait venir au Francophoniriques II. Je suis allé, en novembre dernier, à Conakry pour découvrir leur festival. J’ai été totalement séduit par leur énergie, par leur désir à partir du néant avec 0 franc guinéen et voir comment ils montent ce festival, qui est un acte de résistance, de bravoure. Ce festival très jeune ne demande qu’à grandir. Je compte bien que le Théâtre des Doms soit un partenaire récurrent : les faire venir plus longuement peut-être l’année prochaine. Mais cette année ils nous parlerons durant toute une soirée de ce qui se passe là-bas, de leur festival Univers des mots.
Ce soir là, il y aura également un buffet guinéen et une lecture performance par deux artistes qui vivent en Belgique francophonie autour de l’image de la personne de couleur, black, noire, nègre, à travers un texte qui sera à l’image des auteures singulier et étonnant.

LA SUPERÉSIDENCE

Il y a aussi un autre projet que vous développez, celui de la SUPERÉSIDENCE (faire travailler 6 artistes qui ne se connaissent pas sur une thématique pour faire advenir un one-shot artistique). Cette année, ce sera la deuxième.
Oui et les premiers temps de la SUPERÉSIDENCE ont eu lieu : il y a eu la rencontre des 6 artistes qui ne se connaissaient pas, avec des pratiques de médium et des formes spectaculaires différents : vidéo, cirque, danse, metteuse en scène, comédienne…
L’équipe d’accompagnement est composé de Sylvie Baillon (Le Tas de Sable-Ches Panses Vertes), Valérie Cordy (Fabrique de Théâtre), , Anne Rossignol & Dominique Pranlong-Mars (in’8 circle) et moi-même. On leur a posé cette question, qui est la thématique de cette SUPERÉSIDENCE : qu’est-ce que sont les vacances pour vous ?
Les choses se font petit à petit. En janvier, ils se sont rencontrés pour la première fois à La Fabrique de Théâtre à Frameries en Belgique et en mars nous irons à Amiens, chez Le Tas de Sable-Ches Panses Vertes.

La sortie de cette SUPERÉSIDENCE se fera à Marseille.
C’était important que les Doms soient dans le chemin de leur création mais que ce ne soit pas une finalité. Ils seront une semaine au théâtre, du 9 au 14 avril, mais je ne sais pas si il y aura quelque chose à voir. On vous le dira.
La sortie de cette SUPERÉSIDENCE se fera donc à Marseille, le 26 mai. Nous ferons tout pour trouver le moyen d’amener les avignonnais jusqu’à la cité phocéenne.

LE PROGRAMME

Tout ceci est à retrouver dans votre programme qui est un bel objet…
Nous sommes dans le perfectionnement de l’idée que l’on a lancé avec cette idée de programme. Durant son montage, nous sommes curieux de voir ce que les compagnies vont nous envoyer pour évoquer leur résidence et de comment allons-nous travailler leurs visuels. C’est un petit jeu qui se met en place.

Dans le programme, on découvre trois questions posées aux compagnies, que vous accueillez pour leurs sorties de résidence. Les réponses aux questions posées dans le programme ne seraient forcément pas les mêmes à l’heure où les compagnies débarquent à Avignon. C’est un jeu que le théâtre des Doms mène avec son public ?
En amont, on cherche à savoir où ils en sont dans leur travail. Il y a un peu de cette volonté de montrer l’invisible au public. Il y a un intérêt actuellement pour cela.

Est-ce que cette volonté de voir comment le spectacle vivant se construit n’est pas de montrer la difficulté d’être artiste aujourd’hui ?
Moi, je ne dirais pas la difficulté. C’est plus le rôle de notre travail. Il y a beaucoup de métiers qui font ce temps d’ouverture. Je pense aux cours de cuisine ouverte. Ce n’est pas pour montrer la difficulté mais plutôt pour montrer la virtuosité, la beauté également.

Vous rendez également hommage à une personne qui a compté pour le Théâtre des Doms dans ces pages.
Oui, nous rendons hommage à Jo Dekmine, grand découvreur artistique. C’est un peu grâce à lui que le Théâtre des Doms est présent à Avignon. Nous avons créé le prix Jo Dekmine qui récompensera une création d’une compagnie de Wallonie-Bruxelles. J’aimerai être aussi curieux que pouvez l’être Jo.

Vous proposez un véritable voyage au public durant vos demi-saisons. Est-ce cet esprit de curiosité qui vous anime ?
Je pense que je suis gourmand car c’est une grosse programmation. Je travaille avec une fabuleuse équipe qui aborde tout ça avec joie et générosité. La programmation est faite de découvertes et de trouvailles. Elle est très forte et importante en saison. J’ai envie de lui amener de belles choses.

Propos recueillis par Laurent Bourbousson.
Photo : Congo Eza ©DR

La programmation du Théâtre des Doms est à découvrir ici. 
Découvrez le retour sur Phasme .
Retrouvez les interviews des Francophoniriques II.

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