[VU] Noé Soulier, Anna Massoni et Emanuel Gat aux Hivernales

6 février 2022 /// Les retours
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Le premier samedi du festival Les Hivernales a fait la démonstration que l’on peut s’amuser avec la danse avec intelligence. Retours sur Passages de Noé Soulier, Rideau d’Anna Massoni et Lovetrain 2020 d’Emanuel Gat.

Passages de Noé Soulier : vibrons avec les lieux

Créée à la Conciergerie (Paris), la pièce Passages du chorégraphe et directeur du CNDC d’Angers Noé Soulier, est une pièce nomade se devant d’être jouée hors plateau. Le Festival Les Hivernales a fait évoluer le quatuor, composé pour l’occasion de Stephanie Amurao, Julie Charbonnier, Yumiko Funaya et Nans Pierson, dans l’Église des Célestins.

C’est dans un dispositif bifrontal que l’écriture chorégraphique de Noé Soulier va se déployer. En forme de duo, soli ou bien quatuor, les interprètes exécutent une danse riche de tout son vocabulaire, du classique au hip-hop, en passant par l’héritage de Merce Cunningham entre autres, le tout allant jusqu’au-boutisme.

Noé Soulier révèle et sublime les lieux chargés d’histoire avec cette proposition. Il invite le public à cheminer dans les modules chorégraphiques sur lesquels il s’appuie pour construire l’acte de représentation. Passages est d’une certaine espièglerie. Les regards amusés, les joutes dansées et les nombreux combats imaginaires que s’échangent et se livrent les danseurs en nourrissent l’écriture incisive et le propos.

Stephanie Amurao, Julie Charbonnier, Yumiko Funaya et Nans Pierson convoquent ainsi l’esprit du lieu, s’amusent pleinement et rageusement dans ces passages. Ils rappellent ainsi que l’être humain traverse le temps, naît pour disparaître avant de revenir habiter des lieux et des pensées. Rions et jouons de nos certitudes avec eux.

Noé Soulier sur Ouvert aux publics : ici

Avec Rideau, Anna Massoni déplace nos perceptions avec facétie

Le public du festival a répondu présent pour la nouvelle création d’Anna Massoni, Rideau, en ce samedi après-midi. Après l’avoir découverte avec Notte en 2020, l’envie de voir l’évolution de cette chorégraphe hors-pair a certainement jouée. Et il n’aura pas été déçu !

Avec Rideau, Anna Massoni s’amuse à perturber et déplacer l’acte de la représentation. Avec un regard malicieux accompagné à certains moments par un sourire, elle déconstruit à loisir ce qu’est de danser pour un public, et définit tout ce que le vocable rideau peut susciter chez lui mais également chez l’interprète.

La chorégraphe livre ainsi une pièce en différents tableaux qui deviennent des principes de jeu d’apparitions-disparitions. Les « cuts » deviennent autant de respirations que de questionnements. Que va-t-elle proposer ? , comment la pièce va-t-elle évoluer ? sont les questions que l’on garde en tête tout au long de la représentation.
Chaque apparition donne lieu à une nouvelle proposition chorégraphique, reprenant là où elle s’était stoppée ou non, ébranle le regard et questionne le rapport à l’enjeu de l’acte de représentation tant pour l’interprète que pour le public. Anna Massoni fait preuve d’une grande maîtrise et mène avec grandeur son solo, et il n’est pas rare d’entendre quelques rires s’échapper du public par moments.

Anna Massoni signe une pièce fort intelligente dans laquelle elle rend hommage aux interprètes, à la danse et au public. Savourons ces moments rares et précieux de nos jours.

Anna Massoni sur Ouverts aux publics : ici.

Lovetrain 2020 : la fresque baroque flamboyante d’Emanuel Gat

Accueilli en coréalisation avec l’Opéra Grand Avignon, LOVETRAIN 2020 du chorégraphe Emanuel Gat venait clore ce premier samedi de festival.

Poursuivant son travail autour de la relation à la musique, Emanuel Gat signe une fresque baroque flamboyante qui, comme tout travail du chorégraphe, remporte soit une adhésion des plus totales ou peut-être ressentie comme ennuyeuse pour d’autres.

Si Sunny, créée en 2016, nous avait enchanté, Story Water nous avait profondément fatigué lors du Festival d’Avignon en 2018. Pour LOVETRAIN 2020, c’est avec une adhésion totale que ces lignes sont écrites.

Emanuel Gat livre une pièce haute en couleurs et en propos. À la fois mystique et païenne, LOVETRAIN 2020, sur fonds sonore des tubes du groupe Tears for Fears, devient une épopée grandiloquente de l’humanité.

Alors que certains voient dans les costumes de Thomas Bradley, une surenchère, nous préférons y voir l’histoire des civilisations et du syncrétisme. Dans la danse exécutée par les interprètes, qui affichent une connivence et des sourires lorsqu’ils sont en groupe, nous y voyons des tableaux de l’histoire de la peinture italienne ou flamande prendre vie. Il n’est pas rare de penser au fameux Jardin des délices de Bosch, ou bien à des peintures de Brueghel ou encore de Carrache lors de la proposition.

LOVETRAIN 2020 se joue dans deux espaces, l’avant et l’arrière scène qui se livre par pans uniquement. Cet arrière dont nous n’avons aucune certitude peut aussi bien être les coulisses, un autre espace-temps, où tout simplement la réalité, celle où l’être vit et meurt. Pour appui, l’image de ce danseur allongé dont on voit que la tête et le torse, restant inerte après un solo.

Emanuel Gat développe une narration qui lui est propre pour chaque création, s’appuyant sur ses interprètes qui deviennent tout autant chorégraphes. Que la danse soit présentée sous forme de soli, de duos ou bien en groupe, elle fait de LOVETRAIN 2020 un hymne au monde, à nos sens et à nos forces communes.

Avec cette création, le chorégraphe poursuit son brillant travail de chorégraphe et de recherche permanente et remporte, comme à chacune de ses créations, soit l’adhésion ou le désamour du public. Et si d’être un grand chorégraphe revenait à cela ?

Laurent Bourbousson
Visuel : Rideau d’Anna Massoni ©Angela Massoni

Ces spectacles ont été vus dans le cadre du Festival Les Hivernales, le samedi 5 février 2022.

Générique

Passages de Noé Soulier : dates à venir – Chorégraphie : Noé Soulier / Interprètes : Stephanie Amurao, Lucas Bassereau, Julie Charbonnier, Adriano Coletta, Meleat Fredriksson, Yumiko Funaya / Création lumière : Victor Burel
Rideau d’Anna Massoni : dates à venir – Conception, chorégraphie, interprétation : Anna Massoni / Dramaturgie : Vincent Weber / Lumières et scénographie : Angela Massoni / Regards extérieurs : Maud Blandel, Simone Truong / Aide à la composition sonore : Renaud Golo

LOVETRAIN 2020 d’Emanuel Gat : dates à venir – Musique : Tears for Fears / Chorégraphie et lumières : Emanuel Gat / Création costumes : Thomas Bradley / Réalisation costumes : Thomas Bradley, Wim Muyllaert / Direction technique : Guillaume Février / Créé avec et interprété par : Eglantine Bart, Thomas Bradley, Robert Bridger, Gilad Jerusalmy, Péter Juhász, Michael Loehr, Emma Mouton, Eddie Oroyan, Rindra Rasoaveloson, Ichiro Sugae, Karolina Szymura, Milena Twiehaus, Sara Wilhelmsson, Jin Young Won.

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