[VU] À Toulon, le lumineux Festival Constellations

28 septembre 2020 /// Les retours
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Entre une crise sanitaire et des intempéries qui ont balayé la région de Toulon, le Festival Constellations a réchauffé les cœurs du 17 au 20 septembre dernier. Il était bon de revoir du public réuni autour des différentes propositions. Retour sur l’ultime journée.

Dimanche 20 septembre après-midi, Toulon. Le magnifique Cercle Naval, patrimoine Art Déco de la ville, abritait les dernières représentations du Festival Constellations. Créé par le chorégraphe Frank Micheletti, de la compagnie Kubilai Khan Investigations, ce festival fait briller les astres de la danse contemporaine. En cet après-midi, final du festival qui avait débuté trois jours auparavant, le groupe d’étoiles qui allait faire briller les facettes de la danse contemporaine était composé de Filipe Lourenço, du programme 8m3 impulsé par Michel Kelemenis qui regroupait ici : Corinne Pontana, Désiré Davids et Sébastien Ly, de Meytal Blanaru, de Ola Maciejewska et des films Entropico #2 à #5 de la Compagnie La Zouze – Christophe Haleb.

Avec Pulse(s), Filipe Lourenço invite à la découverte des danses traditionnelles du Maghreb

Bien plus qu’un chorégraphe, Filipe Lourenço est également musicien et chanteur. Avec Pulse(s), ici présenté dans sa version courte, le chorégraphe propulse le public de la salle à manger du Cercle Naval dans les contrées du Maghreb. Si les toiles de Charles Fouqueray, que l’on peut découvrir sur les murs de la salle, participent à l’évasion que tout un chacun vivra durant cette traversée, il est certain que lorsque Filipe Lourenço joue de la kwitra, les murs de cette salle tombent et laissent place à l’horizon.
Le chorégraphe exécute une danse hypnotique. Elle entre en résonance avec les corps assis. La rythmique qu’il développe devient une façon de communiquer avec le public. Les regards le suivent dans sa douce transe, celle de l’enivrement que causent le chant et la musique.
Nous vous invitons à (re)découvrir le portrait du chorégraphe que nous avions fait pour la Revue 4, ci-dessous.

8m3 ou l’espace de jeu des chorégraphes

Impulsé par Michel Kelemenis à la sortie du confinement, Klap Maison pour la Danse à Marseille a passé commande de pièces courtes à des chorégraphes de la région Provence-Alpes-Côte d’Azur. Du programme initial constitué de 7 courtes pièces, le public du festival avait la chance d’en découvrir 3 : le facétieux De là à de là de Corinne Pontana qui poussait le public à partir pour des destinations lointaines grâce à un bulletin météo, le doux Aux bulles du monde de Désiré Davids qui révélait l’enveloppe protectrice dans laquelle nous nous drapons afin de faire face au monde extérieur, et le poétique Horizon de Sébastien Ly qui s’ouvrait sur le monde de demain dans lequel nous serions des funambules pour progresser en terrain mouvant.
La contrainte du 8m3 permettait à l’œil du spectateur de réaliser un focus sur les corps en mouvements et installait une certaine tension et attente. Un exercice de proximité salutaire dans un temps où la distanciation physique est de mise.

Meytal Blanaru et Ola Maciejewska, de la forme quasi performative

Le solo Rain de Meytal Blanaru a ce quelque chose de performatif dans son écriture dramaturgique. Positionnée à cour, fond d’espace de jeu, la chorégraphe observe le public vers lequel elle finit par s’avancer au bout d’un long moment. La tension née de cet espace de temps ne cesse d’aller crescendo, augmentée par la musique de Benjamin Sauzereau. Cette musique nourrit l’imaginaire et pose des pistes de réflexion sur le corps en reconstruction après avoir été abusé sexuellement.
Meytal Blanaru inscrit dans la mémoire du public ses gestes hypnotiques et offre à son corps une renaissance qu’il convient de saluer.

Avec Loie Fuller : Research (photo d’illustration), la chorégraphe Ola Maciejewska revisite la Dancing Dress de Loie Fuller pour évoquer la relation entre la sculpture et le sculpteur. En 30 minutes, la chorégraphe stimule l’esprit et la perception du public.
De ses mouvements, vont naître des pétales, des papillons, des êtres fabuleux et fantastiques. En deux tableaux, l’un noir et l’autre jaune, Ola Maciejewska sculpte l’espace et fait la démonstration de sa relation avec les objets inertes rendus vivants par la magie du mouvement.

La vitalité de la jeunesse avec Christophe Haleb

Le public a pu, enfin, découvrir les films du projet Entropico, dirigé par le chorégraphe et cinéaste Christophe Haleb. Cette série de films se situe à la croisée des arts vivants et des arts visuels si chère au chorégraphe. La jeunesse de Marseille, La Havane et Fort-de-France, captée par la caméra, cartographie leur territoire.
Dans ces courts-métrages, la danse a un rôle social et politique dans les mouvements de cette jeunesse animée par une furieuse vitalité. Chaque court invite à la rencontre, au désir de faire et surtout à vivre pleinement.
Les courts-métrages Entropico se visionnent sur lazouzetv.com

Avec cette dixième édition, Frank Micheletti proposait une programmation des plus belles. Il nous reste encore à patienter une année pour voir, à nouveau, briller les Constellations de ce festival devenu rendez-vous incontournable des rentrées de saison théâtrale.

Laurent Bourbousson
Crédit photos : ©Sem Brundu

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