[Vu] « Cellule » de et par Nach |Van Dance Company

15 février 2019 /// Les retours

Samedi 9 février 2019 au CDCN Les Hivernales : Première en région de Cellule et première création de cette jeune chorégraphe et interprète. De belles émotions.

Combien d’âmes, combien de combats… ?

Comme souvent, ma préférence va à l’évocation de ce que les artistes nous transmettent, et des émotions, si personnelles, que chacune et chacun sent résonner avec sa propre histoire.

Il y a, en premier lieu, la question du genre qui m’interpelle dans cette pièce. Les bruits de la ville et les images en noir et blanc projetées sur ces murs imparfaits, laissent passer ombre et lumière. Défilent des photographies d’hommes, majoritairement afro-américains, casquettes vissées sur la tête, dans un contexte de rue. Ils semblent tous regarder dans la même direction. Les visages sont tendus vers ce qui me semble être un ou des combats. (Pour rappel, le KRUMP[1] est né à Los Angeles dans les années 2000 à la suite d’émeutes raciales.)

Puis arrive ce personnage, que je devine être Nach, dont l’énergie, la présence et les mouvements vifs et percutants évoquent virilité et parfois violence. Dans une atmosphère très sombre, souffles et respirations émanent de sa gestuelle et constituent l’espace sonore de ce qui me parait être son exutoire. Au fil du temps la pièce se transforme. C’est elle, Nach, qui évolue, se dévoile un peu plus, nous embarque dans son intime.

J’ai été touchée par sa recherche profonde d’identité(s). Car ce que je vois et ressent durant ce qui suit, c’est plusieurs énergies, plusieurs âmes, plusieurs femmes, plusieurs souffrances et plusieurs combats aussi.  Cela résonne. Nina Simone notamment. Be my husband n’est pas la chanson la plus romantique de Nina ! Quasi a capella, cette chanson est un concentré de ses combats et de ses souffrances, de sa fragile humanité. Sa condition de femme noire, indépendante et revendiquant ses origines, la souffrance de l’amour qui n’en est pas (ou plus), la dépendance, la soumission, les dominations : elle, toute nue. Nach aussi se met à nu, peu à peu. Une part de sa féminité émerge. Son corps exprime tous les combats qui la traversent, mais aussi toutes les belles émotions de la vie. Tous les désirs, tous les chemins, toutes les couleurs et les goûts qu’elle a rencontrés : les doux, amers, pimentés ou acides.

C’est un très beau syncrétisme qu’elle nous offre. Elle n’a pas seulement intégré les codes des différentes pratiques, techniques et danses qu’elle a traversées ; elle en a aussi saisi les âmes, les esprits. Cette écriture chorégraphique n’est donc pas qu’une appropriation corporelle, cela semble être devenu son langage, façonné à partir de toutes les identités qui la constituent.

Habitée, sa multiplicité m’a touchée, résonnant avec des traversées plus personnelles. Cherche-t-elle à s’échapper de sa « Cellule »?… A moins qu’au contraire l’expérimentation de ces « autres » soit le chemin vers l’Unique, la cellule unique de son identité ? [Un écho avec les paroles de Maguy Marin évoquant l’implication dans le travail et les personnages de May Be « sortir de sa personne, intégrer profondément le personnage et le travail pour se trouver mieux soi-même ! »]  

Séverine Gros
Photographie : Marck Maborough

Générique et dates

Cellule a été vue dans le cadre du Festival des Hivernales, le 9 février 2019. Prochaines dates : 8 et 9 mars, dasnle cadre du Festival Sens Dessus Dessous – Maison de la Danse Lyon – à Bron. Renseignements ici.
Chorégraphie, interprétation, textes et images Nach |  Scénographie Emmanuel Tussore | Création lumière Emmanuel Tussore | Création sonore Vincent Hoppe | Direction technique Vincent Hoppe | Construction décor Boris Munger et Jean- Alain Van | Administration, production, diffusion MANAKIN / Lauren Boyer & Leslie Perrin

[1] KRUM : Kingdom Radically Uplifted Mighty Praise  que Nach découvre sur le parvis de l’Opéra de Lyon en 2005.