Avec À plein gaz et Pour Bobby, Serge Valletti raconte le malaise social

18 septembre 2019 /// Les retours - VU #OFF

Les pièces Pour Bobby et À plein Gaz, de Serge Valletti et créations d’Alain Timár, étaient jouées durant le festival off d’Avignon. Elles seront reprises le jeudi 17 octobre, lors d’une soirée unique. Allez découvrir Charlotte Adrien et Nicolas Geny.

Pour Bobby

De l’avis de l’auteur, ce texte est l’un de ses écrits qui ne se donne pas facilement (en réalité, l’échange que nous avons eu à donner plutôt cela : « Pour Bobby est moins putassier que certains de mes textes. Il ne se donne pas facilement… il faut aller le chercher ! » ). Charlotte Adrien (ci-dessus) nous le fait entendre parfaitement. Il faut écrire qu’elle est d’une présence magnétique et donne aux mots de Serge Valletti toute la force qu’une interprète peut donner.

L’histoire est celle de cette jeune femme qui cherche le but de sa vie. Elle parle, parle, les idées s’entrechoquent, les mots en appellent d’autres. Elle dit le désir de travailler pour exister, le désir d’acheter pour exister, le désir d’enfanter pour exister. La perte se mêle insidieusement à la vie, celle de son père, un suicide, celle de l’enfant, Bobby, juif durant la seconde guerre mondiale. Une ouverture sur l’Histoire dans son histoire individuelle qui vient poser la question cruciale de l’existence.

Alain Timár propose une mise en scène à sa juste valeur, dasnune scénographie sans surenchère, et dirige Charlotte Adrien comme elle devait l’être, tout en nuance pour mieux cueillir son public.

À plein gaz

L’attaque est frontale. Elle vient de cet homme tout en colère contenue, un écorché à vif qui vient prendre en otage le public d’un théâtre. Pourquoi fait-il cela ? Afin de raconter la vie des gens, des vrais, celles et ceux qui peuplent les cités (entendre par là les villes) d’ici et d’ailleurs.
Il raconte son trois-huit, les potes au café, le manque d’argent, son fils qui n’est peut-être pas de lui, la gifle qui part, le féminicide, la descente aux enfers dûe au quotidien sans que rien ne puisse l’arrêter.

Le discours claque. Les mots de Serge Valletti sonnent avec une justesse imparable. L’homme est fort pour cela et le démontre à juste titre avec ce portrait au vitriol de nos concitoyens, car il faut bien l’admettre : combien de portraits semblables croisons-nous dans les pages des journaux, ceux des poussés-à-bout qui survivent dans un monde où la fracture sociale creuse un sillon de plus en plus profond, où le dénivelé entre le haut et le bas est abyssal ?

Il en est ainsi dans ce récit servit par Nicolas Geny qui endosse ce rôle taillé à sa mesure. Alain Timár a su faire jaillir, chez ce comédien, toute la hargne et la juste colère nécessaires au personnage, tout en le rendant attachant. Un personnage bien vivant !

Laurent Bourbousson
Crédit photo : Louise Maignan

Générique et date

Pour Bobby
Auteur Serge Valletti | Interprète Charlotte Adrien | Mise en scène, scénographie Alain Timár | Création lumière Richard Rozenbaum | Musique originale Quentin Bonami, Richard Rozenbaum | Arrangements Quentin Bonami | Construction décor Éric Gil | Costumes : Laurette Paume

À plein gaz
Auteur Serge Valletti | Interprète Nicolas Geny | Mise en scène, scénographie Alain Timár | Création lumière Richard Rozenbaum | Musique originale Quentin Bonami, Richard Rozenbaum | Arrangements Quentin Bonami | Construction décor Éric Gil | Costumes : Laurette Paume

À voir le 17 octobre, au Théâtre des Halles, à 19h.
Durée : 2h10 (avec entracte)

Alain Timar et Serge Valletti sur blog : l’interview et portrait de Serge Valletti.