FDA et OFF20 annulés : Gustavo Giacosa, de la compagnie sic.12, répond à nos questions

17 avril 2020 /// Les interviews
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Lors de notre dernière rencontre, Gustavo Giacosa nous avait parlé de son spectacle en préparation pour le Festival Off d’Avignon. Giovanni, en attendant la bombe devait être présenté au Théâtre des Halles. L’auteur, comédien, metteur en scène et commissaire d’exposition, répond à nos questions.

C’est en tant que commissaire d’exposition que nous avions interviewé Gustavo Giacosa en février dernier à Aix-en-Provence, pour l’exposition À Deux (retrouvez l’interview ici). Aujourd’hui, il répond à nos questions sur sa prochaine création Giovanni, en attendant la bombe qui devait être présentée durant le festival Off au Théâtre des Halles.

Vous étiez en pleine création de Giovanni, en attendant la bombe pour le festival Off d’Avignon que vous deviez présenter au Théâtre des halles. Dans quel état d’esprit êtes-vous après l’annulation du festival ? 
Comme beaucoup d’entre nous, nous avons gardé jusqu’au dernier moment un petit espoir, même si notre côté réaliste nous disait : c’est impossible vu l’état d’évolution de la pandemie. Et donc même si on l’attendait, nous sommes comme sonnés par la violence de cette nouvelle…. On se téléphone les uns les autres pour chercher un peu de consolation, ou de savoir comment pourrons nous nous remettre de cette claque…

À quel stade du processus de création vous trouviez-vous ? 
Nous sommes encore en répétition de cette création. Nous sommes à mi-chemin, il nous manque du temps de répétition et de résidence pour en terminer le travail. Et nous ne savons pas si et comment ils pourront avoir lieu.

Cette annulation aura quel impact sur votre compagnie ?
Un impact très, très dur. Nous avons beaucoup investi, ce qui signifie en dépassement des moyens de notre compagnie, et donc nous ne savons pas comment nous pourrons continuer. Nous gardons l’espoir de ne pas perdre ce long travail et de le présenter durant le festival 2021.

Attendez-vous une aide particulière de la part des institutions ? 
D’abord, j’attends que nos institutions écoutent la parole des artistes, leurs préoccupations, leurs problématiques, qui ne sont pas liées seulement aux effets néfastes de l’annulation du festival mais plus profondément, à la question : quel rôle occupe la création artistique dans notre société ?  
Notre société est agenouillée devant la « culture des chiffres » dans tous les secteurs. Faire repartir l’économie, c’est d’abord faire repartir une certaine idée de l’économie, qui est considérée par tous (ou presque) comme « normale ». La culture ne fait pas défaut,  il faut que nos spectacles soient rentables, remplissent des salles, soient conformes à une certaine idée du contemporain, répondent aux expectatives des élus et de ceux qui nous financent.
Les artistes aujourd’hui sont soumis à production très (voire trop) régulière. Lorsqu’on est dans une création il faut déjà penser à la prochaine, rédiger des dossiers pour maintenir l’attention et les financements des décideurs… C’est une course folle qui nuit à la créativité. Nous le savons tous mais nous continuons à accepter et aucun artiste ne peut dire qu’il ne souffre pas de cette situation qui finit par les rendre exsangues…
Ici, nous avons finalement l’occasion de remettre en question la manière dont la culture est dirigée car cette idée de normalité, de productivité ne nous convient pas. Il serait souhaitable de réfléchir ensemble artistes et institutions à un fonctionnement novateur.

On vous connait commissaire d’exposition également. Avec ces temps de confinement, est-ce que tous vos projets sont en suspens ? Comment travaillez-vous à l’après ?
Malgré l’incertitude dans l’avenir, je continue à avancer sur un projet prévu depuis longtemps dans le cadre de ma résidence d’artiste à La Grange de Dorigny-UNIL de Lausanne (CH). Je mène une recherche depuis quelques années autour de la notion d’anonymat dans notre société et je prévois une nouvelle une création théâtrale qui aboutira en mars 2021 ainsi qu’une exposition qui aura lieu en juin à la Collection de l’Art brut de Lausanne. 

Propos recueillis par Laurent Bourbousson
Visuel : Gustavo Giacosa ©Amandine Nandrin

Gustavo Giacosa sur Ouvert aux publics : retours sur Nannetolicus…, En chemin. En interviews pour En chemin et l’exposition À Deux.

Le site de la compagnie sic.12

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