[VU] La pluie de Daniel Keene par Théâtre Chat Bus

7 mars 2019 /// Les retours

Il existe des textes qui raconte le cruel sans le nommer. Il en est ainsi pour La pluie de Daniel Keene, le court texte dont s’est emparé la Compagnie Théâtre Chat Bus (Pau). Du beau théâtre.

Un texte puissant

La pluie de Daniel Keene est un texte extrait du recueil Pièces courtes 2. Il ne fait que 7 pages mais tout est dit avec une acuité absolue. Véritable mémorial pour les raflés, l’écriture de Keene nous rattache au besoin de vivre. Elle ranime les personnes qui vivent au travers des yeux d’Hanna, celle qui possède toutes leurs affaires, laissées en don au moment de partir. Il y a du don et du contre-don dans ce récit. Comme si ces personnes, en abandonnant leurs propres effets, avaient fait de cette femme leur héritière de pensée. Et elle a accumulé Hanna, accumulé jusqu’à leur laisser sa propre place chez elle, pour qu’ils soient à l’abri et aussi, peut-être, pour reposer en paix.

L’interprétation

C’est avec une justesse infinie que Valérie Leconte donne à entendre La pluie. Elle incarne l’histoire de celle qui regarde partir les âmes innocentes en direction des camps de la mort. Ses traits sont le prolongement de l’écriture de D. Keene. À chaque objet évoqué, elle redevient la Hanna du champ qui a vu partir toute une population. Et c’est avec une obsession particulière qu’elle nous parle de cet enfant brun. Ses pas soulèvent la poussière que le public peut aisément imaginer. Ils marquent le rythme d’une vie à errer parmi les âmes défuntes.
La diction se fait dans un murmure comme pour ne pas effrayer les habitants d’un au-delà. L’histoire devient une communion du souvenir à laquelle tout un chacun est convié, afin de ne pas laisser tomber en lambeaux ces vies sacrifiées au nom de la stupidité.

Une mise en espace sobre

Pour raconter cela, le Théâtre Chat Bus a opté pour une mise en scène évocatrice, dans un clair-obscur qui sied à merveille à la proposition. Seule une constellation de manteaux habille l’espace scénique. Ils peuplent l’imaginaire d’Hanna et sont les personnes croisées, furtivement, le temps d’un échange de paroles avant le départ. On souhaiterait les toucher pour sentir un peu d’eux afin de les faire revivre, à moins qu’ils ne fassent que désigner les futures victimes d’une oppression à venir.

Théâtre Chat Bus propose du beau théâtre avec ce texte. Laissez-vous tenter, Hanna vous prend sous son aile.

Laurent Bourbousson
Photographies : Laurent Pascal

Générique et dates à venir

La pluie de Daniel Keene a été vu au Théâtre Transversal, le vendredi 1er mars. À retrouver durant le Festival #OFF19 au Théâtre Transversal, rue d’Amphoux, Avignon.
Traduction Séverine Magois |Mise en scène Olivier Chambon | Interprétation Valérie Leconte
Le site de la compagnie Théâtre Chat Bus