[ITW] Le oneminuteafterproject d’Olivier Donnet au Théâtre des Doms

23 février 2019 /// Les interviews

Il fallait une bande-son de choix pour travailler sur le portrait du photographe Olivier Donnet. Composée par des titres des groupes shootés par l’intéressé, elle nous emmène des Kills (photo ci-dessus) à Daniel Darc, en passant par Supergrass, Sonic Youth et bien d’autres. Entre souvenirs, rires et anecdotes, le photographe nous entraîne dans son oneminuteafterproject, pour une virée rock en backstage.

De l’économie à l’image.

C’est devant les 10 tirages, qui mènent à la salle du Théâtre des Doms, que nous avons fait connaissance. À la question fatidique du « Pourrais-tu te présenter ? » , la réponse est « Tu veux mon parcours ou quoi ? » . Question parcours scolaire, donc, Olivier Donnet (ci-contre) quitte l’école à 17 ans. Désireux de faire du cinéma, ce sera un tout autre chemin qu’il va prendre car « beaucoup de monde me disait : t’as pas la maturité nécessaire » . Il fait quand même un truc en économie et du skate par la suite. Il foire tout et on pourrait dire heureusement car il se tourne, à ce moment-là, vers la photo. « J’ai suivi des cours du soir et j’ai appris sur le tas. J’ai débuté en étant assistant de plein de photographes pour la mode et la pub. C’était le moment où l’on tournait des films pour des grosses pubs. Tu commences par un photographe, ton nom circule et tu te retrouves à Miami, Cuba, toujours dans les avions ! » [rires]
Et le passage du poste d’assistant à celui du photographe reconnu, s’est fait à force de travail : « J’ai commencé à faire des photos de mode et des couvertures de gros magazines comme le Elle belge. Du coup, les photographes, pour lesquels je bossais, qui rêvaient de faire cette couverture, c’était leur assistant qui la faisait… il y a un moment où tu peux plus bosser comme assistant. » Et depuis, on retrouve son nom dans les magazines et quotidiens tels que Tsugi, Le Vif ou encore le site Vice.

oneminuteafterproject

C’est avec son projet oneminuteafter, débuté il y a près de 12 ans, qu’il se retrouve exposé au Théâtre des Doms jusqu’en juin. 10+1 photos et une projection de l’ensemble du projet sont visibles les soirs de représentation. Et on peut dire que les clichés sont assez surprenants et fous de par le concept même et de par les artistes que l’on retrouve. « Je vais souvent en concert. Lorsque tu es dans la fosse, il est facile de prendre une photo de celui qui est sur scène. Tout est nickel avec les lumières. Mais tout le monde va avoir le même cliché. C’est chiant. » Pour autant, à regarder ses photos, il rend l’artiste vivant au milieu de tout ce qui fait le live, les projecteurs, les instruments, les micros. « C’est en concert que j’ai eu l’idée du projet. Je me suis dit que ce serait chouette de faire le portrait des artistes à la sortie de scène, une minute après. Montrer quelque chose que personne ne peut voir, ce moment de relâchement où toute l’adrénaline retombe. »
« C’est vrai qu’au début cela a été compliqué. Alors, j’ai beaucoup escaladé les barrières. » [rires] Mais tout prend une nouvelle tournure lorsqu’un soir, alors qu’il était en reportage pour un groupe, il se retrouve enfermé dans une pièce seul, dans le sous-sol d’une salle. « Surpris par un gars qui bosse ici, il me demande ce que je fous là. Je lui explique mon projet, et à ma surprise, il avait vu certains de mes clichés. » Et ce gars, qui aime bien le concept, lui donne un accès à vie.

1000 clichés et 1000 anecdotes

Malgrè les 1000 clichés à son actif, « certains artistes ne veulent toujours pas être pris en photo, confie Olivier, mais si tu les prends sur le vif, sans aller les voir, ils ne réfléchissent pas  et c’est après que je leur explique le concept. En règle générale, ils sont d’accord. »
Chaque photo devient unique et revêt une valeur et une histoire qui leur sont particulières, à l’image de cette rencontre avec Sonic Youth. « Lorsque je me suis retrouvé devant le groupe Sonic Youth, j’étais dans mes petits souliers. Un ami, qui est dans l’art contemporain, connaît Lee Ranaldo (guitariste du groupe ndlr), qui est lui-même dans l’art. J’ai demandé à cet ami s’il pensait qu’il y aurait moyen de les prendre en photo à la sortie de scène. 30 minutes avant leur concert, cet ami m’a appelé et m’a dit « tu as ton backstage ». Je suis arrivé et je me suis retrouvé devant Kim Gordon (chanteuse du groupe ndlr) à lui demander son autorisation. »
Olivier Donnet vit une nouvelle aventure avec chaque prise. C’est un peu comme s’il jouait à pile ou face. « Lors d’un festival, je vois Beth Ditto monter dans une voiture qui la conduit au bas de la scène. Je m’engouffre dans le véhicule, lui explique le projet. Sa manager refuse et elle est plutôt partante. À la fin du concert, je la retrouve en basckstage et on a fait une photo, elle devant la bagnole américaine dans une pose rock. C’était un moment assez dingue. »
L’ensemble de ces portraits donne ainsi à voir l’artiste dans sa presque vulnérabilité. « C’est vrai qu’ils ont passé deux heures sur scène, ils ont été les rois du monde et se retrouvent d’un coup seul » . Et cette presque vulnérabilité, on parviendrait à la lire dans les yeux de Daniel Darc qu’Olivier Donnet a pris en photo à deux reprises : « C’étaient des moments forts. Le gars te prenait dans ses bras, te montrait des photos de ses gamins. »

Daniel Darc à la sortie d’un concert ©Olivier Donnet

Un livre en préparation

Toutes ces photographies seront bientôt rassemblées dans un livre. « Je me suis dit que ce serait bien d’en faire quelque chose, comme de les classer, car je suis assez bordélique ! » Et l’idée fait son chemin. « Un éditeur m’a proposé de réaliser ce livre. C’est en train de se faire. J’espère que ce sera pour cette année car beaucoup de gens se manifestent à la porte du projet et il faut cadrer un peu tout cela. » Et pour tout dire, on a hâte d’avoir cet objet-là entre les mains, pour vivre les sorties de scènes, quand la sueur, l’adrénaline et la solitude se mélangent pour rendre visible l’humain qui se cache derrière la star.

On pourrait ainsi rester des heures à discuter avec Olivier Donnet. Mais Saint-Valentin oblige, on prend congé. Avant cela, depuis son portable, il montre le compte Instagram du groupe The Kills. « J’ai vu ça toute à l’heure. Pour leur Saint- Valentin, ils ont mis une de mes photos du projet, c’est cool. » Oui, on confirme, ça l’est.

Laurent Bourbousson
Photographies : Olivier Donnet – Photographie en haut de page : The Kills

Exposition visible les jours de représentation au Théâtre des Doms : 23 février, 27 mars, 1er et 2 avril, 7 et 24 mai, 18 juin. Pour plus de renseignements : www.lesdoms.eu
Le compte Instagram d’Olivier Donnet