[VU] Les Meutes d’Éloïse Mercier (Cie Microscopique), un conte qui a du mordant
La nouvelle création de la compagnie Microscopique, Les Meutes, est à voir du côté du Théâtre des Halles dans le cadre du Fest’Hiver, ce vendredi 30 janvier. Un conseil : ne la ratez surtout pas !
C’est en 2019 que nous avions découvert la compagnie toulonnaise Microscopique avec Une goutte d’eau dans un nuage, dans sa version courte. Et nous l’avions recroiser en 2021 avec la version longue. Écrire que c’est une joie de les revoir à nouveau sur une scène, n’est en point exagéré. Avec sa nouvelle création, la compagnie affirme son style, et revient avec un conte où le quotidien le plus banal se frotte au fantastique. Dans Les Meutes, Éloïse Mercier dissèque la vie au sein d’un couple et du clan familial.
En guise de préambule, un avertissement. Une voix calme, en soutien aux images diffusées sur grands écrans, indique que nous en sommes ici « au départ, ou à l’arrivée d’une histoire dévorante » , et que celle-ci est « une histoire qui fait peur, mais pas tant que ça… Pas plus que la vie. » La mise en condition ainsi faite, la rencontre avec les protagonistes de cette histoire peut se faire. Elle est Lou et va tomber amoureuse de lui, de cet étudiant fascinant. Il l’emmène alors dans sa maison familiale, au cœur des montagnes. La forêt, l’immensité et l’odeur des lieux finissent par lui faire chavirer son cœur et elle trouve dans les bois, auprès de son amoureux, sa tanière où se lover.
L’apparente tranquillité qui règne au sein du couple se trouble les nuits lorsque l’ombre sauvage de Lou la pousse à courir à travers bois, dévorant quelques bêtes au passage. Le conte de fée se transforme petit à petit en un conte fantastique dans lequel il est question de liberté, d’affirmation de soi, de jugement et d’appartenance au clan.
Le clan, son univers impitoyable
Éloïse Mercier tricote un conte philosophique implacable sur l’amour et sur la transmission. De l’euphorie des débuts qui promettent l’aventure succèdent les moments de doute de l’engagement auprès de l’être aimé et de sa famille. Les résurgences familiales et les secrets transmis de générations en générations sont les perturbateurs annoncés d’une vie à deux.
Lou se sent ainsi peu à peu prise au piège de ce clan qui entend tout piloter et la faire plier pour rentrer dans le moule, à l’image de ce collier autour du cou porté le jour des noces. Leurs paroles dans la bouche du fils chéri viennent entâcher la vie à deux, et encore plus lorsque les injonctions deviennent trop fréquentes. Lou étouffe et son ombre vorace ne cesse de se rappeler à elle, comme elle pouvait se rappeler par le passé, à toutes les femmes de sa lignée. Elle est un appel à la liberté à recouvrer au plus vite.
Le fameux « Il était une fois et il n’était pas » énoncé en début de spectacle tient toute sa promesse. Ici, tout est vrai et faux à la fois dans ce conte poétique qui se déploie avec délicatesse. L’écriture féconde d’Éloïse Mercier analyse les faits et gestes de tout un chacun, renversant ainsi des certitudes auxquelles l’un et l’autre s’accrochent pour leur vie à deux.
Deux présences scéniques hypnotiques
Pour tenir Les Meutes jusqu’à son issue, il fallait deux interprètes prêts à se dévorer. Gautier Boxebeld se fond à merveille dans son rôle d’amoureux et de fils chéri. Il est tour à tour prévenant et inquiétant. Éloïse Mercier incarne une Lou éprise d’amour et de liberté avec cette folle envie de vivre, quitte à sacrifier ce qui l’étouffe.
L’univers sonore et les vidéos de Vincent Bérenger ainsi que les décors et les lumières signés de Jean Louis Barletta parfaient l’atmosphère de ce conte troublant qui n’écrase en rien Éloïse Mercier et Gautier Boxebeld.
Tous deux sont d’une justesse à couper le souffle et offrent au public un moment de théâtre intense, hypnotique et captivant. Plongez donc dans la gueule du loup.
Laurent Bourbousson
Crédit photo : ©Vincent Bérenger
Le spectacle Les Meutes a été vu au Sémaphore (Port-de-Bouc), le 14 janvier 2026.
À voir dans le cadre du Fest’Hiver 2026 au Théâtre des Halles vendredi 30 janvier 2026.
La compagnie Microscopique sur Ouvert Aux Publics : écouter l’interview et lire l’article.
Générique
Écriture et mise en scène Eloïse Mercier – Interprètes Eloïse Mercier et Gautier Boxebeld – Création sonore Vincent Berenger – Collaboration artistique Sophie Engel et Gautier Boxebeld – Création vidéo Vincent Berenger et Eloïse Mercier – Création lumières Jean-Louis Barletta – Scénographie Eloïse Mercier – Construction décor Jean Louis Barletta – Costumes Augustin Rolland, avec la participation de Corinne Ruiz – Regard extérieur Noé Mercier – Arrangements et mixage Charlie Maurin – Avec la participation vidéo de Bernard Traversa, ainsi que de Lina Belhadj, Michel et Nicole Braxmeyer, Claude Buisson, Sara Chantraine, Guy Chiambaretto, Tiphaine Chopin, Camélia Dahmani, Cécile Grillon, Ylies Hassoun, Evan Leclerc, Olivier Lemierre, Shymene Ouraga et Didier Taveau.